Œuvres de Saint François De Sales

 

TOME VIII. SERMONS — VOLUME II

 

 

 

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Cinquième édition pour la concordance: seulement les écrits de saint François de Sales


 

Index OCR

 

Index OCR. 2

Première série. Sermons reproduits d'après les autographes. 5

LXVI. Sommaire d'un sermon pour le mercredi après le premier Dimanche de Carême. 5

LXVII. Fragment d'un sermon pour le vendredi après le premier Dimanche de Carême. 7

LXVIII. Plan d'un sermon pour le lundi après le deuxième Dimanche de Carême. 8

LXIX. Plan d'un sermon pour le mercredi après le deuxième Dimanche de Carême. 10

LXX. Plan d'un sermon sur la sainte Communion. 12

LXXI. Plan d'un sermon pour le Dimanche de la Passion. 14

LXXII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Ascension. 17

LXXIII. Fragment d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent. 20

LXXIV. Plan d'un sermon pour la fête de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge. 21

LXXV. Fragment d'un sermon pour la fête de saint Jean l'Evangéliste. 23

LXXVI. Plan d'un sermon pour l'octave des saints Innocents. 24

LXXVII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Epiphanie. 27

LXXVIII. Sermon pour le mercredi des Cendres. 30

LXXIX. Sommaire d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent. 38

LXXX. Sommaire d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent. 40

LXXXI. Fragment d'un sermon pour le deuxième Dimanche de l'Avent. 42

LXXXII. Fragment d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent. 45

LXXXIII. Fragment d'un sermon pour le deuxième Dimanche de l'Avent. 47

LXXXIV. Sermon pour le mercredi des Cendres. 49

LXXXV. Plan d'un sermon pour la fête de saint Joseph. 55

LXXXVI. Plan d'un sermon pour le lundi après le quatrième Dimanche de Carême. 57

LXXXVII. Plan d'un sermon pour le vendredi après le quatrième Dimanche de Carême. 61

LXXXVIII. Sommaire d'un sermon sur la sainte Croix. 63

LXXXIX. Plan d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge. 65

XC. Plan d'un sermon pour le dix-neuvième Dimanche après la Pentecôte. 68

XCI. Fragment d'un sermon pour la fête de la Purification. 70

XCII. Plan d'un sermon pour le quatrième Dimanche après Pâques. 72

XCIII. Plan d'un sermon pour la fête de la Pentecôte. 74

XCIV. Exorde d'un sermon pour le troisième Dimanche de l'Avent. 76

XCV. Plan d'un sermon pour la veille de Noël 77

XCVI. Plan d'un sermon pour la fête de saint Joseph. 81

XCVII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge. 83

XCVIII. Plan d'un sermon pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge. 86

XCIX. Plan d'un sermon pour le vingt-et-unième Dimanche après la Pentecôte. 90

C. Plan d'un sermon pour le vingt-troisième Dimanche après la Pentecôte. 92

CI. Sommaire d'un panégyrique de saint Charles Borromée. 94

CII. Plan d'un sermon pour la veille de Noël 96

CIII. Sommaire d'un sermon pour la fête de l'Epiphanie. 99

CIV. Fragment d'un sermon pour le vendredi après le deuxième Dimanche de Carême. 101

CV. Fragment d'un sermon pour le troisième Dimanche de Carême. 103

CVI. Plan d'un sermon pour le vendredi après le Dimanche de la Passion. 105

CVII. Fragment d'un sermon à l'occasion de prières publiques. 107

CVIII. Sommaire d'un sermon sur la Pénitence. 108

CIX. Sommaire d'un sermon pour la fête de la Purication. 110

CX. Paraphrase du Psaume CXXIV.. 112

CXI. Fragment d'une homélie sur l'histoire de Jacob. 116

CXII. Seconde homélie sur le même sujet. 119

CXIII. Fragment d'une autre homélie sur le même sujet. 125

CXIV. Sermon préliminaire sur le Benedictus pour le premier dimanche de l'Avent. 126

CXV. Sommaire d'un sermon sur le premier verset du Benedictus, pour le deuxième Dimanche de l'Avent  131

CXVI. Sermon sur le deuxième verset du Benedictus. 132

CXVII. Plan d'un autre sermon sur le deuxième verset du Benedictus. 139

CXVIII. Plan d'un autre sermon sur le deuxième verset du Benedictus. 141

CXIX. Plan d'un sermon sur le cinquième verset du Benedictus. 143

CXX. Recueil de notes pour le Carême de Grenoble. 146

CXXI. Sommaire d'un sermon pour le premier Dimanche de Carême. 151

CXXII. Plan d'un sermon pour le lundi après le premier Dimanche de Carême. 155

CXXIII. Plan d'un sermon pour le mardi après le premier Dimanche de Carême. 158

CXXIV. Plan d'un sermon pour le mercredi après le premier Dimanche de Carême. 160

CXXV. Plan d'un sermon pour le jeudi après le premier Dimanche de Carême. 163

CXXVI. Plan d'un sermon pour le vendredi après le premier Dimanche de Carême. 166

CXXVII. Plan d'un sermon pour le deuxième Dimanche de Carême. 169

CXXVIII. Plan d'un sermon pour le lundi après le deuxième Dimanche de Carême. 171

CXXIX. Plan d'un sermon pour le mardi après le deuxième Dimanche de Carême. 174

CXXX. Plan d'un sermon pour le mercredi après le deuxième Dimanche de Carême. 178

CXXXI. Plan d'un sermon pour le jeudi après le deuxième Dimanche de Carême. 181

CXXXII. Plan d'un sermon pour le vendredi après le deuxième Dimanche de Carême. 184

CXXXIII. Plan d'un sermon pour le troisième Dimanche de Carême. 187

CXXXIV. Plan d'un sermon pour le lundi après le troisième Dimanche de Carême. 190

CXXXV. Plan d'un sermon pour le mardi après le troisième Dimanche de Carême. 192

CXXXVI. Plan d'un sermon pour le mercredi après le troisième Dimanche de Carême. 195

CXXXVII. Plan d'un sermon pour le jeudi après le troisième Dimanche de Carême. 198

CXXXVIII. Plan d'un sermon pour le lundi après le quatrième Dimanche de Carême. 201

CXXXIX. Plan d'un sermon pour le mercredi après le quatrième Dimanche de Carême. 203

CXL. Plan d'un sermon pour le jeudi après le quatrième Dimanche de Carême. 206

CXLI. Sermon pour le jeudi après le premier Dimanche de Carême. 208

CXLII. Sermon pour le vendredi après le premier Dimanche de Carême. 213

CXLIII. Sommaire d'un sermon pour le deuxième Dimanche de Carême. 217

CXLIV. Plan d'un sermon pour le lundi après le deuxième Dimanche de Carême. 219

CXLV. Sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste. 221

CXLVI. Sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste. 225

CXLVII. Sommaire d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge. 229

CXLVIII. Recueil de notes pour l'Avent. 230

CXLIX. Sommaire d'un sermon pour le troisième Dimanche de l'Avent. 232

CL. Plan d'un panégyrique de sainte Geneviève. 234

CLI. Notes d'un sermon pour la fête du Saint Sauveur. 236

CLII. Sommaire d'un sermon pour le Dimanche de la Septuagésime. 238

CLIII. Notes d'un sermon pour le jeudi après le deuxième Dimanche de Carême. 241

CLIV. Sermon pour la fête de saint Joseph. 243

CLV. Sommaire d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge. 246

CLVI. Sermon pour la fête de saint Philippe et de saint Jacques, et pour le cinquième Dimanche après Pâques  247

CLVII. Recueil de notes sur divers sujets. 250

CLVIII. Sermon pour la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. 252

CLIX. Fragment d'un sermon pour la fête de l'Ascension. 255

CLX. Sermon pour le Dimanche de Quasimodo, sur les cinq Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 256

 


 

Première série. Sermons reproduits d'après les autographes

 

 

LXVI. Sommaire d'un sermon pour le mercredi après le premier Dimanche de Carême

 

10 mars 1604

 

(INÉDIT)

 

Magister, volumus a te signum videre.

Generatio prava et adultera, etc.

[MATT., XII, 38, 39, XVI, 4.]

 

            Nunquam solidiori cibo usi sunt Israelitæ quam dum manna uterentur; et tamen murmurant, et alium expetunt: mille miraculis fulgebat, et tamen adhuc expetunt.

            Videtur Christus reprehendere istos quod signa petant? [1] Tantum, quomodo? An non merito a Christo signa petunt et expetunt?

Ut res intelligatur, notate Deum verbis suis fidem conciliare solitum miraculis, et maxime ubi aliquid novi pronunciat. Videte in Moyse. Sic Christus tam necessaria illi fuisse miracula, ut Si opera non fecissem quœ nemo alius fecit, peccatum non haberent; Jo. 15; Is. 53. Deinde, miracula sunt Ecclesiœ clos: Signa eos qui crediderint. Ut autem hœc intelligantur, sanctitatem Ecclesiae divido: Oinnis gloria filiœ regis ab intus, in fimbriis aureis, etc.; verum odor vestimentorum, etc. Sic Isaac, odore filii, etc. Vide Manuscriptum. [2]      Quare ergo improperat? Quia hipocritae erant. Magister, volumus videre. Sic c. 4. Jo.: Nisi signa, etc. Sic Thomas: Nisi videro. Credendum Ecclesiæ, et nimia sollicitudo ex pertinacia est. Articulus est sapientise. Generatio prava, atque perversa, adultera. Videntes non vident: excæcatio, ut Pharao, ut Saül, ut Judas. Odio habuerunt me gratis. Esclaire ou chelidoyne aux ictericz. Praeoccupés. Unde: Generatio prava et adultera. Oculi tui columbarum. Nous cherchons l'eau en la mer. Seneca et sa chambriere. Multi dicunt: Quis ostendit nobis bona?

            Verum difficillima est interpretatio. Et signum non dabitur ei nisi signum Jonae Prophaetae. Ia, multorum: id est, Christi resurrectio, etc. Verum multæ hic sunt difficultates; quia non eis magis resurrectio quam ascensio, aut mortuorum, etc. 2a. Nisi signum Jonae Prophaetae: id est, nisi signum condemnationis, quia viri Ninivitœ surgent; Hilarius et Maldonatus. 3a. Id est, nullum: minae, ruinae; adhuc quadraginta dies, etc. Adhuc quadraginta anni. Pauson. Augustus: O quam vellem! [3]

 

 

 

            Maître, nous voulons voir un miracle de vous. Une génération méchante et adultère, etc.

            Les Israélites n'usèrent jamais d'aliment plus solide que lorsqu'ils se nourrissaient de la manne; ils murmurent cependant et en demandent Un autre: Jésus s'était illustré par mille miracles, et cependant ils en exigent encore.

            Le Christ ne semble-t-il pas leur reprocher de demander des miracles? Et [1] comment cela? N'ont-ils pas raison de demander, de réclamer des miracles du Christ?

            Afin de comprendre ce point, notez que Dieu a coutume de faire des miracles pour accréditer ses paroles, surtout lorsqu'il annonce quelque chose de nouveau. Voyez Moïse. Il en est de même du Christ, qui déclare ses miracles si nécessaires que si je n'avais pas fait, [dit-il,] parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient point de peché. Ensuite, les miracles sont une prérogative de l'Eglise: Des prodiges [accompagneront] ceux qui auront cru. Pour faire saisir cette vérité, je considère la sainteté de l'Eglise sous deux aspects: Toute la gloire de la fille du roi est au dedans, avec des franges d'or, etc.; mais le parfum des vêtements, etc. De même Isaac, au parfum de son fils, etc. Voir le Manuscrit. [2]

            Pourquoi donc Jésus les blàme-t-il? Parce qu'ils étaient hypocrites. Maitre, nous voulons voir. Ainsi, en saint Jean, chap. IV: Si [vous ne voyez] des miracles, etc. Ainsi Thomas: Si je ne vois. Il faut croire à l'Eglise, et une trop grande inquiétude provient d'opiniâtreté. C'est une maxime de la sagesse. Une génération méchante, perverse, adultère. Voyant, ils ne voient pas: aveuglement, comme Pharaon, comme Saül, comme Judas. Ils m'ont haï sans sujet... De là: Une génération méchante et adultère. Tes yeux sont ceux des colombes... Beaucoup disent: Qui nous montre le bien?

            Mais l'interprétation est très difficile, Et il ne lui sera donné d'autre signe que celui du Prophète Jonas. 1re interprétation, celle d'un grand nombre: c'est-à-dire la résurrection du Christ, etc. Mais il y a là de nombreuses difficultés; car la résurrection [du Christ] n'était pas plus un signe pour eux que Son ascension ou [la résurrection] des morts, etc. 2me. Si ce n'est le signe du Prophète Jonas, c'est-à-dire, si ce n'est le signe de la condamnation, car les hommes de Ninive se lèveront. 3me. C'est-à-dire, aucun: menaces, ruines; encore quarante jours, etc. Encore quarante ans. Pauson. Auguste: Oh que je voudrais! [3]

LXVII. Fragment d'un sermon pour le vendredi après le premier Dimanche de Carême

 

12 mars 1604

 

(INÉDIT)

 

DE PISCINA ET AEGROTO

 

            Qui sunt languentes, cæci, claudi, aridi? Cæci: non vident infideles; claudi, vel irascibili vel concupiscibili; aridi: tepidi, vel originale peccatum. Omnia peccata Baptismo lavantur.

            Quinque porticus: quinque libros Pentateuchi, vel quinque sensus. Vel quia Judei et Gentiles cæci, claudi in altero pede, aridi. [4]

            Et qui prior descendebat, sanus fiebat a quacumque infirmitate. In remissionem peccatorum. Unde Christiani pisces, et Christus ιχθύς, piscis. Faciam vos fieri piscatores hominum.

            Ibi sumus filii Dei. Perles. Jam homo ille triginta et octo. Inveteratum morbum, potentiam morbi, etc.

            Hunc cum vidisset. Respice in me, et miserere mei. Praevenisti eum in benedictionibus. Non sumus sufficientes. Confessio: Et cognovisset quia jam multum tempus haberet. Unde plerique, Christum eum interrogasse de sua aegritudine, imo de causa, unde dicit: Noli amplius peccare. Propositum. Vis sanus fieri? Examen. Tolle grabatum tuum, etc. Ninivitæ. Pauson. [5]

 

 

 

LA PISCINE ET LE MALADE

 

            Quels sont les malades, les aveugles, les boiteux, les infirmes dont les membres sont desséchés? Aveugles: les infidèles ne voient pas; boiteux, dans l'appétit irascible ou dans l'appétit concupiscible; desséchés: les tièdes, ou encore ceux qui demeurent dans le péché originel. Le Baptême lave tous les péchés.

            Les cinq portiques: les cinq livres du Pentateuque ou les cinq sens. Ou bien parce que les Juifs et les Gentils sont aveugles, boiteux d'un pied, desséchés spirituellement. [4]

            Et celui qui descendait le premier était guéri de toute infirmité. Pour la rémission des péchés. Aussi les Chrétiens sont-ils appelés poissons, et le Christ ιχθύς, poisson. Je vous ferai devenir pecheurs d'hommes.

            Là, nous sommes enfants de Dieu... Cet homme souffre depuis trente-huit ans. Mal invétéré, puissance de la maladie, etc.

            Lorsque [Jésus] l'eut vu. Regardez-moi et ayef pitié de moi. Vous l'avez prévenu de benédictions. Nous ne sommes pas capables. Confession: Et qu'il connut qu'il était malade depuis longtemps. Plusieurs donc pensent que le Christ l'avait interrogé sur sa maladie et même sur les causes de son mal, voilà pourquoi Jésus dit: Ne pèche plus désormais. Bon propos. Veux-tu être guéri? Examen. Prends ton grabat, etc. Ninivites. Pauson. [5]

LXVIII. Plan d'un sermon pour le lundi après le deuxième Dimanche de Carême

 

15 mars 1604

 

Quœretis me et non invenietis; et in peccato vestro moriemini.

[JOAN., VII, 34, VIII, 21.]

 

            Severe menace, horrible propos! Sed quomodo potest a tam benigno Patre proficisci?

            Sensum litteralem hunc esse credo: verum Messiam negligitis, me in aliis quœretis, etc. Verum quia etiam intelligitur de eorum morte in peccato, videamus:

 

            1o. Quale malum mori in peccato.

Ezech. 18: Nunquid voluntatis meœ est mors impii, et non ut convertatur et vivat? Convertimini, et agite pœnitentiam ab omnibus iniquitatibus vestris, et non erit in ruinam iniquitas. Quare moriemini, domus Israël? Quia nolo mortem morientis, dicit Dominus Deus; convertimini et vivite. [6]

            Non continebit in ira sua misericordias suas; [Ps.] 76. In ira sua; ut in die judicii. Nunquid obliviscetur misereri Deus? Et remunerat ultra condignum: Miserationes ejus super omnia opera ejus; [Ps.] 144. Misericordiam et judicium. Tamen œterna erit pœna.

            1a ratio: Quia Deus offensus est. Dereliquisti Dominum Deum tuum. Dereliquerunt me fontem aquœ vivœ. Tibi soli peccavi, etc., ut justificeris, etc. 2a: Quia peccator in eo statu se ponit in quo ex natura actus debet esse in æternum. Ibi ergo maneat. 3a: Quia peccator habet voluntatem æternam peccandi; nam si sciens se moriturum peccat, quid faceret si sciret se non moriturum? Dimisit eos secundum desideria cordis eorum, etc.

 

            [2o.] Quæ faciant nos mori in peccatis.

            [1a causa est] falsitas pœnitentiæ. Similis est falsa verse; cigue et persil. Ut autem hanc evitetis, dabo duo signa. Sit integra: Convertimini ad me in toto corde; In toto corde meo exquisivi te; Clamavi in toto corde. Contra hanc conditionem, etc.: 1. Michol, 1 Reg. 19. 2. Item, qui retinent. Sophoniæ: [7] Qui jurant in Deo et jurant in Melchon. Dagon et Arca. Aquila aquatica. Continuatio, non recidiva; durat: Juravi et statui; Benedicam in omni tempore. Peccatum meum contra me est semper; Amplius lava me. Mulier Loth.

            2a causa est falsus timor de pœnitentise asperitate; falsus, nam peccator gaudet et dolet, ut simia nucem. Apes mel excellentes ex thimo. En morior, quid mihi proderunt primogenita? Secundum multitudinem dolorum meorum in corde meo, consolationes tuae lœtificaverunt animam. Dulcis et rectus Dominus. Quam bonus Israel. Quam dulcia faucibus meis! [8]

 

 

 

            Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas; et vous mourrez dans votre péché.

            Sévère menace, horrible propos! Mais comment peut-il venir d'un si bon Père?

            Je crois que le sens littéral est celui-ci: vous laissez de côté le vrai Messie, vous me chercherez dans d'autres, etc. Mais comme on entend aussi ce passage de leur mort dans le péché, voyons:

            1. Quel mal de mourir dans le péché.

Est-ce que je veux la mort de l'impie, et non qu'il se convertisse et qu'il vive? Convertissez-vous et faites pénitence de toutes vos iniquités, et l'iniquité ne causera pas votre ruine. Pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël? Car je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu; convertissez-vous et vivez. [6]

            Dans sa colère, il ne contiendra pas ses miséricordes. Dans sa colère; comme au jour du jugement. Dieu oubliera-t-il d'avoir pitié? Et il récompense au delà du mérite : Ses commisérations surpassent toutes ses œuvres. La miséricorde et le jugement. Cependant la peine sera éternelle.

            1re raison : Parce que c'est Dieu qui a été offensé. Tu as abandonné le Seigneur ton Dieu, Ils m'ont abandonné, moi, source d'eau vive. J'ai péché contre vous seul, etc., afin que vous soyez reconnu juste, etc. 2me: Parce que le pécheur se constitue en un état dans lequel par la nature même de son acte il doit éternellement demeurer. Qu'il y reste donc. 3me: Parce que le pécheur a une volonté éternelle de pécher; car s'il pèche sachant qu'il est mortel, que ne ferait-il pas s'il se savait immortel ? Il les a abandonnés aux désirs de leur cœur, etc.

            [2.] Ce qui nous fait mourir dans le péché.

            [La première cause est] que la pénitence est fausse. La fausse ressemble à la vraie... Pour vous faire éviter la fausse, je vous donnerai deux signes de la vraie. Qu'elle soit entière: Convertissez-vous a moi de tout votre cœur; Je vous ai cherché de tout mon cœur; J'ai crié de tout mon cœur. Contre cette condition, etc.: 1. Michol. 2. De même, ceux qui retiennent. Qui [7] jurent par Dieu et jurent par Melchom. Dagon et l'Arche. Aigle aquatique. Qu'elle soit continue, sans rechute; elle dure: J'ai juré et établi; Je bénirai en tout temps. Mon péché est toujours devant moi. Purifier-moi encore plus. La femme de Loth.

            La deuxième cause est une fausse crainte des rigueurs de la pénitence; fausse, car le pécheur se réjouit et s'attriste, comme le singe qui mange une noix. Les abeilles tirent du thym le meilleur miel. Voici que je meurs, à quoi me servira mon droit d'aînesse? A proportion de la multitude des douleurs de mon cœur, vos consolations ont réjoui mon âme. Le Seigneur est doux et juste. Que Dieu est bon à Israël! Que vos paroles sont douces à mon palais! [8]

LXIX. Plan d'un sermon pour le mercredi après le deuxième Dimanche de Carême

 

17 mars 1604

 

(INÉDIT)

 

Sedere autem ad dexteram meam, etc.

[Matt., XX, 23.]

 

            Mira ambitionis rusticitas! Loquitur de Passione Dominus, ista accurrit. Musica in luctu importuna narratio.

            Incipiendum a fine. Non est meum dare vobis, ut hominis, nam id Dei est; Aug. Nunc nam veni invitare ad pugnam; Ambros. Vobis, cognatis, petentibus qui nondum meruistis (Remigius; «superbis»), sed quibus paratum, id est, bene meritis. Nam videtur alludere ad id quod dicturus erat: Possidete paratum vobis regnum; esurivi enim, etc. Psal. 61: Tu reddes unicuique secundum opera sua. Mat. 16: Filius hominis venturus est in gloria Patris, et tune reddet unicuique. Ro. 2: Thesaurisas tibi iram in [9] die irae, et... justi... qui reddet, etc. Apoc. ult.: Ecce venio cito, et merces mea mecum est, reddere unicuique. 2. Cor. 4: Leve hoc et momentaneum tribulationis nostrae, supra modum in sublimitate aeternum gloriae pondus operatur in nobis.

            Luc. 17: Cum feceritis haec omnia, dicite: Servi inutiles sumus. Amb.: Ex natura. Nostro nam quicquid habemus ex Deo est; utilitas ergo ex Deo. Purpura. Et qui loquebatur mecum, habebat mensuram arundineam auream; mensura hominis, quae est mensura Angeli; [Apoc.,] 21. Beda: Deo, non nobis, quoniam bonorum nostrorum non eget. Augs.: Quia per se mancipia sumus, meremur quia ita vult Deus. Chrisost.: Dicite; at ego non dicam, sed euge, serve bone et fidelis. Beda: Minus meruimus quam accipiemus; ultra condignum. Bern., divinement, 1. de Praecepto et Dispens., c. 19:

                         « Non feci furtum. Non pasces in cruce corvos.

            Bersab., Adonias, Abisag. [10]

            Simia humilitatis ambitio. Taurus, avis minima, bovem imitatur. Dæmocrates Accius poeta, statuam. Anthistenes cynicus. Crocodilus. Arbores folia invertentes. Cameleon. Agrippina. [11]

 

 

 

            Mais d'être assis à ma droite, etc.

            Etrange rusticité de l'ambition! Le Seigneur parle de sa Passion, cette mère accourt. Un récit inopportun est comme une musique pendant le deuil.

            Il faut commencer par la fin. Ce n'est pas à moi, comme homme, de vous l'accorder, car ceci relève de Dieu; saint Augustin. Pour le moment, en effet, je suis venu appeler au combat; saint Ambroise. A vous, parents, qui demandez et n'avez pas encore mérité (Remi, «orgueilleux»), mais à ceux pour qui il a été préparé, c'est-à-dire, qui ont bien mérité. En effet, il semble faire allusion à ce qu'il allait dire: Possèdez le royaume qui vous a été préparé; car j'ai eu faim, etc. Vous rendrez à chacun selon ses œuvres. Le Fils de l'homme viendra dans la gloire de son Père, et alors il rendra à chacun. [9] Tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère, et... du juste... qui rendra, etc. Voil'a que je viens bientôt, et ma récompense est avec moi, pour rendre à chacun. Notre tribulation présente, légère et momentanée, opère en nous sans mesure dans la sublimité un poids éternel de gloire.

            Quand vous aurez fait tout cela, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles. Saint Ambroise: Par la nature. Car tout ce que nous avons vient de notre Dieu; c'est donc par Dieu que nous sommes utiles. La pourpre. Et celui qui me parlait avait un roseau d'or pour mesurer; mesure d'homme, qui est la mesure de l'Ange. Saint Bède: Pour Dieu, non pour nous, parce qu'il n'a pas besoin de nos biens. Saint Augustin: Parce que nous sommes esclaves par nature, nous ne méritons que par la volonté de Dieu. Saint Chrysostôme: Dites; pour moi, je ne le dirai pas, mais courage, bon et fidèle serviteur. Saint Bède : Nous avons moins mérité que nous ne recevrons; au delà de notre mérite. Saint Bernard, divinement, liv. du Précepte et de la Dispense, chap. XIX:

                        «Je n'ai pas fait de larcin. Tu ne seras pas, sur le gibet, la pâture des corbeaux.»

            Bersabée, Adonias, Abisag. [10]

            L'ambition est le singe de l'humilité. Le taurus, très petit oiseau, veut ressembler au bœuf. Démocrate. Le poète Accius et sa statue. Le cynique Antisthène. Le crocodile. Les arbres qui renversent leurs feuilles. Le caméléon. Agrippine. [11]


 

LXX. Plan d'un sermon sur la sainte Communion

 

1604

 

(INÉDIT)

 

            Præparation. L'intention: obeir, s'unir a Dieu et au prochain.

            Le desir: [pour] obeir, pour l'amour, pour lhonneur, pour le besoin.

            Attention au mistere, a ce quil represente, a ses effectz.

            Exercice: amour, valeur, prieres.

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            Naaman: Si dixisset tibi rem grandem; c. 5. 4 Reg.

            Pour s'unir a Dieu. In me manet et ego in eo. Nulla major unio quam cibi. Erunt duo in carne una. Unde beatitudo cænæ et manducationi comparatur. Job: Quis det de carnibus ejus ut saturemur? Sponsa: [12] Fasciculus mirrhae Dilectus meus mihi, inter ubera mea commorabitur. Quam hoc belle dicere possumus! Pauper habebat tantum unam oviculam; emerat, nutriverat: de ejus pane manducans et bibens de calice, dormiens in sinu suo. Similitudo cerae; Cyril. Fermentum; Cyrill. Cyp.: malagma.

            Cura proximo. Omnes unum corpus sumus, qui de uno pane participamus et de uno calice participants. Hic de ovicula David; 2. Reg. 12. Ut flores uni arbori adhærentes, ut gemmae uni coronae. Hinc omnes sumus consanguinei, quia uno corpore et uno sanguine vegetamur ad vitam æternam.

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            Baltazar, vasa sacra; Dan. 5.

            Ad Passionem: Quotiescumque feceritis, mortem Domini annunciabitis donec veniat. Cecidit in deserto raanna, et idem manna servatum est in vase aureo; Heb. 9. Cum eo erat virga Aaron (crux) et tabulae, etc. Hinc Helias sub junipero. Hinc Ex. 12 praecipitur: Si dicant vobis; Agnus paschalis. Miscui mirrham cum lacte meo. [13]

            Ad Cælum: Laetatus sum in iis quae dicta sunt mihi: Vivet in aeternum. Qui se nobis dat in manna abscondite, etc., cætera dabit postea in aperto. Jonathas comedens mel apertos habuit oculos. Cognoverunt eum in fractione panis.

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            Pone me ut signaculum, etc. Dilectus meus mihi, etc. Maintenant mon mari m'aimera; Lia, Gen. 29.

            Valeur. Elephas viso sanguine sumit animos. Et Heliæ: Grandis tibi restat via. Panis cor hominis confirmet. Non timebo mala quoniam tu mecum eas. Si tu viens avec moi, j’iray; Barac a Debora, Jud. 4.

            Prieres: Molossiens; Plut., in Themist. Respice in faciem Christi tui. Moly, dodecatheon, in aqua epota, omnibus medetur morbis; difficulter eruitur; [Plin., Hist. nat.,] 1. 25. c. 4. [14]

 

 

 

            Naaman: Quand même il t'aurait dit une chose difficile.

            Il demeure en moi et moi en lui. Nulle union plus grande que celle de la nourriture. Ils seront deux en une seule chair. C'est pourquoi la béatitude est comparée à un souper et à une manducation. Qui nous donnera de nous [12] rassasier de sa chair? L'Epouse: Mon Bien-Aimé m'est un faisceau de myrrhe, il demeurera entre mes mamelles. Avec quel à propos pouvons-nous dire ceci! Un pauvre avait seulement une petite brebis; il l'avait achetée, nourrie: elle mangeait de son pain et buvait de sa coupe, dormait sur son sein. Similitude delà cire; saint Cyrille. Levain; saint Cyrille. Saint Cyprien: épithème.

            Avec le prochain. Nous sommes tous un seul corps, nous qui participons à un seul pain et à un seul calice. Introduire ici cette histoire de la petite brebis de David. Comme les fleurs adhérentes au même arbre, comme les pierreries d'une même couronne. C'est pour cela que nous sommes tous frères, parce que par le même corps et le même sang nous sommes nourris pour la vie éternelle.

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            Balthasar, vases sacrés.

            A la Passion: Toutes les fois que vous le ferez, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. La manne tomba dans le désert, et la même manne fut gardée dans un vase d'or. Avec elle il y avait la verge d'Aaron (la croix) et les tables, etc. Pour cela, Elle [se trouve] sous le genièvre. Pour cela, il est ordonné dans l'Exode, XII: S'ils vous demandent, etc; Agneau pascal. J'ai mêlé la myrrhe avec mon lait. [13]

            Au Ciel: Je me suis réjoui des paroles qui m'ont été dites: II vivra eternellement. Celui qui se donne à nous dans la manne d'une maniere cachée, nous donnera ensuite le reste à découvert. Jonathas mangeant le miel, eut les yeux ouverts. Ils le reconnurent à la fraction du pain.

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            Pose-moi comme un sceau, etc. Mon Bien-Aime est a moi, etc.

            L'elephant voyant le sang reprend ses esprits. Et Elie; II te reste un long chemin. Que le pain fortifie le cœur de l'homme. Je ne craindrai point les maux parce que vous allez avec moi.

            Regardez en la face de votre Christ. Le moly, dodécathéon, bu dans l'eau, guérit toutes les maladies; difficile à extirper. [14]

LXXI. Plan d'un sermon pour le Dimanche de la Passion

 

12 mars 1606

 

Quis ex vobis arguet me de peccato?

Si veritatem dico vobis, quare non

creditis mihi? Qui ex Deo est, verba

Dei audit; propterea vos non auditis

quia ex Deo non estis.

[JOAN., VIII, 46, 47.]

 

            Initio proponitur historia Josue, VI, de civitate Hiericho expugnata per sacerdotes portantes Arcam fcederis et buccinis concrepantes. Arcam fœderis portare est legem implere, juxta illud: Jugum enim meum suave et onus meum leve. Digito autem suo nolunt ea movere. Buccina est Mot Dei. Nunc Christus expugnaturus Hierico, lunaticam hanc civitatem mundi, ostendit se veluti alterum Josue portasse Arcam foederis et legem implesse, Quis ex vobis arguet me de peccato? [15] ac etiam prædicasse et buccina Mot Dei prædicasse: Si veritatem dico vobis, quare non creditis mihi? Nihil obstat quo minus credatis, nam et veritatem dico et nihil in vita mea contrarium reperietis. In musica erratur quando magister, etsi recte cantet, tamen male mensuram manu indicat. At ego, ait Dominus, recte canto et melius pulso: Quare ergo non credunt cum veritatem dico?

            Imo, Domine, quia veritatem dicis non potest suscipi doctrina tua. Prophetae tui viderunt tibi falsa et stulta, nec aperiebant iniquitatem tuam ut te ad poenitentiam provocarent; Thren. 2. Id tamen æquum. Et tu, fili hominis, sume tibi laterem, et pones eum coram te, et describes in eo civitatem Hierusalem; et ordinabis adversus eam obsidionem, et aedificabis munitiones, et comportabis aggerem, et dabis contra eam castra, et pones arietes in gyro. Later est cor hominis, nam terra est; Hierusalem est decor et dignitas animæ et imaginis Dei, fidei et donorum Dei; cognitio Christi, esse Christianum. Et ordinabis obsidionem; id fit dum ostenditur homini quot vitiis, peccatis et criminibus obsideatur. Sed quid tandem [16] effectum? Obduruerunt. Sic hic obduruerunt et lapides sustulerunt. Insignis historia, 2. Par. 24, de Zacharia, filio Joyadae sacerdotis, occiso a Joas et populo. Historiam vide de veritate victrice, 3. Esd. 3 et 4; Zorobabel: «Vincit» et vincet «veritas.»

            Postquam amovit omnem excusationem, rationem reddit cur non audiant. Qui ex Deo est, verba Dei audit. Signum prsedestinationis et quod sumus filii Dei est audire ejus verba. Pueri ludentes (sic) si pater unius tussi tantum sonet levi, filius intelligit, cæteris non advertentibus. Act. 2: Et quomodo nos audivimus unusquisque linguam nostram in qua nati sumus? Unusquisque linguam suam audit: audit mundanus linguam mundi, superbiam; audit carnalis linguam carnis, concupiscentiam; audit diabolicus linguam diaboli, rixas. Oves matres ab agnis balantes audiuntur, et perdices perdices.

            Sed dicetis: Nos audimus. At et hic isti maledicti audiebant; audire non dicitur qui non obedit. Estote factores verbi, et non auditores tantum, fallentes vosmetipsos, etc.; Jacobi 1°. Venite, descendamus et confundamus linguam eorum, ut non audiat unusquisque vocem proximi sui; Gen. 11; ut non [17] audiat, id est, intelligat. Quomodo cognoscitis aliquem esse surdum? quando scilicet non movetur verbis. Rebeccæ prope fontem dantur ab Eliezer inaures pondo syclorum duo, et armillæ pondo siclorum decem; Gen. 24.

            Præcipua autem causa cur non audiant sunt odia, malevolentiæ, ut hic videmus. Impedit ira animum. Furor illis sicut aspidis surdae. Continuerunt aures suas, et impetum fecerunt unanimiter in eum.

            Responderunt Judaei et dixerunt: Nonne bene dicimus nos quia Samaritanus es tu, et daemonium habes? Isti sunt sermones diaboli, nimirum blasphemiae, sermones inferni. Respondit Jesus: Ego (de Samaritano nihil dicit quia constabat) daemonium non habeo, sed honorifico Patrem meum, et vos inhonorastis me. Ego non quaero gloriam meam; est qui quaerat et judicet. Amen amen dico vobis: Si quis sermonem meum servaverit, mortem non videbit in aeternum. Servare ut Virgo, ut David custodire. Dixerunt ergo Judaei: Nunc cognovimus quia daemonium habes; Abraham mortuus est, et Prophetae mortui sunt, quem teipsum facis? Respondit [18] Jesus: Si ego glorifico meipsum, gloria mea nihil est; est Pater meus, etc.

            Deut. 4: Cum quœsieris Dominum invenies, si tamen quœsieris in toto corde et tota tribulatione animae tuae. Joel: Scindite corda. Sacrificium Deo spiritus contribulatus, cor contritum, etc. Et in cubilibus vestris compungimini. Peccatum meum contra me est semper. Convertatur vir a via sua mala. Averte faciem tuam a peccatis meis. 2. Reg. 24: Percussit autem cor David eum, et dixit: Peccavi valde in hoc facto; vertatur, obsecro, manus tua contra me. Verterunt ad me tergum, et non faciem. Egressus est a facie Domini. Denigrata est super carbones. [19]

 

 

 

            Qui d'entre voits me convaincra de pichi? Si je vous dis la viriti, pourquoi ne me croyez-vous point? Celui qui est (le Dieu, icoute les paroles dc Dieu; et si vous ne les icontez point, c'est parce quc vous n'êtes point de Dieu.

            Exposer au debut l'histoire de Josue, VI, au sujet de Jericho enlevee par les pretres qui portaient l'Arche d'alliance, au son des trompettes. Porter l'Arche d'alliance, c'est accomplir la loi, d'apres ce texte: Car mon joug est doux et mon fardeau léger. Mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. La trompette est la parole de Dieu. Et maintenant le Christ, qui vient s'emparer de Jericho, la ville de la lune, la cite du monde, s'annonce comme un autre Josue qui a porte l'Arche d'alliance et accompli la loi, Qui d'entre vous me [15]

convaincra de péché? et aussi qui a prêché et fait retentir comme une trompette la parole de Dieu: Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous point? Rien ne vous empeche de croire, puisque je vous dis la vérité et que vous ne trouverez rien dans ma vie qui n'y soit conforme. Il y a faute en musique, quand le maître, bon chanteur d'ailleurs, bat mal la mesure. Mais moi, dit le Seigneur, je chante juste et bats mieux encore: Pourquoi donc ne croient-ils pas quand je dis la vérité?

            Eh! Seigneur, c'est parce que vous dites la vérité qu'on ne peut accepter votre doctrine. Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses et insensées, et ils ne découvraient pas ton iniquité pour te provoquer à la pénitence. Pourtant, ils auraient dû le faire. Et toi, fils de l'homme, prends une brique, mets-la devant toi et tu y décriras la cité de Jérusalem; et tu disposeras contre elle un siège, et tu bâtiras des fortifications, tu formeras un rempart, tu établiras contre elle des camps, et tu mettras des béliers autour. La brique, c'est le cœur de l'homme, car il est terre; Jérusalem, c'est l'ornement et la dignité de l'âme et de l'image de Dieu, de la foi et des dons de Dieu; connaître le Christ, être Chrétien. Et tu disposeras un siège; ce qui a lieu lorsqu'on montre à l'homme par combien de vices, de péchés, de crimes il est assiégé. Mais quel en a été l'effet? Ils s'endurcirent. Ils s'endurcirent de même ici et prirent des pierres. [16] Remarquable histoire de Zacharie, fils du prêtre Joïada, tué par Joas et le peuple. Voir l'histoire de la vérité victorieuse, III Esdr., III et IV; Zorobabel; «La vérité triomphe» et triomphera.

            Après avoir écarté toute excuse, le Christ donne la raison pour laquelle ils ne veulent pas écouter. Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu. Entendre la parole de Dieu est un signe de prédestination et de filiation divine. Quand les enfants jouent, si seulement le père de l'un d'entre eux tousse légèrement, lors même que tous les autres n'y prendraient pas garde, son fils l'entend. Et comment avons-nous entendu chacun notre langue dans laquelle nous sommes nés? Chacun entend sa langue: le mondain entend la langue du monde, l'orgueil; le charnel entend la langue de la chair, la concupiscence; le fils du diable entend la langue du diable, les querelles. Les agneaux entendent leurs mères bélant, et les perdrix entendent les perdrix.

            Mais vous direz: Nous avons entendu. Ces maudits aussi entendaient à ce moment; on dit que celui qui n'obéit pas n'entend pas. Pratiquez la parole et ne l'écoutez pas seulement, vous trompant vous-mêmes, etc. Venez, descendons et confondons leur langue, afin que l'un n'entende pas la parole de l'autre; afin [17] qu'il n'entende pas, c'est-à-dire, qu'il ne comprenne pas. Comment connaissez-vous que quelqu'un est sourd, sinon quand les paroles ne l'atteignent pas? Près de la fontaine, Eliézer donne à Rébecca des pendants d'oreilles du poids de deux sicles, et des bracelets du poids de dix sicles.

            Mais la cause principale pour laquelle ils n'entendent pas est la haine, la malveillance dont nous les voyons animés. La colère embarrasse l'esprit. Leur fureur est semblable a celle d'un aspic sourd. Ils se bouchèrent les oreilles et se précipitèrent tous ensemble sur lui.

            Les Juifs répondirent et lui dirent: Ne disons-nous pas avec raison que vous êtes un Samaritain et qu'un démon est en vous? Ces paroles-ci sont bien les propos du diable, c'est-à-dire, des blasphèmes, des paroles infernales. Jésus répondit: Je n'ai pas de démon en moi (il ne parle pas de Samaritain; il est évident qu'il ne l'était pas), mais j'honore mon Père, et vous, vous me déshonorez. Je ne cherche point ma gloire; il est quelqu'un qui la cherchera et qui jugera. En vérité, en vérité, je vous le dis: Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. L'observer comme la Sainte Vierge, la garder comme David. Les Juifs dirent donc; Maintenant nous connaissons qu'il y a un démon en [18] vous; Abraham est mort, et les Prophètes aussi, qui prétendez-vous être? Jésus répondit: Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père, etc.

            Lorsque tu chercheras le Seigneur, tu le trouveras, si toutefois tu le cherches de tout ton cœur et dans toute l'affliction de ton âme. Déchirez vos cœurs. Le sacrifice que Dieu désire est un esprit affligé, un cœur contrit, etc. Excitez-vous à la componction dans vos lits. Mon péché est toujours devant moi. Que l'homme se détourne de sa mauvaise voie. Détournez votre face de mes péchés. Mais le cœur de David fut frappé de remords et il dit: J'ai beaucoup péché en cette action; que votre main, je vous en prie, se tourne contre moi. Ils ont tourne vers moi le dos et non la face. Il se retira de devant la face du Seigneur. [Leur face] est devenue plus noire que le charbon. [19]

LXXII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Ascension

 

24 mai 1607

 

Et Dominus quidem Jesus, postquam

locutus est eis, assumptus est in

Caelum, et sedet a dextris Dei.

[MARC., ult., 19.]

 

            Quand Helie fut ravi, Helisee luy demanda son esprit au double; cui Hælias: Rem grandem postulasti, verumtamen si videris me ascendentem ita fiet; si non videris, non fiet. Sic sane, auditores, si Christum ascendentem viderimus, in nobis fiet cumulatissimus donorum ejus thesaurus. Eia ergo, oculis mentis intueamur ascendentem; ac ne oculi caligent, s'esblouissent, petamus a Deo gratiam ut se permittat videri, per eam per quam nobis visibilis factus est. [20]

            Jam olim, cum Christus suam carnem, se ipsum, panem vivum et celestem, suis daturum discipulis promitteret, durum illud discipulis visum est. Quare et dixerunt: Quomodo potest? et: Durus est hic sermo. Et ainsy murmuroyent-ilz; Christus autem sciens, etc.: Hoc vos scandalizat? Si ergo videritis Filium hominis ascendentem ubi erat prius? Prævidit nimirum futurum ut ex Christi Ascensione plerique Sacramentum Eucharistiæ destruere conarentur, ut faciunt omnes hujus temporis Sacramentarii. Ego ergo ante omnia eorum spinas evellam, mox flosculos plantabo.

            Solent hæretici extrema semper appetere. In omnibus Ecclesia, inquit Tertullianus, ut et Christus, in medio latronum semper crucifixa est. Yerbi gratia, si de Scriptura agatur, Swenckfeldius, Quintinus, Chopinus nullum Mot volunt, sed omnia inspiratione; alii plerique omnes nihil Ecclesiæ, inspirante Spiritu Sancto, credunt. Si de Trinitate, Servetus cum Samosateno nullam distinctionem personalem, Valentinus Gentilis, trinitatem essentiæ. Si de Christo, Nestorius duas personas esse vult, Eutiches unam naturam. Si de honore Virginis, Collyridiani adorandam sacrificio, [21] Copronymus nullo honore dignam. Si de pœnitentia, Novatus nullam sufficere, Pelagiani omnem. Ac ut ad rem veniamus, nostro tempore, circa misterium Eucharistiæ, Ubiquidistæ ubique, alii nullibi in hoc mundo sed tantum extra mundum in Cælo reperiri. Illi non ascendisse, isti non remansisse.

            At Ecclesia Catholica transiens per medium illorum ibat, neque ubique neo nullibi in mundo, sed in Sacramento Eucharistise, ubi Christus voluit. Quare? Quia utrumque dixit qui utrumque potuit; neque dixit et noluit. Solent fere semper hseretici hujus temporis, ubi duo in Scriptura repererint quæ non intelligunt quomodo simul stare possint, unum altero expellere, quamvis contraria non sint. Verbi gratia: fides justificat, ergo opera non justificant, cum utrumque dicat clarissime Scriptura; Ecclesia et fides et opera, ex Jacobo. Mot Dei scriptum tenendum, ergo Traditiones abjiciendæ; Ecclesia: Tenete Traditiones quas accepistis, sive per sermonem, sive per Epistolam nostram; 2. Thess. 2. v. 14. Confitendum Deo, ergo non Christi [22] ministris; at Ecclesia, et Deo et ministris. Et sic propemodum semper, ut hic: articulus est fidei «ascendit ad cælos,» ergo non est in Eucharistia; at Ecclesia: et est hic et est in Eucharistia. Tota ratio facti est omnipotentia facientis.

            Solet humana ratio sæpissime impingere in hunc scopulum. Abraham, cum audiret senex se filium hæredem habiturum, interpretatus est de Eliezer. Gen. enim, 13. v. 16, Deus promisit semen; Gen. 15, 2, 3, interpretatur Abraham de Eliezer. Gen. 17. v. 16 et 17, Dieu annonce un enfant de Sara, Abraham rit: Putasne centenario? etc.; utinam Ismael vivat. Gen. XVIII, idem Sara. Major est Deus corde nostro. Abraham postea credit contra spem, immolando Isaac, de cujus prole tanta illi promissio facta fuerat.

            Jam vero quia Christum Ascensionem suam testatam fecisse nemini dubium; ejus in Eucharistia presentiam breviter probemus ex Scriptura. Promittit, dat, docet. Docet Paulo, I Cor. XI: Ego enim accepi, etc., in qua nocte tradebatur, etc., accepit panem. Sed fecit corpus suum, quod prius panis fuit; ut aquam in vinum, pulverem terræ in corpus hominis et carnem, os Adami in Evam. Manhu? quid est hoc? Iste est [23] panis quem dedit Dominus ad vescendum. Crediderunt Israelitæ, nec dixerunt: Non habet effigiem panis, sed coriandri, aut brumse et verglas; sed omnes collegerunt. At Christus nunc ait: Hoc est corpus meum; quid hæsitas? Corpus Christi est sine dubio. Noctu cadebat man, ne viderent Israelitæ quomodo fit, sed factam crederent: factum crede, modum faciendi ne inquire.

            Porro et Chrisost., ante annos 13. ad miraculum ipsum refert; 1. 3. De Sacerdotio. «O miraculum,» inquit,«o Dei benignitatem! Qui cum Patre sursum sedet, in illo ipso temporis articulo omnium manibus pertractatur, ac seipsum tradit omnibus volentibus eum excipere et amplecti.» Et hom. 2. ad Antioch.: «Elias meloten discipulo reliquit, Filius Dei ascendens suam carnem dimisit; sed Helias quidem exutus, Christus autem et nobis reliquit et ipsam habens» abscondit.

            At tandem non solum Ascensio [non] obest articulo de Eucharistia, sed prodest; nam videte quaeso quale corpus, non amplius carnale sed spiritale, penetrat cælos; 1. Cor. XV, v. 44. [24]

            Or sus, c'est chose extremement douce que de bien croire et l'un et l'autre. Mais puisque c'en est la feste, meditons un peu le second, l'Ascension. Il estoit certes bien raysonnable que ce Sauveur exalte en croix fut exalte en gloire. C'est icy le dernier et le complement des misteres de la Redemption. Osculetur me osculo oris sui; Fuge, Dilecte, assimilare capreae hinnuloque cervorum super montes aromatum. Sed quare nos non trahit? Magnes trahit ferrum, nisi obstet adamas intermedius, pinguedo et allium. Ad Philip. I. V. 23: Coarctor enim a duobus, etc. [25]

 

 

 

            Et le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut élevé dans le Ciel, et il est assis à la droite de Dieu.

            Quand Elie fut ravi, Elisée lui demanda son esprit au double; Elie répondit: Tu as demandé une grande chose, cependant, si tu me vois monter, cela se fera; si tu ne me vois pas monter, cela ne se fera pas. Il en sera de même assurément, auditeurs: si nous voyons l'Ascension du Christ, le trésor le plus abondant de ses dons nous sera communiqué. Courage donc! Des yeux de l'âme, contemplons son Ascension; et, de crainte que nos yeux soient éblouis, demandons à Dieu la grâce qui nous permettra de le voir, par l'entremise de Celle dont il s'est servi pour se rendre visible aux hommes. [20]

            Autrefois déjà, le Christ avait promis à ses disciples qu'il leur donnerait sa propre chair, lui-même, le pain vivant et céleste, et ceux-ci avaient trouvé cette parole dure. Ils dirent donc: Comment peut-il? et: Cette parole est dure... Or, le Christ sachant, etc.: Cela vous scandalise? Et si vous voyiez le Fils de l'homme montant où il était auparavant? Il prévoyait sans doute qu'un grand nombre tireraient de l'Ascension du Christ un argument pour s'efforcer d'anéantir le Sacrement de l'Eucharistie. C'est ce que font tous les Sacramentaires de notre époque. Avant tout, j'arracherai donc leurs épines, pour planter ensuite quelques fleurs.

            Les hérétiques ont l'habitude de rechercher toujours les extrêmes. En tout et toujours, l'Eglise, dit Tertullien, est comme le Christ, crucifiée entre deux larrons. Par exemple, s'agit-il de l'Ecriture, Swenckfeld, Quintinus, Chopin, ne veulent pas de parole, tout vient par inspiration; et presque tous les autres refusent absolument de croire à l'Eglise, inspirée par l'Esprit-Saint. S'agit-il de la Trinité, Servet et Paul de Samosate n'admettent aucune distinction de personnes, Valentin Gentilis affirme une triple essence. Dans le Christ, Nestorius veut voir deux personnes, Eutychès, une seule nature. Pour l'honneur dû à la Sainte Vierge, les Collyridiens la veulent adorer par des sacrifices, Copronyme ne la uge digne d'aucun culte. S'agit-il [21] de la pénitence, Novat enseigne qu'aucune n'est suffisante, Pélage, que la plus légère suffit. Et pour en venir à notre sujet, de notre temps, relativement au mystère de l'Eucharistie, les Ubiquitaires déclarent que Jésus est partout, d'autres, qu'il n'est nulle part en ce monde, mais seulement hors de ce monde, au Ciel; ceux-là nient qu'il soit monté, ceux-ci qu'il soit demeuré.

            Mais l'Eglise Catholique, passant au milieu d'eux, s'en allait, et dit: Le Christ n'est ni partout, ni nulle part en ce monde, mais il est où il a voulu, dans le Sacrement de l'Eucharistie. Pourquoi? Parce que Celui qui pouvait faire l'un et l'autre a affirmé l'un et l'autre; et il n'a pas promis et refusé. Presque toujours les hérétiques contemporains, lorsqu'ils trouvent deux vérités de l'Ecriture dont ils ne peuvent comprendre l'existence simultanée, ont coutume d'en détruire l'une par l'autre, bien qu'elles ne soient pas contraires. Ainsi: la foi justifie, donc les œuvres ne justifient pas; et pourtant l'Ecriture enseigne très clairement ces deux points. L'Eglise, d'après saint Jacques, admet la foi et les œuvres. Il faut s'en tenir à la parole de Dieu écrite, donc rejeter les Traditions; l'Eglise dit: Gardez les Traditions que vous avez reçues, soit par nos discours, soit par notre Epître. Il faut se confesser à Dieu, donc pas aux ministres du Christ ; mais l'Eglise dit: à Dieu et à ses [22] ministres. Et il en est ainsi presque toujours, comme dans ce cas: c'est un article de foi que Jésus «est monté aux cieux,» il n'est donc pas dans l'Eucharistie; mais l'Eglise dit: oui, il est là-haut, et il est dans l'Eucharistie. Toute la raison de l'acte est dans la toute-puissance de Celui qui agit.

            La raison humaine butte très souvent à cet écueil. Abraham, déjà vieux, apprend qu'il aura un héritier, il l'interprète d'Eliézer. Car, Gen., XIII, 16, Dieu lui promet une postérité; Gen., XV, 2, 3, Abraham l'interprète d'Eliézer. Gen., XVII, 16, 17, Dieu annonce un enfant de Sara, Abraham rit: Pensez-vous qu'à un centenaire? etc.; plaise à Dieu qu'Ismael vive! Gen., XVIII, Sara de même. Dieu est plus grand que notre cœur. Abraham, dans la suite, croit contre l'espérance en immolant Isaac, pour la postérité duquel de si belles promesses lui avaient été faites.

            Mais le Christ a prouvé son Ascension par témoins, nul n'en doute. Prouvons en peu de mots, par l'Ecriture, sa présence dans l'Eucharistie. Il la promet, la donne, l'enseigne. Il l'enseigne à saint Paul: Car j'ai reçu moi-même, etc., la nuit où il fut livré, etc., il prit le pain. Mais il fit son corps de ce qui auparavant était pain; comme l'eau changée en vin, la poussière de la terre en corps humain et en chair, l'os d'Adam en Eve. Manhu? qu'est ceci? C'est le [23] pain que le Seigneur a donné a manger. Les Israélites crurent, ils ne dirent pas: Cela ressemble non pas au pain, mats à la coriandre, à la gelée blanche, au verglas; non, tous en recueillirent. Or, le Christ dit maintenant: Ceci est mon corps; pourquoi hésites-tu? Assurément, c'est le corps du Christ. La manne tombait la nuit, pour que les Israélites ne vissent pas son mode de production, mais qu'une fois produite ils y crussent: crois au fait sans rechercher comment il s'est produit.

            Or, il y a treize cents ans que saint Chrysostôme s'en rapportait à ce miracle ; Du Sacerdoce, liv. III. «O miracle,» s'écriait-il, «ô bonté de Dieu! Celui qui siège là-haut avec le Père, en ce moment même, se livre à toutes les mains, se donne lui-même à tous ceux qui veulent le recevoir et l'embrasser.» Et hom. II aux Antiochiens: «Elie laisse à son disciple son manteau; le Fils de Dieu, montant au Ciel, nous laisse sa chair; mais Elie s'était dépouillé, le Christ, lui, nous laisse sa chair sans la quitter lui-même,» bien qu'il la cache.

            Mais enfin il y a plus. Loin de contredire l'Eucharistie, l'Ascension lui sert d'appui. Voyez en effet, je vous prie, ce corps, non plus charnel, mais spirituel, qui pénètre les cieux. [24]

            Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche. Fuyez, mon Bien-Aimé, et soyez semblable au chevreuil et au faon des biches, sur les montagnes des aromates. Mais pourquoi ne nous entraine-t-il pas? L'aimant attire le fer, pourvu que n'y mettent obstacle ni un diamant interposé, ni une substance graisseuse, ni l'ail. Car je me sens pressé des deux côtés, etc. [25]

LXXIII. Fragment d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent

 

30 novembre 1608

 

(INÉDIT)

 

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            Et stellis, id est, affectionibus: heu, invertentur omnia; affectus pravi cadent, amor temporalium, etc. Et in terris pressura gentium; in carne pressura sensuum. Prœ altitudine sonitus maris; maris, id est, mortis, mare enim dolorum est. Arescentibus hominibus, interiore et exteriore, prœ timore eorum quœ supervenient universo orbi, id est, homini integro. Tunc vos, qui Christum primo venientem excepistis, levate capita vestra. [26]

            Oratio fiat recapitulando. Erigo me ad te, nam tu es qui rigas aqua montes, ut saturentur ligna campi et cedri Libani; illic passeres nidificabunt. Herodii domus dux est eorum, id est, herodius primum nidificabit, alios ad nidificandum ducendo et inducendo. Montes excelsi cervis, ad pascendum cum arcentur a venatore. Petra refugium erinaceis, sive marinis sive terrestribus, licet diversimode. [27]

 

 

 

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            Et dans les étoiles, c'est-à-dire dans les affections: ô Dieu! tout changera; les affections dépravées tomberont, ainsi que l'amour des biens passagers, etc. Et sur la terre la détresse des nations: dans la chair, détresse des sens. A cause du mugissement retentissant de la mer; de la mer, c'est-à-dire de la mort, car la mort est une mer de douleurs. Les hommes séchant, l'homme intérieur et l'homme extérieur, de frayeur, épouvantés qu'ils seront par ce qui surviendra dans tout l'univers, c'est-à-dire, dans l'homme tout entier. Alors, vous, qui avez reçu Jésus-Christ dans son premier avènement, levez la tête. [26]

            Récapituler sous forme de prière. Je m'élève vers vous, car c'est vous qui arrosez d'eau les montagnes, afin que les arbres de la campagne et les cèdres du Liban soient rassasiés; les passereaux y feront leurs nids. La demeure du liéron est leur chef, c'est-à-dire, le héron est le premier à faire son nid, afin de conduire et d'induire les autres à faire les leurs. Les montagnes élevées fournissent des pâturages aux cerfs quand ils sont repoussés par le veneur. I.e rocher sert de refuge aux hérissons, soit maritimes, soit terrestres, mais de diverses manières. [27]

LXXIV. Plan d'un sermon pour la fête de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge

 

8 décembre 1608

 

(INÉDIT)

 

AD FESTUM CONCEPTIONIS BEATISSIMÆ VIRGINIS ET ANNIVERSARIUM MEÆ CONSECRATIONIS, 1608

 

Dilectus meus mihi et ego illi; qui

pascitur inter lilia, donec aspiret

dies et inclinentur umbrœ.

[CANT., II, 16, 17.] [28]

 

            Le grand amour que Nostre Seigneur porte a Nostre Dame et par lequel il se rend tout sien, est cause que Nostre Dame reciproquement est toute sienne, et par consequent qu'elle n'a peu contracter aucun peché. Sa divine Majesté nous veuille rendre tout siens. Vous voyes que je vay faire un discours tout d'amour, mais que je ne puis faire si le Saint Esprit, amour celeste, ne m'inspire, et que Celle qui par luy a receu plus d'amour que nulle creature ne m'en impetre la grace. [28]

            Omnes Patres iis verbis immensum mutuum amorem Sponsi et Sponsæ demonstrari tradunt. Neque in hoc est difficultas; amor quidem Sponsi ad Sponsam: Dilectus meus mihi; Sponsæ ad Sponsum: et ego illi. Quia autem Christus est Sponsus, quamquam nihil sit dubium de ejus amore, consolationis ergo videamus signa amoris Christi erga Matrem.

            Primum signum amoris est unio affectiva sive voluntatis; unde Christus: Si quis diligit me, sermonem meum servabit; Qui dicit se diligere Deum et mandata ejus non servat, mendax est; Erat illis cor unum et anima una; Anima Jonatœ conglutinata est cum anima David. Unde Aug., 4. Confess., c. 6, laudat dicentem de amico «dimidium animæ meæ,» quia amicus affective est alter ego. Sed non possum continere quin dicam duo: et historiam illam de amicitia Augustini, et retractationem quam fecit illorum verborum quæ sunt in fine cap. 6: «Ille autem qui dixit dimidium,» etc. Horatius est, de Virgilio navigante:

                        «Et serves animæ dimidium meæ.»

Jam vero quam Christus univerit se Matri: Et erat [29] subditus illis, ut semper voluntatem ejus fecerit sicut gratissimæ sponsæ, et illa vicissim conjunctissima Christo: Pone me ut signaculum supra cor tuum. Et illud: Ego dormio et cor meum vigilat, de corde Virginis Christo. Et illud: Tuam ipsius animam doloris gladius pertransibit. Hugo de anima Christi, quae anima est Mariæ, interpretatur; unde ad Crucem stat vincta canalibus, sicut lilium inter spinas.

            Secundum signum amoris, ad Philip. I: Eo quod habeam vos in corde meo, est adhæsio intima. Agglutinata est anima Jonathœ; Adhœsit anima mea post te; Mihi autem adhœrere Deo bonum est. Talis fuit amor Noemi et Ruth. Jam maxima adhæsio Christi ad Virginem ubique, et rursus Virginis ad Christum, unde: Dilectus meus mihi; Quaeram quem diligit anima mea; Quis nos separabit a charitate Christi? Christo confixus sum cruci.

            Tertium signum, exstasis sive raptus. Dionysius Areopagita, [1.] 4. de Divinis Nominibus, ait Christum exstasim passum cum venit ad uterum Virginis: Ego ex ore Altissimi prodivi, primogenita ante omnem creaturam. At Virgo vicissim extra se fuit: Mihi [30] vivere Christus est et mori lucrum; Vivo ego, jam non ego. Hugonis sententia huc refertur.

            Quartum est zelus, qui duplex: concupiscentiæ, ut prætendentium dignitates, quia ad bonum limitatum, et hic est invidia; amicitiæ, et avertit mala ab amico. Hic zelus fuit in Virgine maximus. Pro domo Dei: Quis scandalizatur et ego non uror? Zelus Christi de Virgine: Pone me ut signaculum supra cor tuum; Hortus conclusus; Capite nobis vulpes parvulas quae demoliuntur vineas, nam vinea mea floruit; Dilectus meus mihi. [31]

 

 

 

POUR LA FÊTE DE LA CONCEPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE ET L'ANNIVERSAIRE DE MA CONSÉCRATION, 1608

 

            Mon Bien-Aimé est à moi et moi je suis à lui; il se repaît parmi les lis, jusqu'à ce que le jour paraisse et que les ombres s'inclinent. [28]

            Tous les Pères trouvent dans ces paroles une preuve de l'immense et mutuel amour de l'Epoux et de l'Epouse. Nulle difficulté sur ce point. En effet, amour de l'Epoux pour l'Epouse: Mon Bien-Aime est à moi; et de l'Epouse pour l'Epoux: Et moi je suis à lui. Comme le Christ est l'Epoux, bien que nous ne puissions douter de son amour, cependant, pour notre consolation, voyons les témoignages d'amour de Jésus envers sa Mère.

            Le premier signe de l'amour est une union affective, soit de volonté; c'est pourquoi le Christ dit: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole. Celui qui dit qu'il aime Dieu et ne garde pas ses commandements est un menteur. Ils n'étaient qu'un cœur et qu'une âme. L'âme de Jonathas s'était collée a l'âme de David. Voilà pourquoi saint Augustin, liv. IV de ses Confessions, chap. VI, loue celui qui nommait son ami «la moitié de mon âme,» car par l'union mutuelle qui naît de l'affection, un ami est un autre soi-même. Mais je ne puis m'empècher de citer deux faits: cette histoire de l'amitié de saint Augustin et la rétractation qu'il fit de ces mots qui se trouvent à la fin du chap. VI: «Mais celui qui a appelé la moitié,» etc. C'est Horace parlant de Virgile qui voyageait sur mer:

                        «Et que tu gardes la moitié de mon âme.»

Or, combien Jésus était uni à sa Mère: Et il leur était soumis, faisant toujours [29] sa volonté comme celle d'une épouse très aimée. Elle, à son tour, était très intimement liée au Christ: Pose-moi comme un sceau sur ton cœur. Et cet autre texte; Je dors et mon cœur veille, s'entend du cœur de la Vierge pour le Christ. Et celui-ci: Un glaive de douleur transpercera ton âme, Hugues l'interprète de l'âme du Christ qui est l'âme de Marie; aussi, près de la Croix, elle se tient debout liée dans des canaux, comme le lis entre les épines.

            Deuxième signe d'amour; aux Philippiens, I: Parce que je vous ai dans mon cœur; c'est l'union intime. L'âme de Jonathas se colla étroitement. Mon âme s'est attachée a vous. Pour moi, il m'est bon d'adhérer à Dieu. Tel fut l'amour de Noémi et de Ruth. Partant, l'union du Christ à la Vierge fut très grande partout, de même aussi celle de la Vierge au Christ : Mon Bien-Aimé est à moi. Je chercherai celui que chérit mon âme. Qui nous séparera de la charité du Christ? Je suis cloué a la croix avec le Christ.

            Troisième signe, l'extase ou le ravissement. Denis l'Aréopagite, liv. IV des Noms Divins, dit que le Christ subit une extase en entrant dans le sein de la Vierge: C'est moi qui suis sortie de la bouche du Très-Haut, engendrée la première avant toute créature. A son tour, la Vierge fut hors d'elle-même ; [30] Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir m'est un gain; Je vis, non plus moi. La parole de Hugues se rapporte ici.

            Le quatrième est le zèle. Il est double: celui de concupiscence, comme le zèle de qui prétend aux dignités; parce que ce bien est limité, ce zèle s'appelle envie. Celui d'amitié est le zèle qui protège l'ami contre les maux. Ce zèle atteignit son plus haut degré en Marie. Pour la maison de Dieu: Qui est scandalisé sans que je brûle? Zèle du Christ pour la Vierge: Pose-moi comme un sceau sur ton cœur. Jardin fermé. Prenez-nous les petits renards qui ravagent les vignes, car ma vigne a fleuri. Mon Bien-Aimé est à moi. [31]

LXXV. Fragment d'un sermon pour la fête de saint Jean l'Evangéliste

 

27 decembre 1608

 

(INÉDIT)

 

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            Porro sententia contraria est Hyppolyti et D. Amb. in Lucam. Quatuor argumentis probatur.

            [1.] Mat. 16: Sunt de hic stantibus qui non gustabunt mortem donec videant Filium hominis in regno suo; et ibi loquebatur de regni cælesti.

            2. Calicem quidem meum bibetis.

            3. Apoc. X: Angelus qui stabat super mare et super terram: Opportet te iterum prophetare gentibus et populis et linguis et regibus multis.

            4. Hoc loco: [Sic eum volo manere donec veniam, quid ad te?]

            Verum si mortuus est, qua morte? Morte amoris. [32]

 

 

 

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            J'ajoute que l'opinion contraire est soutenue par saint Hyppolite, et par saint Ambroise [dans son Commentaire] sur saint Luc, et qu'elle se prouve par quatre arguments.

            [1.] Il y en a de ceux qui sont ici présents qui ne goûteront pas la mort jusqu'à ce qu'ils voient le Fils de l'homme dans son royaume; et là il parlait du royaume céleste.

            2. Vous boirez en effet mon calice.

            3. L'Ange qui se tenait debout sur la mer et sur la terre: Il faut encore que tu prophétises a un grand nombre de nations, de peuples, d'hommes de diverses langues et de rois.

            4. Par ce texte: [Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe?]

            Mais si vraiment il est mort, de quelle mort? De la mort d'amour. [32]

LXXVI. Plan d'un sermon pour l'octave des saints Innocents

 

4 janvier 1609

 

(INÉDIT)

 

AD DOMINICAM 1. JANUARII, QUÆ ERAT OCTAVA INNOCENTIUM

1609, NECII

 

            Quemadmodum in tabulis et picturis in quibus sunt multæ personæ en petit volume, semper aliquid superest videndum et notandum, umbræ, pourfilz, raccourcissemens, entorses; sic in Evangelio Innocentium, in quibus sunt tot personæ parvæ, et præsertim parvulus ille Puer qui quæritur et non invenitur. Quare idem retractare animus est, addito tamen reditu ex Ægipto. [33]

            Ecce Angelus Domini apparuit in somnis Joseph, dicens. Quis Angelus? Non sane Christi si commodi genitivum faciamus, sed Christi si possessive; non enim indiguit custode Angelo, sed ministro: ergo Gabriel fuit.

            Dicam pauca de Angelorum custodia. Habent omnes homines, habent diocæses, habent urbes, habent ecclesiæ et monasteria. D.Hyeronimi luculentum est testimonium, epistola ad Sabinianum, sigillatim de Angelo custode præsepis et cubiculi Virginis. Hoc notavit D. Dionys., De Cœlesti Hierarchia, c. 4.

            Accipe Puerum et Matrem ejus, et fuge in Ægiptum usquedum dicam tibi. Recens natus Christus (sic) qui vult custodire debet fugere Hærodem. Quis est iste Herodes qui quærit Puerum ut perdat eum? Satan est, qui dum videt Christum adhuc puerum vult eum perdere, immissis suis satellitibus variis. Ecce in hoc festo Nativitatis Christum suscepistis. Luxuriosus ille confessus est et Christum suscepit, et ecce Hærodes immittit cogitationem turpem vel blanditias; ecce Angelus: Fuge, fuge. Alius confessus est se blasphemasse, [34] et suscepit Puerum; immittit Hærodes: Lude, etc. Videte, dum Christus adhuc tener est; cavete, sitis astuti.

                        «Nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos.»

Cum vero mortuus vobis fuerit mundus, tunc poteritis paulo liberius uti. Cum vos mundo et mundus vobis crucifixus fuerit, Deus immortalis. De elephantero timente vestigia hominis. Et cum etiam tibi crucifixus mundus videbitur, time; nam sæpe fingit se crucifixum, ut polipus apud Granatensem. Sed dices, ubi fugiam? Fuge non loca sed occasiones.

            Accipe Puerum et Matrem ejus. Puer Jesus, Salvator, Maria, mare amarum. Vis tibi Christum conservare? conserva pœnitentiam. Eum lacta; sis paululum sollicitior initio. Futurum est enim ut Hærodes quærat Puerum ad perdendum eum. Aliqui quærunt Jesum sicut Sponsa: Inveni quem diligit anima mea, tenui, nec dimittam. Quis nos separabit? Mihi autem adhærere Deo bonum est. Alii quærunt ad perdendum. Quærit lupus, quærit pastor. Sic Judas quærit Jesum.Ut quid claudicatis in utramque partem?

            Tamen Deus vult nos ab hominibus doceri, non ab [35] Angelis regulariter; ipsi tamen juvant ac fovent inspirationibus, illuminationibus. Vide Jo. Lor., 43. Historiam Prati spiritualis.

 

            In Ægipto fuit circa sex annos, plus minusve. Nihil eorum dixit Evangelista quæ ibi gessit Christus. Fabrum contemplamini, et ego quidem existimo quod quemadmodum Joseph parvulus somniabat, qui tam egregius postea fuit somniorum interpres, et David pascebat gregem patris qui tam belle pavit Israelem, ita Christus faciebat cruces, unde postea tam egregius fuit crucifixus et crucifixor.

            Interim moritur Herodes. Quid fecisti ut regnares? Occidisti pueros. Heu miser! Peccatum tuum manet, regnum tuum non manet: ita plerique hominum. Ut pueri in equis ligneis ambulantes, appellant equos, hinniunt eorum nomine, currunt, saltant, et pascuntur illa pueritia, sic regnum appellant timeri, cum tamen regnare sit amari; exaltant se et credunt divitias eos exaltare, cum deprimant.

            Et Angelus iterum redit: Revertere in terram Israel. Non dicit ubi, sed pedetentim ite. Omnes volunt scire quid ipsis futurum sit. David: Dies diei [36] eructat Mot, et nox nocti indicat scientiam; ut reddam vota mea de die in diem. Beatus Franciscus odio habuit formicas, quæ congregant sibi tantum et mittunt in terram; non apes, quæ mellificant pro tempore hiberno, sed non mittunt in terram nec sibi. Beata Catharina Senensis: «Cogita de me et ego cogitabo de te.»

            Revertitur in Nazareth, in parva casa, quæ omnimodam paupertatem redolet. Deus bone! et nos volumus omnia prospera, omnia læta. [37]

 

 

 

POUR LE PREMIER DIMANCHE DE JANVIER QUI SE TROUVAIT ÊTRE L'OCTAVE DES SAINTS INNOCENTS. 1609, ANNECY

 

            Dans les tableaux et peintures qui représentent un grand nombre de personnages en petit volume, il reste toujours quelque chose à voir et à noter, ombres, profils, raccourcissements, entorses; il en est de même pour l'Evangile des saints Innocents, qui représente tant de petits personnages, et surtout ce petit Enfant qu'on cherche sans le trouver. Aussi voulons-nous traiter de nouveau ce sujet, en y joignant toutefois le retour d'Egypte. [33]

            Voila que l'Ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil et dit. Quel est cet Ange? Ce ne fut pas certes celui clu Christ si nous l'entendons du génitif d'intérêt, mais ce fut bien celui du Christ s'il s'agit du génitif de possession; car il lui fallait un Ange, non comme gardien mais comme Berviteur. Cet Ange fut donc Gabriel.

            Je dirai quelques mots des Anges gardiens. Tous les hommes en ont, les diocèses, les villes, les églises, les monastères ont le leur. Saint Jérôme, dans son épître à Sabinien, en donne un éclatant témoignage, particulièrement au sujet de l'Ange préposé à la garde de la crèche et de la chambre de la Sainte Vierge. Saint Denis a signalé ce point dans son livre De la Hiérarchie céleste, chap. IV.

            Prends l'Enfant et sa Mère et fuis eu Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle. Jésus est né récemment dans une âme; si elle veut le garder, elle doit fuir Hérode. Quel est cet Hérode qui cherche l'Enfant pour le perdre? C'est Satan; quand il voit Jésus encore enfant, il veut le perdre et envoie ses divers satellites. En cette fête de Noël, vous avez reçu Jésus-Christ. Tel luxurieux s'est confessé et a reçu le Christ, et voici qu'Hérode lui envoie une pensée honteuse ou des séductions; et voilà que l'Ange accourt et dit: Fuis, fuis. Un autre s'est accusé d'avoir blasphémé, et il a reçu l'Enfant; Hérode lui fait [34] dire! Joue, etc. Veillez pendant que le Christ est encore faible; prenez garde, soyez prudents.

                        «Je ne sais quel œil fascine mes tendres agneaux. »

Quand le monde sera mort en vous, vous pourrez être un peu plus libres. Quand vous serez crucifiés au monde et que le monde sera crucifié en vous, Dieu sera immortel en votre âme. Exemple de l'éléphant qui craint la trace de l'homme. Et lors même que le monde paraîtrait crucifié en toi, crains; car souvent il feint d'être crucifié, comme le polype dont parle Grenade. Mais tu dis: Où fuirai-je? Il faut fuir non les lieux, mais les occasions.

            Prends l'Enfant et sa Mère. L'Enfant Jésus, Sauveur, Marie, mer amère. Veux-tu conserver en toi le Christ, conserve l'esprit de pénitence. Allaite cet Enfant; sois plus vigilant dans les commencements. Car il arrivera qu'Hérode cherchera l'Enfant pour le perdre. Les uns cherchent Jésus comme l'Epouse: J'ai trouvé Celui que chérit mon âme, je le tiens et je ne le laisserai point aller. Qui nous séparera? Pour moi, il m'est bon d'adhérer a Dieu. D'autres le cherchent pour le perdre. Le loup cherche, le berger cherche. Ainsi Judas cherche Jésus. Pourquoi boitez-vous de part et d'autre?

            Toutefois, Dieu veut que nous soyons ordinairement instruits par les hommes [35] et non par les Anges. Quant à ceux-ci, ils nous aident, nous stimulent par leurs inspirations, leurs lumières. Voir Jean Lorini, XLIII. Histoire tirée du Pré spirituel.

            Jésus demeura en Egypte environ six ans, plus ou moins. L'Evangéliste ne dit rien de ce qu'il y fit. Contemplez-le comme artisan, car, voici mon opinion. Joseph qui plus tard devait si bien interpréter les songes, en faisait dans son enfance; David, avant d'être l'admirable pasteur d'Israël, paissait les troupeaux de son père: ainsi, le Christ fabriquait des croix, lui qui, plus tard, devait être si excellemment crucifié et crucifiant.

            Cependant, Hérode meurt. Qu'as-tu fait pour régner? Tu as mis à mort des enfants. Eh! misérable, ton péché demeure et ton règne ne demeure pas: ainsi en est-il pour un grand nombre d'hommes. Les enfants caracolent sur des chevaux de bois, ils les appellent chevaux, hennissent pour eux, courent, sautent, et se délectent dans ce puéril divertissement; de même, les hommes disent qu'ils regnent quand ils se font craindre; régner pourtant c'est être aimé. Ils s'élèvent et croient que les richesses exaltent; les richesses les dépriment.

            L'Ange apparaît de nouveau: Retourne dans la terre d'Israël. Il ne dit pas où; mais allez tranquillement. Tous veulent savoir ce qui leur arrivera. [36] David dit: Le jour parle au jour, et la nuit instruit la nuit; afin que je rende mes vœux chaque jour. Saint François haïssait les fourmis qui amassent uniquement pour elles et enfouissent leur butin en terre; il aimait au contraire les abeilles, qui font du miel pour l'hiver, mais qui ne le mettent pas en terre et qui ne travaillent pas pour elles seules. Sainte Catherine de Sienne: «Pense en moy, et je penseray pour toy.»

            Jésus revient à Nazareth, dans une petite maison où tout respire la pauvreté. Bon Dieu! et nous, nous voulons que tout prospère, que tout nous sourie! [37]

LXXVII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Epiphanie

 

6 janvier 1609

 

(INÉDIT)

 

AD FESTUM EPIPHANIÆ, 1609

 

            Magna festivitas, in qua Ecclesia Gentilium recepta est a Christo et Christum recepit. Si Abraham convivium fecit in die quando ablactatus est Isaac, hodie magnum festum quando ablactati sunt Gentiles ab idololatria, et venerunt ad Christum et ad Domum panis. Id ut consideremus, nolumus aliam stellam quam Mariam.

            Hodie dies est donorum, nec unquam Christo donum tam magnificum factum est. Et quia etiam muneribus placatur Deus, et instinctu naturali placamus, teste Abele,

                        «Munera, crede mihi, placant hominesque deosque» (unde Ex. 23: Non apparebis coram me vacuus; [38] Deuteron. 16: Non apparebit quisquam coram me vacuus), propterea opere prsetium fuerit nosse quomodo dona facienda sunt Deo. Id autem ex muneribus Magorum cognoscemus; nam primum in unoquoque genere est mensura cæterorum. Hæc autem attendenda sunt. Quis? causa efficiens. Quid? causa materialis. Cui? causa objectiva. Quare? causa finalis. Quomodo? causa formalis.

            Quis? Donum enim ab iniquo profectum, ipsum propemodum iniquum est. Sic Cain, et Abel: Respexit ad Abel et ad munera ejus. Propterea labrum aneum in quo lavabant sacerdotes; unde tanta cura sacerdotibus antiquis ut mundi essent. Quicquid id est,

            «Timeo Danaos et dona ferentes.»

Qui sunt isti? Magi, non magici sed sapientes reges; qui non credendo credebant. Pii; qui stellas observabant propter prophetiam Balaam. Suam devotionem testantur quod regnis relictis veniant, et intrepide regem Herodem adeant, confite anturque ingenuesuam religionem. Tum vero sapientes erant; sapiens autem non est nisi bonus. Afferte Domino, filii Dei, afferte Domino filios [39] arietum. Gregorius Nazianzenus, I orat. in Julianum, duos nepotes Constantii Imperatoris Gallum et Julianum volentes asdificare templum supra sepulcrum Beati Mamantis Martyris, comparat sacrificantibus Caino et Abeli. Nam pars quam fabricandam susceperat Gallus, vere pius, feliciter processit, pars Juliani terræmotu disquiebatur (sic), quasi terra revomeret.

            Quid? Aurum, thus et mirrham. Ratio cur hanc materiam obtulerint apud doctores varia. Strabus, auctor Glos. Ord., quia dabant quæ ex sua Arabia habebant. Deus omnibus est contentus: Abel dat pecora, et qui nisi (sic) pilos caprarum habebat dare poterat. Honora Dominum de tua substantia; Proverb. 3. Sunt qui honorant Deum de eo quod non habent. Fili mi, quare non es devotus? Ero devotus in senectute. Deus bone! quis scit utrum senescas? Alius: Si essem Capucinus, honorarem Deum; honora Deum de tua substantia. Si essem dives, darem, etc.; honora Deum de tua paupertate. Si essem sanus; honora Deum de tua patientia. Si essem doctor, etc.; honora Deum de tua simplicitate. Quid habes, illud da; tantum valet quantum habes. Alii dant non sua, ut fures. [40]

            Bernardus: quia pauperi, in stabulo et tenero. Sane danda sunt accommodata. Vides Christum famelicum, tu das illi preces; vides Christum infamatum, das illi pecuniam; vides Christum afflictum, quid tibi est? Antigonus, Cynico petenti talentum, mox denarium. Poterat et talentum tanquam rex, et denarium tanquam Cinico. Augs: Aurum, regi; thus, Deo; mirrham, mortali. Greg.: Auro sapientiam, thus (sic) orationem, mirrha mortificationem. Meditatio, oratio, praxis.

            Cui? Christo Domino. Bernardus: veraciter, frequenter, perseveranter. Magna fides.

            Quare? Et venimus adorare Dominum.

            Quomodo? Procidentes adoraverunt eum.

            Æschines Socrati; Seneca, 1. de Benef., c. 7: «Socrati cum multa multi discipulorum offerrent, Æschines, pauper auditor: Nihil, inquit, dignum te invenio, et hoc ipso me pauperem agnosco. Itaque dono tibi quod unum habeo, meipsum; hoc munus, rogo, boni consule, cogitesque alios, cum tibi multa dederint, plus sibi reservasse. Cui Socrates: Quidni tu munus magnum dedisti nisi te [41] parvipendas? Curabo ergo ut te tibi meliorem aliquando reddam.»

            Exodi, 35: oleum, lignum, pili (sic) caprarum, œs, argentum, aurum, inaures, monilia, lapides prætiosos, populus voluntarie offert; pelles ovium, etc., dederunt. [Ibid.,] 36, plus dederunt quam opus esset, et Moyses prohibuit, et fabri nimium distrahebantur excipiendis muneribus. O hoc temporte, nunquam satis. Condendis laudibus tabernaculi Beatæ Virginis non est timendum ne Ecclesia plus accipiat; ita Collyridianos repressit. [42]

 

 

 

POUR LA FÊTE DE L'ÉPIPHANIE, 1609

 

            Grande fête que celle où l'Eglise des Gentils est acceptée par le Christ et reçoit le Christ. Si Abraham fit un festin le jour où Isaac fut sevré, c'est aujourd'hui une grande fête parce que les Gentils sont sevrés de l'idolâtrie et viennent au Christ et à la Maison de pain. Pour contempler ce mystère nous ne voulons d'autre étoile que Marie.

            C'est aujourd'hui le jour des dons. Jamais le Christ n'a reçu de don plus magnifique. Les présents apaisent Dieu, et nous l'apaisons ainsi par instinct naturel, témoin Abel.

                        «Par les dons, croyez-m'en, hommes et dieux s'apaisent.» (Aussi lit-on dans l'Exode, XXIII: Tu ne paraîtras pas devant moi les mains [38] vides; Deut., XVI: Personne ne paraîtra devant moi les mains vides.) C'est pourquoi il nous est nécessaire de connaître la manière d'offrir à Dieu nos présents. Nous l'apprendrons par l'exemple des Mages; car le premier acte en chaque genre sert de type aux autres. Examinons donc ces circonstances: Qui? la cause efficiente. Quoi? cause matérielle. A qui? cause objective. Pourquoi? cause finale. Comment? cause formelle.

            Qui? Car le don fait par une main inique est, pour ainsi dire, inique. Voyez Caïn et Abel: [Le Seigneur] regarda Abel et ses présents. De là, ce bassin d'airain où se lavaient les prêtres; de là, ce soin que les prêtres de l'ancienne Loi avaient pour la propreté. Quoi qu'il en soit,

            «Je crains les Grecs, même dans leurs présents.»

Qui sont ceux-ci? Des Mages, non des magiciens, mais des rois sages; sans avoir la foi, ils croyaient. Des rois pieux, qui observaient les étoiles en vue de la prophétie de Balaam. Leur dévotion est démontrée en ce qu'ils quittent leurs royaumes, accourent et se présentent avec intrépidité au roi Hérode, et lui confessent ingénument leur foi. Puis, ils étaient sages; mais l'homme sage n'est pas sans être bon. Apportez au Seigneur, enfants de Dieu, apportez au Seigneur des petits de béliers. Les deux neveux de l'Empereur Constance, [39] Gallus et Julien, voulaient édifier un temple sur le sépulcre du bienheureux Marnas, Martyr. Saint Grégoire de Nazianze, dans sa 1re oraison sur Julien, les compare à Caïn et à Abel offrant leurs sacrifices. Gallus avait une vraie piété; la partie qu'il devait construire s'éleva sans obstacle. Celle de Julien, au contraire, était sans cesse secouée par des tremblements de terre, comme si la terre eût voulu la rejeter de son sein.

            Quoi? L'or, l'encens et la myrrhe. Les docteurs sont divisés quand ils expliquent la raison de tels présents. Strabus, auteur de la Glose ordinaire, dit qu'ils donnèrent ce que leur pays d'Arabie leur fournissait. Dieu se contente de tout: Abel donne de ses troupeaux, et celui qui n'avait que des poils de chèvre pouvait les offrir. Honore le Seigneur de ton bien. Il y en a qui font hommage à Dieu de ce qu'ils n'ont pas. Mon fils, pourquoi n'es-tu pas dévot? Je serai dévot dans ma vieillesse. Bon Dieu! qui sait si tu vieilliras? Un autre dit: Si j'étais Capucin je ferais des sacrifices à Dieu; honore Dieu du bien que tu as. Si j'étais riche, je donnerais, etc.; honore Dieu par ta pauvreté. Si j'étais en santé; honore Dieu par ta patience. Si j'étais docteur, etc.; honore Dieu par ta simplicité. Donne ce que tu as; la valeur de ton présent se mesure sur ce que tu as à donner. D'autres, comme les voleurs, donnent ce qui ne leur appartient pas. [40]

            Saint Bernard dit qu'ils firent ces présents parce que Jésus était pauvre, logé dans une étable, frêle et délicat. Assurément, les dons doivent être proportionnés aux besoins du donataire. Tu vois Jésus affamé, tu lui donnes des prières; tu le vois méprisé, tu lui donnes de l'argent; tu le vois affligé, quelle peine en éprouves-tu? Le Cynique demandait un talent à Antigone; celui-ci lui offre aussitôt un denier. Il aurait pu lui donner un talent comme étant lui-même roi, ou un denier comme donnant à un Cynique. Saint Augustin [dit que les Mages donnèrent] de l'or, comme à un roi; de l'encens, comme à un Dieu; de la myrrhe, comme à un mortel. D'après saint Grégoire, l'or représente la sagesse, l'encens la prière, la myrrhe la mortification. Méditation, prière, bonnes œuvres.

            A qui? Au Christ Notre-Seigneur. Saint Bernard: avec vérité, constance, persévérance. Grande foi.

            Pourquoi? Et nous sommes venus adorer le Seigneur.

            Comment? Se prosternant, ils l'adorèrent.

            Eschine et Socrate; Sénèque, liv. des Bienfaits, chap. VII: «Un grand nombre de disciples offraient à Socrate de riches présents. Eschine, pauvre auditeur, lui dit: Pour moi, je ne trouve rien qui soit digne de toi, et c'est en cela que je me reconnais pauvre. C'est pourquoi je veux te donner le seul bien que je possède, moi-même; je te prie d'agréer ce don et de croire que les autres, quoiqu'ils donnent beaucoup, se réservent encore davantage. Socrate répondit: Ton présent n'est petit que dans ta propre estime. [41] J'aurai donc soin de te restituer un jour à toi-même meilleur que tu n'étais.»

            Exode, XXXV: Le peuple offre spontanément de l'huile, du bois, des poils de chèvre, de l'airain, de l'argent, de l'or, des pendants d'oreille, des bijoux, des pierres précieuses; on fît don de peaux de brebis, etc. On donna plus qu'il ne fallait. Moïse dut comprimer cet élan, les ouvriers eux-mêmes étaient trop distraits de leur travail par la réception de ces présents. O temps heureux ou l'on croyait jamais donner assez! Pour exalter la gloire du temple de la Bienheureuse Vierge, ne craignez pas que l'Eglise reçoive trop; aussi a-t-elle réprimé les Collyridiens. [42]


 

LXXVIII. Sermon pour le mercredi des Cendres

 

4 mars 1609

 

(INÉDIT)

 

FERIA 4 CINERUM, 1609, ANNESSII

 

Thesaurizate vobis thesauros in Cœlo.

[MATT., VI, 20.]

Memento homo quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

[Gen., III, 19.]

 

            En jam hiems transiit, imber abiit et recessit; hiems ille carnifer et carnifex animarum, qui omnem pulcritudinem spiritualem terræ et animarum exsiccaverat, cordiumque motum hebetaverat, ac madidum et infaustum imbrem sordidarum delectationum genuerat. Abeat tempus illud carnale et recedat; pereant dies illi, nec computentur in annis, et oblivione æterna deleantur. Veni, veni, tempus acceptabile; venite, venite, [43] dies salutis: momenta vestra convertantur in horas, horæ in dies, dies in hebdomadas, hebdomadæ in menses, menses in annos, anni in secula, et secula in perpetuas aetemitates. Quod si ranæ coaxantes in paludibus de pluvia illa et tempore illo caliginoso gaudebant, at philomela cælestis et turtur de sicco jejunii et claro pœnitentiae tempore invicem gratulantur, nosque suo canto lætificant, admixtis suavissimis pœnitentiæ et spei vocibus. Philomelam audiamus Christum cantantem: Thesaurizate vobis, etc. Audiamus vocem Ecclesiæ, turturis in terra nostra: «Memento homo» quia cinis es, et in cinerem reverteris. Hæc sunt præludia totius Quadragesimæ, hi sunt duo termini itineris pœnitentium: a quo, a cinere, ad quem, ad Cælum; a quo, a miseria, ad quem, ad thesauros. De ambobus nobis futurus est hic primus sermo; de mediis reliqui. [44]

            Et ecce me, Domine: Confiteor tibi, Pater, Domine cæli et terræ, quia pulvis sum et cinis, et tamen thesauros verbi tui thesaurisare volo; non mihi tantum sed et pueris meis dilectissimis. «Quid faciam, miser?» In me sunt omnes thesauri miseriæ et abjectionis absconditi, imo et manifesti; in te autem omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi, quin et nunc manifesti. Sed mei miserise thesauri sunt in terra repositi, tui sunt in Cælo, et quantum distat cælum a terra sic cogitationes tuæ longe sunt a cogitationibus meis. Quomodo ergo accedet homo, id est, miseria mea, ad cor altum, id est, ad divitias et thesauros tuos? Quomodo a pulvere et cinere ad Cælum pergam? Eia ergo Advocata mea, scala Cæli, mons Dei, chorda per quam Deus venit ad miseriam meam, fac ut per te miseria mea accedat ad Deum. Dic mihi, charissima Mater et dulcissima Domina mea, nonne in Verbo Dei, in Filio Dei, erant resplendentes illi thesauri sapientiæ et scientice antequam in utero tuo conciperetur? At tu, colendissima Domina, istos thesauros carne tua operuisti et abscondidisti; in eo enim sunt absconditi. Quis ergo abscondidit? Non (sic) tu, o Virgo? Sed dic mihi, piissima Mater, [45] cui abscondunt thesauros matres nisi filiis? Ergo tu nobis abscondisti. Quod ergo abscondisti jam pande, cum Filius tuus, quasi intumescens et nimia thesaurorum suorum abundantia exuberans, clamet : Thesaurisate vobis thesauros in Cælo.

            Domine, in Cælo non sunt thesauri nisi sapientiæ, scientiæ et bonitati; tu autem omnes habes, in te enim sunt omnes: quomodo ergo dicis: Thesaurisate? Tu ipse da nobis thesauros et thesaurisabimus, et quia Mater tua veluti thesauraria thesauros abscondit, jube ut aperiat. O bona Mater, aperi nobis quod operuisti; sed iterum, ubi thesaurizaverimus, absconde thesauros in nobis, quemadmodum abscondisti in Filio. Humilitate carnis mortalis operuisti thesauros Filii; in nobis operiantur, memoria mortis et finis. O Domina humilissima, doce nos humilitatem. O Domine, memento Deus quia pulvis sumus et in pulverem revertimur. Contra pulverem quem projicit ventus mortis a facie terræ ostendis potentiam, et stipulam siccam persequeris? Ignosce, ignosce, Domine, nobis, et pœnitentiam agemus. Da nobis quadraginta dies, et nisi pœnitentiam faciamus, subverte nos. Ita Domine, in zelo dilectionis [46] tuæ dicam: Ut præcor ignoscas iis qui pœnitentiam facere volunt, sic concedo ne illis ignoscas qui irrident te, Domine, et misericordia tua abutuntur.

            Itaque, Fratres, morimur; et magis ac magis appropinquat Regnum cælorum, et per pœnitentiam parantur thesauri indeficientes. Ergo convertimini ad Dominum et pœnitentiam agite; quia ecce impœnitentibus appropinquat pœna infernorum et pœnitentibus Regnum cælorum. At tu, Deus, benedic omnibus nobis, qui es Pater et Filius et Spiritus Sanctus.

 

            Duplici et contrario habitu ad Holophernem trucidandum paravit se Judith castissima, dilectissimi Fratres; nam primo, induit se cilicio et operuit se cinere, deinde, induit se vestimentis optimis et ornavit se omnibus monilibus suis. Holophernem, id est, diabolum, cum omnibus militibus suis, mundum, carnem, illecebras, debellaturi, Fratres, duo item nobis facienda sunt: 1o. cilicio et cinere nos operire, corpus subigere, carnem mortificare: «Memento homo;» Convertimini ad me in jejunio, fletu et planctu; 2o. animam ornare omnibus monilibus: Thesaurizate vobis thesauros. [47] Sed quia potior anima, et corporis exercitatio ad animse gratiam refertur, prius de thesaurizando agendum.

            Thesaurus est «vetus depositio pecuniæ cujus non extat memoria, ita ut dominum non habeat.» Lex unica, Codicis lib. 10. [tit. XV,] De Thesauris. Alii, ut Leo Imperator apud Hilaretum: «condita ab ignotis dominis tempore vetustiori mobilia.» Augustinus, apud D. Thom., idem censet, præterquam quod non de tempore vetustiori agit; sed ait thesaurum esse vel pæcuniæ quæ ærugini vel vestium quæ tineæ vel gemmarum quæ latronum incommodis patent. In Scriptura Sacra videtur vox thesaurisandi tria significare conjunctim: 1°. congregationem (amas), 2°. rerum prætiosarum, 30. rerum abditarum. Ut Deut. 28: Aperiet tibi Dominus thesaurum suum optimum, cœlum, ut tribuat tibi pluviam in tempore suo. Quia illic congregantur aquæ pluviales quæ prætiosæ sunt tempore suo, et absconduntur in nubibus. Nu. 20: Aperi eis Domine thesaurum tuum, fontem aquæ vivæ. Ponens in thesauris abissos; [Pss.] 32, 134: Qui producit ventos de thesauris suis. Quin etiam pænarum exquisitarum congregatio thesaurus appellatur: Thezaurisas tibi iram in die iræ. Deut. 32: Fel [48] draconum vinum eorum, et venenum aspidum insanabile. Nonne hœc condita sunt apud me, et signata in thesauris meis?

            Jam quid hic signat Dominus? Clarum est eum loqui de jejunio, oratione et eleemosina, de quibus toto illo c. 6, quorum opera veros thesauros appellat si recte fiant. Sed ut merito hæc opera thesauri appellentur, hæc tria concurrere debent. 1°. Debent congregari multa; nam nemo unum aurum thesaurum appellet, et hoc ostendit dicens: Thesaurizate vobis thesauros; nam quamvis sit hebraismus, tamen iste hebraismus denotat quantitatem et magnitudinem: expectans expectare, flendo flere, clamando clamare, id est, multum; sic thesaurisare thesauros, id est, thesauros ingentes facere. Sancta hæc est avaritia filiorum Dei quia nunquam satiantur bonis operibus; unde in Scriptura pii vocantur pauperes et mendici, quia etsi abundent bonis operibus tamen semper mendicant: Desiderium pauperum; Edent pauperes et saturabuntur. Beati pauperes spiritu (Grece est mendici, apud Sa, quem vide, et Maldon.: πτωχοί). Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam, id est, Sancti, qui semper appetunt. Corpus et [49] anima contraria sunt; sic omnia propemodum quæ ad illa spectant. Avaritia corporalis omnium malorum radix, avaritia spiritualis, omnium bonorum. Qui me gustant adhuc esuriunt, qui bibunt adhuc sitiunt. Sunt quidam Christiani qui satiantur uno vel minimo bono opere; ubi dixerint unum Pater, ubi dederint micam panis, ubi condonaverint unam injuriolam; isti nunquam thezaurizabunt.

            Qui autem vult congregare, debet minima etiam curare, nova et vetera, super pauca esse fidelis, nihil spernere; manum suam mittere ad fortia, ad negotiationem, et apprehendere fusum. Videbitis apes insidere rosis et liliis et maximis floribus; sed non minus congregant ex thimo et rosmarino et aliis minutissimis floribus, imo utilius, ob multitudinem, et quia mel in illis vasis angustis felicius conservatur et minus evaporatur. Quomodo ergo facietis? Hac Quadragesima audite Mot, comedite Mot in Eucharistia, jejunate, eleemosinas facite, pauperes visitate: hæc sunt magna. Quæ sunt parva? Retrahite vos a deliciis conversationum inutilium, ornamentorum superfluorum; vincite minimos affectus; aspirate frequenter minutioribus [50] sed frequentissimis orationibus jaculatoriis; dicite bona verba; humiliamini, etc.

            2°. Debent congregari prætiosa; nam qui vilia metalla congregaret non tam thesaurum quam acervum congereret. Mot Domini est: «Estote probati trapezitee,» nummularii, apud Cassianum, Coll. I. c. 20, qui mire amplificat. Et hoc ostendit Dominus cum ait: Cum jejunatis, nolite fieri sicut hipocritœ, tristes, ut videantur ab hominibus. Jejunium hoc jejunium est, sed falsum, ignobile et vanum: 1°. quia hipocrita (sic) est, 20. quia ut videatur ab hominibus. Hoc jejunium simulacrum famis est et nihil amplius. Amen dico vobis, receperunt mercedem suam, id est, vanitatem. Ut quid diligitis vanitatem? Vana opera habent pro mercede vanitatem.

            Petes: Quale ergo jejunium faciam? 1°. Tu autem, qui hipocrita non es, unge caput tuum et faciem tuam lava. Hieron.: Ex more gentis Judeorum loquitur; illi enim festivis diebus et inter epulas ungebant capita et lavabant facies. Festivos vos monstrate; prenes vostre visage des bonnes festes. Chrisostomus: Caput Christus, quem ungimus misericordia in pauperes, etc.; faciem lava, id est, conscientiam. [51] Aug.: Caput, id est, mentem, partem animæ superiorem, unge lætitia spirituali, et faciem, id est, animam inferiorem quæ per sensus operatur, lava. Unde Bernardus: «Si sola gula peccavit, sola jejunet; si autem et cætera membra peccarunt, cur non etiam jejunabunt?» Vide locum in verbo Jejunium, ser. 38. [2o.] Lavamini, mundi estote, aujerte malum cogitationum vestrarum; Isaiæ, 1. Lava a malitia cor tuum, Hierusalem. Sic ostende mihi faciem tuam, sonet vox tua in auribus meis; sic facies tua pulchra et decora, vox etiam dulcis. Noli mihi cantare antequam te viderim in facie. Respexit ad Abel et ad munera. Vellem ergo vos omnes gaudere de hoc tempore jejunii quadragesimalis, et statim confiteri, ut opera vestra aurea sint et digna ad thesauros faciendos ex eis.

            3o. Intentio formanda, nam rectificat opus, et si, quod plerique existimant, ut inter alios Suaresius, non sit necessaria formalis et actualis, at certe certius et tutius est eam habere actualem et oculos in Deum intendere: Ad te levavi oculos meos, qui habitas in cœlis; ecce sicut oculi servorum in manibus dominorum suorum, etc. In manibus sunt, quia quidquid manus [52] domini indicat, id facere manus servi tentat; oculus autem admonet faciendum: Vulnerasti me in uno oculorum tuorum. Unde sequitur: Ne videaris hominibus jejunans, sed Patri tuo qui videt in abscondito; et Pater tuus qui videt in abscondito reddet tibi. Reddet tibi quod in ejus gratiam facis, non idem sed mercedem. Halonesus insula quae a latronibus occupata erat, antiquitus Atheniensium fuerat. Philippus Macedo eam receperat; Athenienses ab eo petebant ut illam redderet. Ille se daturum non redditurum respondit; Athenienses vero se non accepturos sed recepturos. Reddere sane debitum denotat; nimirum se debitorem Deus mercedis constituit. Unde, Heb. 6: Non est injustus Deus ut obliviscatur operis vestri.

            4°. Ut rectius condantur, cinere operienda sunt et humilitate. Mineralia sub terra arida sunt et sterili. «Memento homo.» Assume dictum Augustini, primo loco, versa pagina, de pellicano. Dic similitudinem sanguisugae. In plateis sicut cinamomum et balsamum odorem dedi. Balsamum optimum infima loca petit, oleum olivae suprema. Charitas generat bona opera, [53] humilitas conservat. Apes mel faciunt, et ut mel conservent faciunt ceram. Thezaurisate in cœlo. Adhortatio. En jam hyems transiit, ut initio.

            Pour garder les artres et tignes de gaster les draps il faut mettre sur les draps de 1'aluyne, herbe amere comme 1'absinthe, si elle n'est espece d'absinthe. Item, la despouille d'un serpent mis en une garderobbe empesche les artres et autre vermine. La despouille du premier serpent c'est la mort, car il nous la donna. Item, la despouille du serpent c'est la pœnitence.

            D. Aug., ad Psal. 101: Pellicano solitudinis. «Dicuntur istæ aves tanquam colaphis rostrorum occidere parvulos suos, deinde per triduum eos lugere; postremo matrem seipsam vulnerare et sanguine suos aspergere, quo superfusi reviviscant. Christus habet erga nos paternam authoritatem et maternum affectum, ut gallina quæ congregat ex authoritate fovet ex affectu. Sic Paulus pater fuit: Nam etsi multa millia pedagogorum [54] habeatis, sed non multos patres, etc.; et mater fuit: Filioli, quos iterum parturio.» Sed quomodo Christus vivificet sanguine suo clarum est, quomodo occidat rostro suo non ita. Sed occidit, qui Paulum tanquam mortuum ad terram dejecit, vivificat qui eum ad prædicandum misit. Peccatores omnes Christus rostro occidit dum eos mortificat et deducit ad inferos, ostendendo eos obnoxios morti æternæ, nam contritio mors animæ peccatricis est. Sed quos reos mortis facit, eos suo sanguinis merito vivificat, et reducit ad novam vitam. Sic nunc Ecclesia vos occidit: «Memento homo quia pulvis es,» etc.; deinde vivificat: Thesaurisate, etc.

            In Psal. 147: Qui dat nivem sicut lanam. Nix est aqua quæ coagulata cadit, id est, homines qui frigidi et propemodum congelati ad terrena cadunt. Fiunt autem ut lana quando convertuntur, ita ut ad conficiendum Christi vestem misticam prseparantur per pœnitentiam. Nebulam autem sicut cinerem spargit. Nebula est Dei cognitio obscura, quam spargit sicut cinerem, id est, sicut ad mensuram cognitionis nostri; cognitio Dei [55] nebula, cognitio nostri cinis conspersus. Hæc propemodum Augustinus.

            Ad Psal. 34: Ego autem cum mihi molesti essent induebar cilicio. Christus cilicio induebatur in Passione, quia carnem mortalem, imo ipsam mortalitatem veluti pilos hædorum induebat; quæ mortalitas similitudo carnis peccati est, imo et aliquo modo peccatum dici posset, nam mors effectus peccati. Ut dicimus lingua Greca; non linguam sed effectum linguas, id est, Mot Grecum; sic, agnovi manum, id est, opus manus alicujus. Unde dicitur ut de peccato damnaret peccatum, id est, de mortalitate, per mortalitatem, et cætera. Sub illo cilicio latebat vita immortalis et divinitas. Humiliabat in jejunio animam suam, quia nemo convertebatur aut pauci. In Passione ejus enim fames erat salus animarum et ejus sitis.

 

            Vide, I. 5. c. 4. ad vers. [6,] Psal. 44, Pinedam, fol. 282. Sagittæ tuæ acutæ, populi sub te cadent, in corda inimicorum regis. Sed addo Christum verbis suis cor vulnerare ut ad se adducat et sanet; nam ut venator qui capreas Cretenses vulnerat, porrecto dictamo [56] sanat. Vulnerat compunctione, sanat absolutione; infligit vulnus doloris, medetur dictamo amoris. Si venator vellet ad se attrahere cervos Cretenses, ipse se in aliquo loco dictamo abundante constitueret et inde sagittas emitteret, ut cervi vulnerati ad eum dictamo coronatum sanationis gratia venirent. Sic Christus inter Passionis suæ merita clamat, et clamando vulnerat ut ad merita recurramus. Ipse idem sagittarius et dictamon. Proverb., 12. 7: Verte impios et non erunt: si quæ sursum habet peccator deorsum et quae deorsum sursum vertas, id est, carnem subjicias quæ imperabat, spiritum eleves qui jacebat, si ita vertas, non erit amplius peccator; ferebatur grabato et nunc fert grabatum. Interim nota sagittas in corda dirigi debere.

 

            Ut opera nostra sint meritoria intercedit pactum. Est tamen aliquod fundamentum in ipsis, quia est aliquis valor, sed non sequivalens citra pactum. Posuisti in capite coronam de lapide prætioso. Lapides prætiosi habent valorem ex hominum placito, quamvis sit in eis etiam aliquid debite fundatum. Ut sapphirus quo utuntur prælati ad castitatem provocat, cælum representat; [57] annulus aureus est, id est, caritas; lapis, id est, opus ipsum a caritate vel elicitum vel imperatum, simile (sic) est cælo, id est, illi correspondet Cælum, id est, merces in Cælo. Leve hoc et momentaneum tribulationis nostræ. Mirum tam parvos lapillos tam magno prætio emi, ut margarita Cleopatræ; sed ita inter homines convenit, et valorem habent virtualem multorum millium argenti. [58]

 

 

 

MERCREDI DES CENDRES, 1609, ANNECY

 

            Thésaurisez des trésors dans le Ciel. Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.

            Voici que déjà l'hiver est passé, la pluie a cessé et s'est retirée ; cet hiver qui porte à la chair et décharné les âmes, qui avait terni toute cette beauté spirituelle de la terre et des âmes, qui avait alangui les cœurs, qui avait produit cette malheureuse averse de plaisirs indignes. Eh! qu'il s'en aille ce temps de la chair, qu'il disparaisse; périssent ces jours et qu'ils ne comptent plus dans l'année, qu'ils soient effacés dans un éternel oubli. Oh I viens, viens, temps favorable; venez, venez, jours de salut: que vos instants se [43] convertissent en heures, vos heures en jours, vos jours en semaines, vos semaines en mois, vos mois en années, vos années en siècles et vos siècles en perpétuelles éternités. Les grenouilles, dans les marais, pouvaient coasser de bonheur en ce temps de pluies et de brouillards, mais voici que la céleste philomèle et la tourterelle se félicitent réciproquement de ce temps sec du jeûne et de ces jours sereins de la pénitence; leur chant nous réjouit par l'harmonie si suave de ses accents de pénitence et d'espoir. Ecoutons chanter le Christ, notre philomèle: Thésaurisez, etc. Entendons la voix de l'Eglise, cette tourterelle qui chante sur notre terre: «Souviens-toi, ô homme,» que tu es cendre et que tu retourneras en cendre. Voici les préludes de tout le Carême, voici les deux termes de la pénitence: celui duquel nous partons, la cendre; celui auquel nous tendons, le Ciel: de la misère, aux trésors. Dans ce premier sermon nous traiterons de ces deux termes; dans les autres, des moyens. [44]

            Et me voici, Seigneur. Je vous confesse, ô mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, que je suis poussière et cendre, et pourtant, je veux amasser les trésors de votre parole, non seulement pour moi, mais aussi pour mes enfants bien-aimés. «Malheureux! que ferai-je?» En moi tous les trésors de la misère et de l'abjection sont recélés ou plutôt manifestés; en vous, au contraire, sont cachés et maintenant même se manifestent tous les trésors de la sagesse et de la science. Mais mes trésors de misère sont enfouis dans cette terre; vos trésors à vous sont au Ciel, et autant le ciel est distant de la terre, autant vos pensées sont éloignées de mes pensées. Comment donc l'homme, c'est-à-dire ma misère, approchera-t-il de votre cœur sublime, c'est-à-dire de vos richesses et de vos trésors? Comment irai-je de la poussière et de la cendre jusqu'au Ciel ? Ah! mon Avocate, échelle du Ciel, montagne de Dieu, lien par lequel la grandeur de Dieu s'unit à ma misère, faites donc que par vous ma misère s'approche de Dieu. Dites-moi, ô très chère Mère et ma très douce Souveraine, ces trésors resplendissants de la sagesse et de la science n'étaient-ils pas dans le Verbe, dans le Fils de Dieu, avant qu'il fût conçu dans votre sein? Mais vous, très vénérable Souveraine, ces trésors vous les avez voilés et comme cachés dans votre chair, car c'est en ce Verbe qu'ils sont cachés. Qui donc les y a recélés? N'est-ce pas vous, ô Vierge? Mais dites-moi, ô Mère très aimante, [45] pour qui les mères cachent-elles des trésors, si ce n'est pour leurs enfants? C'est donc pour nous que vous les avez cachés. Eh bien! ce trésor secret, ouvrez-le nous, car voici que votre fils grossi, pour ainsi dire, et débordant de la trop grande abondance de ses trésors, s'écrie: Thésaurisez des trésors dans le Ciel.

            Seigneur, il n'existe au Ciel que des trésors de sagesse, de science et de bonté; mais vous les possédez tous, ils sont tous en vous; pourquoi donc dites-vous: Thésaurisez? Livrez-nous vous-même vos trésors, et nous thésauriserons; et puisque votre Mère, comme trésorière, cache des trésors, ordonnez-lui de nous les ouvrir. O bonne Mère, ouvrez-nous ce que vous avez caché, mais de nouveau dès que nous aurons thésaurisé, cachez ces trésors en nous, comme vous les avez cachés en votre Fils. Vous les avez cachés en votre Fils sous l'humble enveloppe d'une chair mortelle, cachez-les en nous sous le souvenir de la mort et de notre fin. O Souveraine très humble, enseignez-nous l'humilité. O Seigneur Dieu, souvenez-vous que nous sommes poussière et que nous retournons en poussière. Vous montrez votre puissance contre une poussière que le vent de la mort emporte de la face de la terre, et vous poursuivez une paille sèche? Pardonnez, pardonnez-nous, Seigneur, et nous ferons pénitence. Donnez-nous quarante jours, et si nous ne faisons pénitence, exterminez-nous. [46] Oui, Seigneur, inspiré par le zèle de votre amour, je vous en supplie, pardonnez à ceux qui veulent faire pénitence, et vous pourrez punir, Seigneur, ceux qui se rient de vous et abusent de votre miséricorde.

            Oui, mes Frères, nous mourons; de plus en plus, le Royaume des cieux approche, et par la pénitence nous sont préparés d'indéfectibles trésors. Convertissez-vous donc au Seigneur et faites pénitence; car voici bientôt, pour les impénitents, les supplices de l'enfer, et, pour les pénitents, le Royaume des cieux. Quant à vous, ô Dieu, qui êtes Père et Fils et Saint-Esprit, bénissez-nous tous.

            Mes bien-aimés Frères, pour tuer Holopheme, la très chaste Judith se prépara deux habits différents. Elle se revêtit d'abord d'un cilice et se couvrit de cendre; elle mit ensuite ses plus beaux vêtements et s'orna de tous ses joyaux. Pour terrasser Holopherne, c'est-à-dire le démon avec tous ses suppôts, le monde, la chair, leurs séductions, nous avons aussi, mes Frères, un double devoir; il faut: 1. nous couvrir du cilice et de la cendre, dompter notre corps et mortifier notre chair: «Souviens-toi, ô homme.» Convertissez-vous à moi dans le jeune, les pleurs et les gémissements; 2. orner notre âme de tous ses atours: Thésaurisez des trésors. Mais comme l'âme est supérieure au corps et [47] que le traitement de celui-ci n'est qu'en vue de la grâce qui en revient à l'âme, parlons d'abord des trésors qu'il faut amasser.

            On appelle trésor «un ancien dépôt d'argent, complètement oublié, et qui, partant, n'a pas de propriétaire.» Code, liv. X, [titre XV,] Des Trésors, loi unique. Quelques-uns, comme l'Empereur Léon cité par Hilaret, le définissent: «des objets meubles, cachés par des maîtres inconnus, à une époque très éloignée.» Saint Augustin, d'après saint Thomas, en donne une définition analogue, si ce n'est qu'il ne parle pas du temps éloigné. D'après lui, des pièces de monnaie livrées à la rouille, des vêtements, à la teigne, des pierres précieuses, aux déprédations des voleurs: voilà le trésor. Dans la Sainte Ecriture, le mot thésauriser semble impliquer trois idées; il signifie: 1. faire un amas, 2. de choses précieuses, 3. de choses cachées. Ainsi: Le Seigneur t'ouvrira son meilleur trésor, le ciel, afin qu'il te donne la pluie en son temps. Au ciel, en effet, s'amassent les eaux pluviales, si précieuses en leur temps, et qui sont cachées dans les nues. Ouvrez-leur, Seigneur, votre trésor, une fontaine d'eau vive. Il renferme dans des trésors les abîmes. C'est lui qui produit les vents de ses trésors. Il y a plus. Un assemblage de peines terribles est aussi appelé trésor. Tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colére. Leur [48] vin est un fiel de dragon et un venin d'aspic incurable. Tout cela n'est-il pas renfermé en moi et scellé dans mes trésors?

            Maintenant, que veut signifier le Seigneur par les paroles de notre texte? II est clair qu'il parle du jeûne, de la prière et de l'aumône, dont il est question dans tout ce chap. vi. Il appelle ces oeuvres vrai trésor, pourvu qu'elles se fassent avec une intention droite. Mais pour que ces œuvres méritent le nom de trésor, trois conditions doivent concourir, 1. Il faut qu'elles soient nombreuses; nul n'appelle trésor une seule pièce d'or; c'est ce que Notre-Seigneur montre en disant: Thésaurisez des trésors, car, quoiqu'il y ait là un hébraïsme, cet hébraïsme marque bien la quantité, la grandeur. Comme attendre en attendant, pleurer en pleurant, crier en criant indique un renforcement de l'idée, de même, thésauriser des trésors veut dire amasser de grands trésors. C'est une sainte avarice des enfants de Dieu que de ne jamais se rassasier de bonnes œuvres. De là, dans l'Ecriture les âmes pieuses sont appelées pauvres et mendiantes, car bien qu'elles abondent en bonnes œuvres, néanmoins elles mendient toujours: Le désir des pauvres. Les pauvres mangeront et seront rassasiés. Bienheureux les pauvres d'esprit (en grec c'est mendiants, d'après Sa, qu'il faut voir, et Maldonat). Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, c'est-à-dire les Saints, qui sont toujours affamés. [49] Le corps et l'âme sont contraires l'un à l'autre, et il en est de même, à peu près, de tout ce qui se rapporte à l'un et à l'autre. L'avarice corporelle est la racine de tous les maux, l'avarice spirituelle, la source de tous les biens. Ceux qui me goûtent ont encore faim, ceux qui me boivent ont encore soif. Il se trouve des Chrétiens dont la faim spirituelle est rassasiée par la moindre bonne œuvre, dire un Pater, donner une miette de pain, pardonner une légère injure; ceux-là ne thésauriseront jamais.

            Quant à celui qui veut amasser, il doit se préoccuper des plus petites choses, des nouvelles et des anciennes, être fidèle en peu de choses, ne rien mépriser; mettre sa main aux choses fortes, au négoce, et en même temps, tenir le fuseau. Vous verrez bien les abeilles se poser sur les roses, les lis et les plus grandes fleurs; mais elles ne récoltent pas moins sur le thym, le romarin et les autres moindres fleurettes, et leur travail y est plus fructueux, à cause de la multitude de ces fleurs, et parce que le miel, dans ces petits vases, se conserve mieux et s'évapore moins. Que ferez-vous donc? Pendant ce Carême, entendez la parole de Dieu, nourrissez-vous du Verbe dans l'Eucharistie, jeûnez, faites l'aumône, visitez les pauvres: voilà vos grandes œuvres. Quelles sont les petites? Retirez-vous du plaisir des conversations inutiles, des ornements superflus; triomphez des moindres affections; soupirez fréquemment [50] de courtes mais très fréquentes oraisons jaculatoires; dites de bonnes paroles; humiliez-vous, etc.

            2. Pour constituer un trésor il faut amasser des choses précieuses; car celui qui amasserait de vils métaux composerait moins un trésor qu'un monceau quelconque. Le mot du Seigneur est: «Soyez bons changeurs,» bons banquiers, d'après Cassien, Conférence I, chap. XX, qui développe admirablement ce point. Et le Seigneur nous montre cela quand il dit: Lorsque vous jeûner ne soyez pas tristes comme les hypocrites, afin d'être vus des hommes. Ce jeûne est vraiment un jeûne, mais faux, ignoble, inutile: 1. parce qu'il est hypocrite; 2. parce qu'on le fait afin d'être vu des hommes. Ce jeûne simule la faim, rien de plus. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense, c'est-à-dire la [satisfaction de leur] vanité. Jusqu'à quand aimerez-vous la vanité? Les œuvres vaines ont pour récompense la vanité.

            Tu demanderas: Mais quel jeûne ferai-je? 1. Pour toi qui n'es pas hypocrite, oins ta tête et lave ton visage. Saint Jérôme dit: Jésus parle selon la coutume juive; aux jours de fête, en effet, et au milieu des festins, les Juifs oignaient leur tête et se lavaient le visage. Montrez-vous joyeux; prenez votre visage des bonnes fêtes, Saint Chrysostôme: Le Christ est la tête que [51] nous oignons par notre pitié pour les pauvres, etc.; lave ton visage, c'est-à-dire ta conscience. Saint Augustin: La tête, c'est-à-dire l'âme; oins de joie spirituelle la partie supérieure de ton âme, et lave ton visage, c'est-à-dire la partie inférieure de l'âme, celle qui agit par les sens. Aussi saint Bernard ajoute-t-il: «La bouche a-t-elle seule péché, qu'elle jeûne seule; mais les membres ont aussi péché, pourquoi ne jeûneraient-ils pas? » Voir le passage sur le mot Jeûne, serm. XXXVIII. [2.] Lavez-vous, soyez purs, ôtez le mal de vos pensées. Purifie ton cœur de sa malice, o Jérusalem. Alors montre-moi ta face, que ta voix retentisse à mes oreilles; alors, ta face sera belle et gracieuse, et ta voix douce. Ne m'entonne aucun cantique avant que j'aie vu ton visage. Dieu regarda Abel et ses présents. Mon désir est donc que vous soyez tous joyeux de ce temps de jeûne quadragésimal, et que vous vous confessiez dès le début, afin que vos œuvres soient d'or et capables de vous former des trésors.

            3. Diriger son intention, car de l'intention dépend la bonté de l'action. Et si, comme plusieurs le pensent, entre autres Suarez, l'intention formelle et actuelle n'est pas nécessaire, du moins est-il mieux et plus assuré de l'avoir telle et de fixer les yeux sur Dieu. J'ai levé mes yeux vers vous qui habitez dans les cieux; comme les yeux des esclaves sont fixés sur les mains de leurs maîtres, etc. [52] Les yeux sont fixés sur les mains parce que tout ce que la main du maître indique, la main de l'esclave l'entreprend; et l'œil avertit de ce qui est à faire. Tu m'as blessé par un de tes yeux. D'où il s'ensuit: Afin que les hommes ne voient pas que tu jeûnes, mais seulement ton Père qui voit dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Il te rendra ce que tu fais en sa grâce, non cette œuvre même, mais sa récompense. Halonèse, île infestée de brigands, appartenait primitivement aux Athéniens. Philippe de Macédoine en fit la conquête; les Athéniens demandèrent qu'elle leur fût rendue. Je la donnerai, je ne la rendrai pas, répondit Philippe; et les Athéniens reprirent: Nous ne la recevrons pas comme don, nous la recouvrerons. Rendre, en effet, implique une dette; Dieu se constitue donc débiteur de la récompense. Aussi est-il dit, aux Hébreux, VI: Dieu n'est pas injuste pour oublier vos œuvres.

            4. Pour mieux cacher vos trésors, couvrez-les des cendres de l'humilité. Les minerais sont cachés sous la terre aride et stérile. «Souviens-toi, ô homme.» Rappeler le mot de saint Augustin sur le pélican, au commencement du verso de cette page, et la comparaison de la sangsue. J'ai répandu sur les places publiques un parfum comme le baume et le cinamome. Le meilleur baume va au fond du vase, l'huile d'olive surnage au-dessus: la charité produit les bonnes œuvres, l'humilité les conserve. Les abeilles font le [53] miel, et pour le conserver produisent la cire. Thésaurisez dans le Ciel. Exhortation. Voici que déjà l'hiver est passé, comme au début.

[Reprendre au texte, lig. 4.]

            Saint Augustin, sur le Psaume ci: [Semblable] au pélican de la solitude. «On dit que ces oiseaux tuent leurs petits en leur donnant comme des soufflets avec le bec, ensuite, ils les pleurent trois jours, enfin, la mère se fait une blessure et les arrose de sang; cette rosée les ranime. Le Christ envers nous a une autorité paternelle et une maternelle affection, comme la poule qui, par autorité, rassemble ses poussins, et par affection les réchauffe. Ainsi [54] saint Paul fut père: Car eussiez-vous plusieurs milliers de précepteurs, vous n'avez cependant pas plusieurs pères, etc.; il fut mère: Mes petits enfants, pour qui je ressens de nouveau les douleurs de l'enfantement.» Or, comment le Christ nous vivifie de son sang, nous le comprenons; comment de sa bouche il nous donne la mort, la chose est moins claire. Mais oui, il donne la mort Celui qui précipita Paul à terre et le laissa pour mort; Celui-là vivifie qui l'envoya prêcher au monde. Le Christ, de sa bouche, immole les pécheurs lorsqu'il les mortifie et les conduit aux enfers, en les montrant condamnés à la mort éternelle; la contrition, en effet, est comme la mort de l'âme pécheresse. Mais ceux qu'il montre dignes de mort, il les vivifie par les mérites de son sang et les ramène à une nouvelle vie. Ainsi l'Eglise vous immole-t-elle aujourd'hui: «Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière,» etc.; ensuite, elle vous vivifie: Thésaurisez, etc.

            Sur le Psaume CXLVII: C'est lui qui donne de la neige comme de la laine. La neige est une eau qui tombe congelée, symbole de ces cœurs froids et comme glacés qui tombent dans les biens de la terre. Leur conversion les rend comme laine, de sorte que par la pénitence ils entrent dans la texture de la robe mystique du Christ. Et qui répand le brouillard comme de la cendre. Le brouillard est la connaissance confuse de Dieu, qu'il répand comme la cendre, c'est-à-dire, selon la connaissance que nous avons de nous-mêmes. La [55] connaissance de Dieu est le brouillard, la connaissance de nous-mêmes, la cendre répandue. C'est à peu près l'explication de saint Augustin.

            Sur le Psaume XXXIV: Mais pour moi, pendant qu'ils me tourmentaient, je revêtais le cilice. Dans sa Passion, le Christ était revêtu d'un cilice, c'est-à-dire d'une chair mortelle, ou plutôt, cette mortalité même était pour lui comme une tunique en poils de chèvres. La mortalité est la ressemblance de la chair de péché; bien plus, on peut même l'appeler péché, car la mort est l'effet du péché. Ainsi nous disons la langue grecque, pour désigner non pas l'organe, la langue, mais son action, c'est-à-dire, la parole grecque; ou, j'ai reconnu la main, pour dire, l'œuvre d'une telle main. Il est donc dit que le Christ condamnerait le péché par le péché, c'est-à-dire l'œuvre du péché qui est la mortalité, par la mort elle-même, etc. Sous ce cilice il cachait la vie immortelle et la divinité. Il humiliait son âme dans le jeûne, quand il voyait que personne ou presque personne ne se convertissait. C'était en effet du salut des âmes qu'il avait faim et soif durant sa Passion.

            Voir liv. V, chap. IV, au verset [6] du Psaume XLIV, Pinéda, folio 282: Vos flèches sont acérées, les peuples tomberont a vos pieds, elles pénétreront dans le cœur des ennemis du roi. J'ajoute que le Christ blesse les cœurs par sa parole afin de les ramener à lui et de les guérir; tel ce chasseur qui après avoir [56] blessé les cerfs de Créte leur offre un dictame qui les guerit. Il blesse par la contrition, il guerit par 1'absolution; il ouvre la blessure de la douleur, il la cicatrise par le baume de l'amour. Si un chasseur voulait attirer A lui les cerfs de Créte, il se fixerait dans un lieu où abonderait le dictame; de cette embuscade il tirerait ses fléches, et les cerfs blesses accourraient au baume dont il est environne pour y trouver leur guérison. Ainsi le Christ, tout couvert des merites de sa Passion, nous appelle, et, en nous appelant, il nous blesse pour que nous recourions à ses merites. Lui-meme est à la fois l'archer et le dictame. Renversez les impies et ils ne seront plus: tournez sens dessus dessous le pécheur, c'est-à-dire, soumettez la chair qui commandait, elevez l'esprit qui gisait a terre; ainsi retourné il ne sera plus pécheur; son grabat le portait, il porte maintenant son grabat. Noter en passant que les fléches doivent viser au cceur.

            Pour que nos ceuvres soient meritoires, il faut qu'un pacte intervienne. Elles ont cependant en elles-memes un principe de merite, car elles ont quelque valeur intrinséque; mais sans pacte, cette valeur serait insuffisante. Vous avez posé sur sa tete une couronne de pierres precieuses. La valeur des pierres precieuses dépend de 1'appréciation des hommes. Sans doute, elles ont en elles un principe de valeur: le saphir dont usent les prélats, par exemple, [57] porte à la chasteté et représente le ciel ; l'or de l'anneau est le symbole de la charité ; la pierre signifie l'œuvre même produite ou commandée par la charité. Elle ressemble au ciel, c'est-à-dire qu'à cette œuvre correspond le Ciel; c'est-à-dire qu'elle sera récompensée dans le Ciel. Notre tribulation présente, légère et momentanée. Il est étonnant que de si petites pierres soient vendues si cher, comme la perle de Cléopâtre; mais c'est une convention parmi les hommes qui attribue à ces pierreries une valeur relative de plusieurs milliers de pièces d'argent. [58]

LXXIX. Sommaire d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent

 

29 novembre 1609

 

(INÉDIT)

 

AD EAMDEM, ANNESSII, 1609

 

            Gen. 24, Rebecca, videns Isaac venientem in occursum sibi: Quis est, inquit, ille homo qui venit per agrum in occursum nobis? Dixitque Eliezer: Ipse est dominus meus. Illa descendit et operuit pallio. Venientem Christum (sic) in occursum Ecclesiæ, ipsa descendit per humilitatem et operit se pallio pœnitentiæ; sic enim Christo occurrere par est. Id autem ut faciant filii ejus: Fratres, hora est, etc. Enthymema est Beati Pauli: Propior est nostra salus quam cum [59] credidimus; nox præcessit, dies autem appropinquavit; ergo hora est nos a somno surgere. Hanc consequentiam exaggerat: Sicut in die honeste ambulemus, etc.; abjiciamus opera tenebrarum et induamur arma lucis, etc.

            Quæ salus? nam eadem est ac dies quæ appropinquavit; eadem vero est dies quæ contraria est nocti quæ præcessit. Mire Patres:

            1. Athan., Basil., Chrisost.: Nox præcessit; processit nox seculi; dies autem futuræ vitæ appropinquavit, προχύπτω (sic). Sic Paulus: Hæc autem scripta sunt ad correptionem nostram, in quos fines seculorum devenerunt. I Jo. 2: Filioli, novissima hora est. Psal. 10: Inquinatæ sunt viæ ejus in omni tempore; auferuntur judicia tua a facie ejus. Confige timore tuo carnes meas, a judiciis enim tuis timui. Hieronymus, in Reg. Monach.: Sive comedam, etc. Hora est.

            2. Anselm. et Orig.: Vita præsens nox; dies, tempus post mortem cujusque. Non respicit judicium generale sed particulare. Apostolus, ad Corinthios: Tempus breve est, etc. Quid conferat memoria judicii particularis, vide apud Canis., De Morte. Joannes Eleemosinarius solebat de morte frequenter [disserere], ut [60] immutaret venientes ad se; et referebat quid Simeon Stilites dicebat sibi revelatum de diabolis infestantibus [moribundos], etc. Hora est. Salus quoad animam dicitur dies.

            [3.] Greg.: Nox, tempus Mosaicum, aurora, Evangelicum, dies, resurrectio; medium tempus umbra sine re, in Cælo res sine umbra, etc. Hora est; surge qui dormis, Eph. 5 Salus Evangelii.

            [4.] Cyp., Amb., Aug.: Nox ante Christum, dies Christi, salus Christus. En venit, ipsemet Dux noster. Hora est.

            Abjiciamus opera tenebrarum. Tenebræ: excæcatio, infidelitas, ignorantia. Abjiciamus. Jam abjecimus, iterum abjiciamus. Dixi: Conjitebor, etc., et tu remisisti impietatem peccati mei. Quoniam iniquitatem meam ego cognosco, et peccatum meum contra me est semper. [61]

 

 

 

POUR LE MÊME JOUR, ANNECY, 1609

 

            Rébecca voyant Isaac qui venait au-devant d'elle: Quel est cet homme, dit-elle, qui vient a travers le champ, a notre rencontre? Eliézer répondit: C'est mon seigneur. Elle descendit et se couvrit de son manteau. Lorsque le Christ vient au-devant de l'Eglise, celle-ci descend par l'humilité et se couvre du manteau de la pénitence; c'est ainsi, en effet, que l'on doit aller au-devant du Christ. Et afin que ses enfants observent cette règle: Mes Frères [dit-elle,] l'heure est venue, etc. C'est l'enthymème de saint Paul: Notre salut est maintenant plus proche que lorsque nous avons cru; la nuit passe et le jour [59] approche; donc l'heure est venue de nous lever de notre sommeil. Et l'Apôtre développe cette conséquence: Marchons dignement comme durant le jour, etc.; rejetons les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière, etc.

            Quel est ce salut? Le jour qui approche; or ce jour est l'opposé de la nuit qui passe. Les Pères l'ont admirablement expliqué:

            1. Saint Athanase, saint Basile, saint Chrysostôme: La nuit passe; la nuit de ce siècle s'avance; et le jour de la vie future approche (se pencher). Ainsi saint Paul: Or ces choses ont été écrites pour notre instruction, pour nous qui nous trouvons à la fin des temps... Mes petits enfants,cette heure est la dernière... Ses voies sont souillées en tout temps; vos jugements sont otés de devant sa face. Percez ma chair de votre crainte; j'ai craint a la vue de vos jugements. Saint Jérôme, dans les Règles des Moines: Soit que je mange, etc. L'heure est venue.

            2. Anselme et Origène: La nuit est la vie présente; le jour, le temps qui suit la mort de chacun, non pas après le jugement général, mais après le particulier. L'Apôtre dit aux Corinthiens: Le temps est court, etc. Pour les avantages que procure la pensée du jugement particulier, voir dans Canisius: De la Mort. Saint Jean l'Aumônier avait la coutume de discourir [60] fréquemment sur la mort, pour convertir ceux qui venaient à lui, et rapportait les paroles de saint Siméon Stylite au sujet d'une révélation que celui-ci avait eue sur les assauts que les démons livrent aux mourants, etc. L'heure est venue. Le salut, pour l'âme, est appelé jour.

            [3.] Saint Grégoire: La nuit est le temps de la Loi mosaïque; l'aurore, celui de la Loi évangélique; le jour, la résurrection; le temps intermédiaire nous offre l'ombre sans la réalité, au Ciel nous aurons la réalité sans ombre, etc. L'heure est venue; lève-toi, toi qui dors. Le salut de l'Evangile.

            [4.] Saint Cyprien, saint Ambroise, saint Augustin: La nuit, avant le Christ; le jour, celui du Christ; le salut, le Christ. Voilà que notre Chef vient lui-même. L'heure est venue.

            Rejetons les œuvres de ténèbres. Ténèbres: aveuglement, infidélité, ignorance. Rejetons. Nous les avons déjà rejetées, rejetons-les de nouveau. J'ai dit: Je confesserai, etc., et vous m'avez remis l'impiété de mon péché. Parce que je connais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi. [61]

LXXX. Sommaire d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent

 

28 novembre 1610

 

(INÉDIT)

 

AD DOMINICAM I. ADVENTUS. 1610

 

            Si filii Jacob scivissent Joseph futurum proregem . Ægipti et eos judicaturum cum venit ad eos in Dothaim, eum sane amenissime excepissent. Et ecce venit ad nos quærens nos, Christus; ut ergo eum bene excipiamus, movet nos Ecclesia: Erunt signa, etc. Quam utilis sit timor Dei; quam justus sit timor judicii.

 

            Timor Dei. Proverb. 12: Deum time etmandata ejus observa, hoc est enim omnis homo. Initium sapientiae timor Domini. Beatus vir qui timet Dominum; in mandatis. Beati omnes qui timent Dominum, qui ambulant. Qui timent Dominum speraverunt in Domino; adjutor. Is. 11: Requiescet super eum, etc., et replebit eum Spiritus timoris Domini. [62] Hieronymus petit quare de solo timore dictum sit replebit eum Dominus. Quia, inquit, timor omnibus necessarius est, et debebat fonte pleno esse in eo qui omnibus eum communicare debebat; nam timor præparat animam caritati, et, ut inquit Augustinus, timor est servus caritatis qui illi cubile præparat. Hinc Beata Virgo: Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum.

            Sed ut rem tam necessariam intelligatis, scitote duplicem esse timorem, humanum et divinum; humanum autem duplicem, civilem seu moralem, et mundanum. Morali timemus judices, qui non sine causa, inquit Paulus, gladium portant. Mundanus: Pilati, Hærodis, Divi Petri; e contrario, Martires, et Susanna, et Joseph. Nolite timere eos qui occidunt corpus. Divinus, quadruplex: servorum, des esclaves. Confige timore tuo cames meas, a judiciis enim tuis timui. Augustinus, explicans ea verba: Ad alligandos reges eorum in compedibus et nobiles eorum in manicis ferreis, distinguit inter eos qui clavis aureis, id est, charitatis. In funiculis Adam traham eos, in vinculis caritatis; Os. 11. [63]

 

 

 

POUR LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT. 1610

 

            Si les fils de Jacob avaient su qu'un jour Joseph serait vice-roi d'Egypte et leur juge, ils l'auraient assurément reçu avec la plus grande affabilité lorsqu'il vint les visiter en Dothaïn. Or, voici que le Christ vient à notre recherche et l'Eglise nous invite à bien le recevoir: Il y aura des signes, etc. Combien est utile la crainte de Dieu; combien juste la crainte du jugement.

            La crainte de Dieu. Crains Dieu et observe ses commandements, car c'est la tout l'homme. La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. Bienheureux l'homme qui craint le Seigneur; dans [ses] commandements, etc. Bienheureux tous ceux qui craignent le Seigneur, qui marchent, etc. Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré dans le Seigneur; [il est leur] secours. [L'Esprit du Seigneur] reposera, sur lui, etc., et l'Esprit de la crainte du [62] Seigneur le remplira. Saint Jérôme demande pour quelle cause il est dit de la crainte seule que le Seigneur l'en remplira, et il répond: Parce que la crainte est nécessaire à tous, et que sa pleine source devait être en Celui qui devait la dispenser à tous. La crainte, en effet, dispose l'âme à la charité; elle est, comme dit saint Augustin, la servante de la charité, à qui elle prépare la chambre. Aussi, la Bienheureuse Vierge dit-elle: Et sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.

            Mais pour mieux comprendre une chose si nécessaire, sachez qu'il y a deux sortes de craintes, l'une humaine, l'autre divine. La crainte humaine se divise en civile ou morale et en mondaine. La morale nous fait craindre les juges, qui, comme le dit saint Paul, ne portent pas le glaive sans raison. La mondaine est celle de Pilate, d'Hérode, de saint Pierre; les Martyrs, Suzanne, Joseph avaient une crainte tout opposée. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. La crainte divine est quadruple: celle des esclaves. Percez ma chair de votre crainte; j'ai craint à la vue de vos jugements. Saint Augustin expliquant ces mots: Pour mettre aux pieds de leurs rois des chaînes, et a leurs princes des menottes de fer, distingue parmi eux ceux qui sont liés avec des nœuds d'or, c'est-à-dire avec les liens de la charité. Je les attirerai par les liens d'Adam, par les liens de la charité. [63]

LXXXI. Fragment d'un sermon pour le deuxième Dimanche de l'Avent

 

5 décembre 1610

 

(INÉDIT)

 

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            Quid existis in desertum videre? Audierant esse prædicatorem in deserto; accesserant. Heu! in medio populi sunt concionatores, et piget venire. Quid faciebat Baptista in deserto? Baptisabat umbratice et sanabantur populi; annunciabat pœnitentiam et remissionem peccatorum, prædicabat venturum. Nos remittimus peccata, praedicamus venisse, ipsummet Christum non tantum digito ostendimus ut Agnum, sed manibus porrigimus ut sacrificium consummatum et cibum, et nemo venit. Surget gens illa.

            Arundinem vento agitatam? Vento agitatur «quisquis ex favore attollitur et detractione dejicitur,» ait [64] Greg. Hoc maxime concionatoribus competit. Quem dicunt homines? Hoc omnes petimus. Ah, quæso, quare ventus est vita tua? Chrisost., pulcherrime: «Aliqui sunt iracundi natura, alii per infirmitatem longam, ilz deviennent chagrins; ita alii natura sunt mobiles, alii lasciviæ serviendo mobiles fiunt.» Ut pleraque omnia injecta in aquam tepidam mollescunt, ita anima si lasciviæ dedita sit, etc. Peccatum peccavit Hierusalem, propterea instabilis. Sic Salomon mulieribus addictus, instable. Augs., De Doct. Christiana, apud D. Thom.: «Quisquis rebus utitur restrictius quam mores bonorum inter quos versatur se habent, aut intemperans aut superstitiosus est; si excedat, aut aliquid significat (more histrionum scilicet, qui vestibus regum utuntur cum ipsi sunt miselli), aut flagitiosus est.»

            Cætera de Evangelio patent. Plus quam Propheta, quia non solum prædixit sed ostendit; angelus munere, non natura.

 

            En ergo, ne vos amplius retineam, mitto vos ad Christum. Ite, dilectissimi auditores, ite, popule meus, [65] ad Christum, et dicite illi meo nomine: Tu es qui venturus es, an alium expectamus? Videtis eum venientem, utero Matris inclusum, ipse tamen est qui venturus est judicare vivos et mortuos, nec alium expectare debemus. Ergo, si caeci estis, aperite oculos et videte. Ne contemnatis Pusillum istum, nam Angeli ejus sunt coram Patre ad faciendam vindictam. Audite eum voces pœnitentiæ inclamantem, ambulate in viis ejus, resurgite. Sic fiet ut in die judicii, quem-admodum hodie dixit de Joanne: Quid existis in mundum videre? Quibus providere et servire? Arundines? mollibus? prophetas? Etiam plus quam prophetas, quia prseviderunt ventura et sibi providerunt. Sunt angeli missi ante faciem meam, quam videbunt gaudentes in secula seculorum.

 

            Amb., loco supra citato, affert primo suam expositionem misticam ut solvat nodum, dicens Joannem in carcere esse Sinagogam in tenebris ignorantiæ, habens (sic) velamen præ oculis; unde mittit ad Christum a quo lumen accipit. Sic in Missa diaconus et subdiaconus hoc tempore ante complicatas gerunt planetas seu casulas, quia representant misteria non fuisse explicata ante [66] adventum, et veteres diminutum habuisse sacerdotium. Dum tamen officio funguntur exuunt illas vestes, quia velamen auferendum fuit Joanni, et illis ex Sinagoga qui proxime Christi adventum annunciarunt.

            1re opinio, Tertul., dat ansam dicendi quod Joannes non solum fuisset privatus spiritu prophetiæ sed spiritu fidei. Quomodo autem fidem amisisset, quæ nunquam est primum peccatum?

            2e opinio, Ambr., mistica, dat ansam dicendi quod supra, hac columna, dixi.

            3e, Bedæ, Hieron., Greg., dat ansam dicendi de impœnitentia infernali.

            4e, eorum quos refert Amb., dat ansam loquendi de amore præpostero carnali, etiam hominum qui nolunt filios fieri sacerdotes, religiosos, homines dare operam rebus devotionis.

            5e, ut supra dixi.

 

            3. Que nous prenons et qui nous prennent. [67]

 

 

 

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            Qu'étes-vous allés voir an désert? Ils avaient appris qu'on prêchait au désert, ils s'y étaient rendus. Hélas! il y a des prédicateurs au milieu du peuple, et on ne prend pas la peine de venir les entendre. Que faisait Jean-Baptiste au désert? Il baptisait en figure et les peuples étaient purifiés; il prêchait la pénitence et la rémission des péchés, il annonçait Celui qui devait venir. Nous, nous remettons les péchés, nous déclarons que ce même Christ est venu, nous ne le montrons pas seulement du doigt comme l'Agneau du sacrifice, mais nos mains le présentent comme victime consommée et comme nourriture, et personne ne vient! Cette nation se lèvera.

            Un roseau agité par le vent. Ceux-là sont agités du vent « qui sont élevés [64] par la faveur ou précipités par la disgrâce,» dit saint Grégoire. Cela est vrai surtout des prédicateurs. Que disent les hommes? Voilà ce que nous demandons tous. Ah! de grâce, pourquoi ta vie est-elle du vent? Saint Chrysostôme dit très bien: «Il en est qui sont irascibles par tempérament, d'autres par suite d'une longue infirmité deviennent chagrins; de même, quelques-uns sont changeants par nature, d'autres le deviennent en suivant leurs mauvais penchants.» Presque tout ce que vous jetez dans l'eau tiède s'amollit, ainsi l'âme qui s'abandonne à la mollesse, etc. Jérusalem a excessivement péché, c'est pourquoi elle a perdu sa stabilité. Ainsi Salomon s'abandonne aux femmes et devient instable. Saint Augustin, dans son livre De la Doctrine Chrétienne, cité par saint Thomas, dit: «User des choses de cette vie avec plus de rigueur que les honnêtes gens qui vous entourent dénote la crainte de l'intempérance ou la tendance au scrupule; en user avec excès est preuve de prétention (comme ces histrions qui, tout misérables qu'ils sont, se couvrent d'habits royaux) ou de corruption.»

            Les autres passages de l'Evangile sont clairs. Plus qu'un Prophète, parce que Jean n'a pas seulement prédit, il a encore montré; ange par son office, non par nature.

            Mais pour ne pas vous retenir davantage, je vous envoie à Jésus-Christ. Allez, bien-aimés auditeurs, allez, mon peuple, au Christ, et demandez-lui en [65] mon nom: Etes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? Vous le voyez venir enfermé dans le sein de sa Mère, et c'est lui-même cependant qui viendra juger les vivants et les morts; nous ne devons pas en attendre un autre. Donc, si vous êtes aveugles, ouvrez les yeux et voyez. Gardez-vous de mépriser ce petit Enfant, car ses Anges sont devant le Père pour exécuter ses vengeances. Entendez ses cris d'appel à la pénitence, marchez dans ses voies, relevez-vous. Ainsi au jour du jugement, il redira comme il dit aujourd'hui de saint Jean: Qu'êtes-vous allés voir dans le monde? Pour qui furent vos prévoyances et vos soins? Pour des roseaux, pour des hommes mollement vêtus, pour des prophètes? Oui, plus que des prophètes, car ils annoncèrent l'avenir et s'y préparèrent. Ce sont des anges envoyés devant ma face; ils la verront un jour pleins de joie, dans les siècles des siècles.

            Saint Ambroise, dans le passage cité, produit d'abord un sens mystique pour résoudre cette difficulté. Il dit que Jean dans sa prison, c'est la Synagogue dans les ténèbres de l'ignorance et les yeux voilés; aussi envoie-t-il un message au Christ pour en recevoir la lumière. En ce temps-ci, le diacre et le sous-diacre portent à la Messe des planètes ou chasubles dont la partie antérieure est repliée, pour signifier qu'avant la venue [du Messie] les mystères [66] n'avaient pas encore été révélés et que les anciens n'avaient qu'un sacerdoce incomplet; mais lorsqu'ils exercent leurs fonctions, ils dépouillent ce vêtement, parce que le voile fut ôté des yeux de Jean et des membres de la Synagogue, contemporains du Christ qui annoncèrent sa venue.

            1re opinion, celle de Tertullien qui porterait à croire que saint Jean fut privé non seulement de l'esprit prophétique, mais encore de l'esprit de foi. Or, comment aurait-il perdu la foi, quand cette perte n'est jamais le premier péché qu'on commet?

            2e opinion, celle de saint Ambroise, toute mystique, laisse à penser ce que je viens de dire plus haut, dans cette colonne.

            3e, celle de Bède, de saint Jérôme, de saint Grégoire, pourrait s'appliquer à l'impénitence des damnés.

            4e, celle des auteurs que cite saint Ambroise, peut s'entendre de l'amour désordonné et charnel de ces hommes qui empêchent leurs fils de se faire prêtres ou religieux, ou les autres de s'adonner aux pratiques de dévotion.

            5e, comme je l'ai dit plus haut. [67]

LXXXII. Fragment d'un sermon pour le premier Dimanche de l'Avent

 

27 novembre 1611

 

(INÉDIT)

 

            Natura varias temporis differentias instituit, et quibuslibet sive singulis varias affectiones tribuit; ut frigus hiemi, calorem æstati, teporem autumno et veri. Sic Ecclesia varia festa, etc.

            Quarto die creationis dixit Deus: Fiant luminaria in firmamento cæli, et dividant diem ac noctem, et sint in signa et tempora et dies et annos, ut luceant in firmamento cæli et illuminent terram. [68]

 

            Sed quare Christus tam sæpe de judicio et mundi fine loquitur? Ad timorem incutiendum. Sed quare vult nos timere? Ut amemus, quia initium sapientice est timor. Is. 26: A facie tua (70 apud Sa, a timore tuo, propter timorem tuum) concepimus et quasi peperimus spiritum, id est, amorem. A facie tua, id est, a facie iræ indignationis tuæ. Sic Concilium Tridentinum definivit contra Lutherum et a [69] timore incipere interdum nostram justificationem, id est, dispositionem nostræ justificationis.

            Sed quia rem hanc anno superiori incepimus tractare, jam pergamus. Duplex timor, humanus et divinus. Humanus iterum duplex: naturalis moralis, mundanus; divinus, quadruplex: servilis, mercenarius, filialis, sponsarum.

            Servorum, des esclaves, serfz, forsatz, quia timent pœnam. Verum iste duplex est, bonus et malus. Malus, cum voluntatem peccandi non excludit, imo includit desiderium. Ut qui dicit: Si Deus præciperet rem talem et præcepto non adhiberet pœnæ comminationem, etc., ego peccarem; verum quia, etc., est peccator affectu. Imo iste timor est peccatum; quia existimat pœnam esse magis timendam quam culpam et Deum, et amat suum commodum super omnia et super Deum. I Jo. 4: Charitas foras mittit timorem; neque differt iste timor a tristitia damnatorum. Bonus: 1°. ut quando, sine illa reflexione, precise timetur infernus. Sic Ninivitæ. Sic Christus, Apostoli. Quia licet inclinare cor propter retributiones, ergo etiam propter pœnam vitare peccata. [70] 2. Ut qui desiderans servire Deo et vitare offensam Dei, excitatur et movetur a timore, etc. Hic est actus spei, nam eadem virtus quæ inclinat ad prosequendum bonum inclinat etiam ad fugiendum malum. Exempla ut intelligamus, vide pag. 28.

………………………………………………………………………………………………… [71]

 

 

 

            La nature diversifie les saisons, et à chacune elle attribue un caractère spécial: le froid à l'hiver, la chaleur à l'été, une température modérée au printemps et à l'automne. Ainsi l'Eglise varie ses fêtes, etc.

            Le quatrième jour de la création Dieu dit: Qu'il soit fait des luminaires dans le firmament du ciel, et qu'ils séparent le jour de la nuit, et soient des signes pour les temps, les jours et les années, afin qu'ils brillent dans le firmament du ciel et qu'ils éclairent la terre.

            Comm'en un'assemblee publique et solemnelle, apres que chacun s'est retire, tous les serviteurs qui portoyent les flambeaux les esteignent, et par tout l'hostel on va commandant qu'on ammortisse les torches, ainsy, lhors que le moncle finira et que les habitans seront mors, [68] Dieu fera esteindre les flambeaux du ciel: Sol obscurabitur et luna non dabit lumen suum. Il ne sera plus besoin de diviser le jour de la nuit, car au Ciel le jour sera eternel pour les Saintz, et pour les autres, la nuit eternelle; non plus les signes mais les effectz, non plus les jours mais les eternites. Le Ciel n'a plus besoin de ces astres, car les cors des Bienheureux tiendront leur place: Fulgebunt justi sicut sol, et sicut stellæ splendentes in perpetuas æternitates; ni la terre d'estre eclairee, car il ny aura plus d'yeux pour voir. C'est cela que dit l'Evangile: Erunt signa, etc., et in terris pressura gentium. O Dieu, que le commencement du monde est admirable, et comme Dieu prent la peyne de ranger toutes choses! Mays, o Dieu, que sa fin est espouventable, lhors que Dieu troublera et renversera tout! Comme quand un roy veut habiter un palais, on tend les tapisseries, on estale les meubles, ainsy quand Dieu mit l'homme au monde. Et comme quand le roy part, etc., tout renverse.

            Mais pourquoi Jésus-Christ parle-t-il si souvent du jugement et de la fin du monde? C'est pour nous remplir de crainte. Mais pourquoi veut-il que nous craignions? Afin que nous aimions, parce que la crainte est le commencement de la sagesse. Devant votre face (version des Septante, d'après Sa, dans votre crainte, parce que nous vous craignons) nous avons conçu et comme enfanté l'esprit, c'est-à-dire l'amour. Devant votre face, c'est-à-dire, devant votre colère et votre indignation. Ainsi le Concile de Trente a-t-il défini contre [69] Luther que notre justification même, c'est-à-dire notre disposition à être justifiés, commence quelquefois par la crainte.

            Nous avons commencé l'année dernière à traiter ce sujet, nous allons donc continuer. La crainte est double, la divine et l'humaine. La crainte humaine à son tour est double: naturelle ou morale et mondaine; la crainte de Dieu, quadruple: servile, mercenaire, filiale, crainte des épouses.

            Celle des serviteurs... qui agissent par crainte du châtiment; elle se subdivise encore en bonne et mauvaise. Elle est mauvaise lorsqu'elle n'exclut pas la volonté de pécher et qu'elle en contient même le désir. Ainsi, qui dirait: Si Dieu prescrivait telle chose et ne sanctionnait pas ce précepte par la menace d'un châtiment, etc., je pécherais; mais comme, etc., celui-là serait pécheur d'affection. Bien plus, cette crainte même serait péché, parce qu'il jugerait le châtiment plus à craindre que la faute et que Dieu, et qu'il estimerait son avantage au-dessus de tout et de Dieu même. La charité chasse la crainte. La crainte dont nous parlons ne diffère en rien du stérile regret des damnés. [La crainte des esclaves peut être] bonne: 1. quand, sans faire la réflexion indiquée plus haut, on redoute simplement l'enfer; ce fut la crainte des Ninivites. Cette crainte est inculquée par Jésus-Christ, les Apôtres. Il est permis de porter son cœur au bien en vue de la récompense, donc de l'éloigner du péché par crainte du châtiment, 2. Quand la crainte excite et entraîne au [70] désir de servir Dieu et d'éviter le péché, etc. Cette crainte est un acte d'espérance, car la même vertu qui pousse au bien détourne aussi du mal. Voir page 28 des exemples pour nous faire saisir.

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LXXXIII. Fragment d'un sermon pour le deuxième Dimanche de l'Avent

 

4 décembre 1611

 

(INÉDIT)

 

Tu es qui venturus es, an alium

expectamus ?

MATH., II, v. 3.

 

            Paucis verbis Joannes duos maximos Christi titulos explicat in hac legatione: Qui venturus es, et, quem expectamus. Iis expositis, pergemus totam Evangelii seriem explicare.

            1. Venturus est Christi solemne nomen et elogium. 1. Gen. 49: Non auferetur sceptrum de Juda et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, Siloh. Quod Mot significat varia pro varietate radicum, Filius ejus, pacificum, missum; Sept.: Donec veniat cui repositum est, scilicet sceptrum. (Veniat notandum.) Veniat mittendus, id est, venturus. Aggei, 2: Adhuc unum modicum, et veniet desideratus cunctis gentibus. Psal. 39: Expectans expectavi Dominum, [72] et intendit mihi; deinde: Sacrificium et oblationem noluisti, aures autem perfecisti mihi; holocaustum pro peccato non postulasti, tunc dixi: Ecce venio. Abacuc, 2: Adhuc visus procul, id est, visio, et apparebit in finem et non mentietur; si moram fecerit, expecta eum, quia veniens veniet et non tardabit.

            2. Quem expectamus. Et ipse erit expectatio gentium. In prædictione Dan: Dan judicabit populum suum sicut et alia tribus in Israel. Fiat Dan coluber in via, cerastes (coluber quadricornius) in semita, mordens ungulas equi ut cadat ascensor ejus retro. Vide Per. de interpretatione loci ex antiquis Patribus de Antichristo.

            Sed cur venturus, cur expectatio? 1. Venturus Pater, venturus Filius, venturus Spiritus Sanctus; at Christus specialiter, non tanquam operator tantum, sed tanquam opus, in nova substantia veniet in mundum. 2. Quia bonitas diffusiva est sui, unde illud: Beatius est magis dare quam accipere. Prima ratio fuit excellentia misterii. Cur expectatio? Quia illo egebamus, ob multa. Redde mihi lætitiam salutaris tui. O………………………………………………………….. [73]

 

 

 

            Etes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? En ce peu de mots, saint Jean exprime les deux plus beaux titres du Christ : qui doit venir et que nous attendons. Nous les développerons d'abord, et nous expliquerons ensuite l'Evangile dans toute sa teneur.

            1. Celui qui doit venir est un nom célèbre et un éloge du Christ, 1. Le sceptre ne sera pas ôté de Juda ni le chef de sa postérité, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, Siloh. Ce mot a différentes significations, selon la diversité des racines: son fils, pacifique, envoyé; les Septante: jusqu'à ce que vienne Celui pour lequel il a été gardé, c'est-à-dire le sceptre. (Qu'il vienne est à noter.) Que Celui qui doit être envoyé vienne, c'est-à-dire, Celui qui doit venir. Encore un peu de temps, et le Désiré de toutes les nations viendra. En attendant j'ai attendu le Seigneur, et il m'a écouté; ensuite: Vous n'avez pas voulu de sacrifice [72] ni d'offrande, mais vous m'avez rendu parfaitement attentif à vos paroles; vous n'avez pas demandé d'holocauste pour le péché, alors j'ai dit: Me voici... La vue est encore éloignée, c'est-à-dire la vision, mais il apparaîtra à la fin et il ne trompera pas; s'il tarde, attends-le, car il viendra et il ne tardera pas.

            2. Celui que nous attendons. Et lui-même sera l'attente des nations. Dans la prédiction de Dan: Dan jugera son peuple aussi bien qu'une autre tribu en Israël. Que Dan devienne une couleuvre sur le chemin, un céraste (couleuvre à quatre cornes) dans le sentier, mordant la corne du pied du cheval, afin que le cavalier tombe à la renverse. Voyez Péréira pour l'interprétation de ce passage, d'après les anciens Pères qui l'entendent de l'Antechrist.

            Mais pourquoi ces mots: qui doit venir? Pourquoi cette attente? 1. Le Père aoit venir, le Fils doit venir, l'Esprit-Saint doit venir. Toutefois, le Christ doit spécialement venir, non seulement comme agissant, mais comme œuvre; il viendra dans le monde en une nouvelle substance. 2. Parce que la bonté est de soi communicative; de là cette maxime: Il est plus heureux de donner que de recevoir. La première raison de l'Incarnation a été l'excellence de ce mystère. Pourquoi cette attente? Parce que nous avions besoin du Sauveur, pour de nombreux motifs. Rendez-moi la joie de votre salut …………………………………………………… [73]

LXXXIV. Sermon pour le mercredi des Cendres

 

7 mars 1612

 

(INÉDIT)

 

 

Memento, homo, etc.

Thesaurizate vobis, etc.

[MATT., VI, 20.]

 

            Quand Gedeon entreprit la celebre bataille qui est descritte au Livre des Juges, chap. 7, il commanda aux troys cens soldatz d'eslite qu'il avoit pris pour compaignons d'une si dign'entreprise, de ne point employer d'autres armes que le son des trompettes et de la clarte des lampes ardantes qu'un chacun d'eux portoit en sa main. Armes, a la verite dire, peu sortables au dessein, si nous les regardons selon leur premiere trempe et le sens exterieur; mays armes en effect excellentes, par lesquelles toute l'armee des Madianites fut mise en desordre, en route, et en fin au fil de l'espee. Car le son des trompettes ayant donne une effroyable alarme aux oreilles, le feu qui paroissoit de toutes pars autour de l'ost et en pleyne minuit, donna un'apprehension comme de quelque spectre espouvantable, aux [troupes] de l'ennemi. Le son de la trompette reveilla [74] les Madianites, qui, regardans la part d'ou venoyt le son, virent de tous costes paroistre en un moment 300 lampes ardentes qui sortoyent d'entre les morceaux brises d'autant de potz casses. Le son des trompettes les effraya, par ce quil se fit au coeur de la nuit, lhors quilz estoyent au plus profond de leur sommeil; la lumiere des lampes les espouvanta, par ce qu'a l'improuveue ilz la virent paroistre entre les potz casses. Aussi, ces lampes ardentes qui sortoyent des potz casses estoyent un signe mistique que bien tost la gloire d'Israel et le triomphe de la victoire sortiroit d'entre les cors mortz et abbatuz des Madianites, dequoy la trompette les advertissoit.

            Or sus, mes chers auditeurs, si vous ne le sçaves pas, les Madianites representent les mondains, Gedeon est la figure de Jesuschrist, et les troys cens soldatz sont un portrait des prædicateurs. O Madianites, mondains, pecheurs desbauches, le Sauveur vous denonce la guerre, et nous sommes ses soldatz d'eslite. Vous dormes, non pas, au milieu de vos grossieres et terrestres affections? et voyci que ce divin Capitaine nous commande que nous sonnions haut et cler de nos trompettes, et que nous facions tout par tout retentir nos clerons: Vox dicentis mihi, clama; quasi tuba exalta vocem tuam. Et dixi: Quid clamabo? Oüy, Seigneur, je veux crier; mays que crieray-je? Clama, clama, ne cesses; Crie, crie, ne cesse point: Omnis caro fænum («Memento homo;» confringite lagenas), et omnis gloria ejus sicut flos agri; exsiccatum est fænum, etc., et cecidit flos (et in pulverem reverteris). Sed ex hac lagena confracta exit lampas: Ascende in montem excelsum, tu qui evangelizas Sion; dic [75] civitatibus Judæ: Ecce. Deus vester, ecce Dominus Deus in fortitudine veniet, ecce merces ejus cum eo. Thezaurisate. Tu autem cum jejunas, unge caput tuum et faciem tuam lava; et Pater tuus qui videt in abscondito reddet tibi.

            C'est le sujet general des prædicateurs, la mort et la vie; mais c'est le sujet particulier que je doys traitter en cette journee. Mes chers auditeurs, si j'apporte en cette chaire autre desir de gloire que le desir de la gloire de Dieu, si j'y viens pour autre passion que pour la Passion du Sauveur, si j'ay prætention d'autre issue que de celle de vostre salut, que ma langue se replie en derriere, et demeur'attachee a mon gosier, que ma bouche soit dessechee et comm'une fontaine tarie qui ne peut point respandre ses eaux. Mays, o Seigneur et Sauveur de nos ames, si mon ame vient icy animee du desir de sanctifier vostre nom sur ce peuple, si le courage de mon cceur tend a glorifier vostre grace, et si je suis passionne du desir de bien annoncer le fruit de vostre Passion a ces ames qui sont le sujet pour lequel vous la souffristes, he, doux Jesus, soyes moy propice, et puisque j'ay volonte de parler, donnes moy le moyen et m'inspires de quoy dire. Mes auditeurs, escoutes avec reverence les paroles que je vous porte; car c'est en qualite d'ambassadeur extraordinaire de Dieu que je vous parle. Mays prions affin que je parle des paroles celestes, et que vous oyes avec un'attention convenable, et employons les prieres de la tressainte Vierge. Ave.

 

            Opportet ista tantisper restringere, hoc modo. Hoc [76] loco constitutus, dilectissimi auditores, videor mihi audire vocem, veluti alter Isayas, dicentem mihi: Clama.

            Vel hoc modo. Quod Isaiæ aliquando accidit, id omnibus Christi servis prsedicatoribus usuvenit: [1°.] Vox dicentis mihi, inquit ille, vox quoque dicentis mihi: Clama. Nam et illi et mihi necessitas evangelizandi incumbit. At ille: Quid clamabo? Paratus sum clamare, sed quid? Clama: Omnis caro fænum. Et Ecclesia, Mater mea: Quid clamabo? «Memento homo.» 2°. Vox dicentis mihi: Ascende in montem excelsum, tu qui evangelizas; exalta in fortitudine vocem tuam. Sed quid clamabo? Dic civitatibus Judæ: Ecce Deus vester, et merces ejus cum eo, etc.

            Vel exordium erit hoc modo; Hier. 24: Ostendit mihi Dominus, et ecce duo calathi pleni ficis positi ante Templum Domini; et dixit Dominus ad me: Ouid tu vides, Hieremia? Et dixi: Ficus, etc. Sic et mihi, auditores, in officio hujus celeberrimæ diei, videbatur Dominus ostendere duos calathos, unum propheticum, alium evangelicum, et dicere videbatur mihi Dominus: Quid tu vides, Hieremia? Et duo ficus quibus pascantur populi. Quas ficus? Malas, malas [77] valde: «Memento homo quia pulvis esConvertimini ad me in toto corde vestro, in jejunio, et fletu et planctu. Ficus vero bonas, bonas valde: Tu autem cum jejunas, unge caput tuum; Pater tuus qui videt in abscondito reddet tibi; Thesaurizate vobis thesauros, etc. Ecce jam et bonas et malas ficus quas ostendit Dominus degustemus, in nomine Domini; præcemur autem Virginem ut et bonas nobis optimas, malas vero etiam bonas sua intercessione faciat.

 

            Vel sic: 4. Reg. 4, jussit Heliseus uni de pueris suis: Pone ollam grandem et coque pulmentum filiis prophetarum. Et egressus est unus, etc. En mihi videtur Christus sicut uni de pueris et indignis servis suis dixisse: Pone ollam grandem, præpare beaucoup de viandes spirituelles pour le peuple de Chamberi. Et je suis sorti au champ de l'Escriture qui est proposee en 1'Evangile d'aujourdhuy, et avois cueilly a la bonne foy des collochintes: «Memento homo;» Convertimini in jejunio, fletu et planctu, etc. Mays si vous en goustes de la sorte, o Dieu, dires vous, cette prædication est toute de mort: Mors in olla, vir Dei. C'est pourquoy, ecce Heliseus noster: Affer, inquit, mihi, farinam; produc Evangelium, quod nihil aliud est quam granum frumenti (id est, Christus ipse, [78] comminutum et in varias doctrinas declaratum); et misit in ollam, junxit Evangelium Prophetiæ, et dixit: Infunde turbæ. Gustate, charissime populus. Ecce amaritudo: «Memento homo;» In jejunio, fletu et planctu; sed ecce non amplius amara mors quae sequitur, thesauri possessio in Cælis. Colochintes est in jejunio, sed farinam infunde: Pater tuus cælestis reddit tibi. Colochintes est in terram reverteris; sed farinam immitte: Thezaurizate vobis, etc. En ergo, dilectissimi Fratres, ex colochintide et farina admixtum vobis hodierna die cibum præbeo, de quo dici potest quod, etsi ex amaris constat, tamen admixta farina præmii non est amplius quicquam amaritudinis in eo. Gustate igitur cum delectatione, etc.

 

            Indica mihi, quem diligit anima mea, ubi pascas, ubi cubes in meridie; id est, quænam sit anima quam amas, cum qua deliciæ tuæ, in qua delectaris, pascendo affectus tuos, illosque velut in lectulo collocando; ne, ignara in quo tibi hoc modo tibi placeam, ne vagari incipiam post affectus mundi mundanorum. Sodales Domini volunt esse quicumque hominis cor possidere contendunt; mundus demon, hic amicus qui vult se [79] præferri Dei mandatis, illa amica, etc. Vox est naturæ humanæ inquirentis suam beatitudinem.

            Respondet Sponsus; et prima rudimenta cognoscendi Deum in cognitione suiipsius ponit: Si ignoras te, o pulcherrima. Quasi dicat: Vis secura esse? ne declines post amatores multos; incipe a cognitione tui, et habe pro certo quod si ignoras te, o pulcherrima inter mulieres, abibis post vestigia gregum tuorum, id est, affectuum variorum, et pasces hædos, id est, motus pravos, juxta tabernacula aliorum, qui se sodales meos esse gloriantur, corrivaux, et pascunt animas, sed ventis.

            Duplex est interprætatio: prima est Honorii, et Ruperti, et recentiorum; et maxime Theodoreti: dicentium hæc verba debere capi in bonam partem, in hunc sensum: Si ignoras, o anima, ubi cubem in meridie, abipost vestigia gregum Patrum antiquorum, sectare doctrinam tritam et communem, et pasce hædos, cogitationes tuas, quæ sub naturali lumine sunt hædi et per supernaturale in oves mutandi, juxta tabernacula pastorum, Episcoporum in Concilio Conciliorum Sedis Apostolicæ præfectorum. Secunda, dicentium esse verba [80] reprehensoria; ut Ambrosius, Gregorius, Bernardus. Ego non reprehendentis, sed amice docentis quomodo incipere debeamus inquisitionem Dei. Si ignoras te, egredere, id est, egredieris. (Ut: Deus meus, pone illos ut rotam, id est, pones; Fiat habitatio eorum, id est, fiet; Appone iniquitatem super iniquitatem eorum, et non intrent, id est, non intrabunt, appones.) Sed jam duplex est nostri ignorantia; ut dupliciter apud philosophos illa sententia; «Nosce teipsum.» Nam Socrates, apud Platonem, in Alcibiade, cognitionem sui in cognitione excellentiæ animæ nostræ consistere ait; alii in cognitione vilitatis suae secundum corpus; pusillanimitas et superbia.

            Et quidem, quoad secundum; Deus ab initio nobis nomen Adæ imposuit: Masculum et fæminam creavit eos, et vocavit nomen eorum, Adam, id est, terrestres, luteos; ut ait Gregorius Niss., De Creat. hominis, c. 22. De limo terræ; ut in nomine nostro humum præferente, mortis admoneremur: «Memento homo.» Sed satis recordamur, ais. Heu me! satis cogitamus, sed non recogfitamus: Desolatione, etc. Dic mihi, [81] superbe, dic, avare, gulose, nominis quæsitor, etc. Fundamentum omnium tentationum fuit in memoria mortis extirpanda.

            Audite historiam satis vulgarem, sed non satis consideratam; nam ad eam Ecclesia nos provocat. Formato homine, tulit eum Deus et posuit eum in paradiso voluptatis. Præcepitque ei, dicens: De omni ligno paradisi comede, id est, comedere potes; de ligno autem scientiæ boni et mali ne comedas; in quacumque enim hora, etc. Adam mansit aliquamdiu solus sub præcepto; nam dedit nomina rebus et animantibus: sed non eum tentare tunc voluit serpens; expectavit donec haberet instrumentum tentationis suæ idoneum, fæminam. Jam ergo, creata fæmina, venit, dicens: Quare præcepit vobis Deus ut non comederetis de omni ligno paradisi? Videte astutiam: Cur præcepit? Quia Dominus est; ipse fecit nos, et non ipsi nos. Ut non comederetis de omni ligno, id est, de ullo; videte fraudem. Sic hoc tempore, suggerit: O! isti prædicatores nolunt vos ullum gaudium excipere, nolunt vos vesci, nolunt vos ridere, nolunt vos ullam curam rerum habere; volunt vos tota die esse in ecclesiis, volunt vos semper jejunare. Ah! Proditor [82] generis humani, non hoc dicimus, sed: De omni gaudio comede, sed de gaudio peccatorum ne comedas, etc. De fructu, ait, lignorum... præcepit nobis Deus ne comederemus et ne tangeremus illud, id est, lignum.

            Dupliciter consideratur illud ne tangeremus: nam forsan verum erat implicite contineri prohibitionem ne tangeremus, ob periculum, nam post tactum arboris ad tactum fructus, post tactum ad esum; vel ipsa mentiebatur, exaggerans et fingens laborem et rigorem in præcepto. Ne forte moriamur. Heu! hinc prima mali labes, dubitat de morte. Morte morieris, reduplicatio inculcans; at, ipsa oblita, emollit per dubitationem. Heu! heu! dubitas; aperis tantisper januam diabolo. Ecce irruit diabolus: Nequaquam moriemini. Ceux qui chassent au chevreul se joignent aux rochers, car silz voyent tant soit peu d'ouverture, ilz se fourrent; il faut ainsi adhærer aux commandemens, ne latum quidem unguem discedere. Dæmon est instar serpentis cujus figuram præferebat; ubi caput inserit totum corpus infert. Nescitis quod dæmones a sagis et magis non petunt plerumque res magnas, sed pilum barbæ vel [83] rasuram unguium? Si des, captus es. Parum petit initio, progressu temporis omnia aufert. Sic hæretici petunt sibi concedi unum iota: omiousion (sic); si des, captus es. Nolo malum cogites, sed audi ejus verba; nolo credas, sed audi quam dulciter cantat juvenis; nolo attendas ad obscena, sed vide, animi gratia, quam eleganter scribat.

            «Frigidus, o pueri, fugite hinc, latet anguis in herba.»

            Ergo Deus, ubi vidit hominem peccasse ex oblivione mortis, inculcat: In sudore vultus tui vesceris pane tuo, donec revertaris in terram de qua sumptus es; quia pulvis es et in pulverem. O homo, memento mori. Quid gloriaris, pulvis et cinis? Quam belle poenitens: Putredini dixi, pater meus, frater meus et soror mea, vermibus. Nos plerumque gloriamur in corpore, de anima nihil solliciti. Pulvis, pulvis, pulvis, quid gloriaris? On se mire avant que de sortir; nul ne fait l'examen de sa conscience. De vestitu corporis cogitamus, de vestitu animæ nihil.

            Atqui, si ignoras te, o pulcherrima inter creaturas; [84] sed hoc breviter. [1.] Quam nobilis est anima, quæ est Dei imago et similitudo. Ut Phidias, pingens Minervam, in medio scuti, [etc.]: Faciamus hominem ad imaginem (ad Mot, cum imagine et similitudine). 2. Formavit, et inspiravit spiraculum vitæ, vitarum mortalis et immortalis, temporalis et æternæ; trium vitarum, sensitivæ, vegetalis, rationalis; naturalis et gratuitæ. Ecce ergo, quandoquidem capaces estis vitæ æternæ, cum jejunatis, nolite fieri sicut hipocritæ, tristes. Quid tristes estis qui tantam mercedem expectatis? Quid, sicut hipocritæ, vos qui gloriam habere potestis æternam, quomodo temporalem sectamini? [85]

 

 

 

            Il faut un peu abréger cela, de cette façon. Me voyant appelé à occuper [76] cette chaire, bien-aimés auditeurs, il me semble entendre, comme un autre Isaïe, une voix qui me dit: Crie.

            Ou bien de cette manière. Ce qui arriva une fois à Isaïe, arrive habituellement à tous les prédicateurs, serviteurs du Christ: [1.] Voici la voix de quelqu'un qui me dit, affirme le Prophète. Et moi aussi: Voici la voix de quelqu'un qui me dit; Crie; car, et à lui et à moi, incombe le devoir d'évangéliser. Mais dit-il, que crierai-je? Je suis prêt à crier, mais quoi? Crie: Toute chair est de l'herbe. Et moi, je demande à l'Eglise ma Mère: Que crierai-je? «Souviens-toi, ô homme.» 2. Voici la voix de quelqu'un qui me dit: Monte sur une haute montagne, toi qui évangélises; élève avec force ta voix. Mais que crierai-je? Dis aux cités de Juda: Voici votre Dieu, et sa récompense est avec lui, etc.

            Ou bien l'exorde sera ainsi qu'il suit: Le Seigneur me fit voir, et voici deux paniers pleins de figues, placés devant le Temple du Seigneur, et le Seigneur me dit: Que vois-tu, Jérémie? Et je dis: Des figues, etc. De même, mes auditeurs, dans l'office de ce jour très solennel, je croyais voir le Seigneur me montrer deux paniers, celui des Prophéties et celui de l'Evangile; et il semblait me dire: Que vois-tu, Jérémie? Je vois les deux espèces de figues dont doivent se nourrir les peuples. Quelles figues? Les amères, très amères: [77] «Souviens-toi, ô homme, que tu es poussièreconvertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et les gémissements. Les douces, très douces: Mais toi, lorsque tu jeûnes, oins ta tête; ton Père qui voit dans le secret te le rendra; thésaurisez des trésors, etc. Allons donc, et au nom du Seigneur, goûtons les figues douces et les figues amères qu'il nous montre, mais prions la Vierge de nous rendre, par son intercession, celles qui sont amères, douces, et les douces excellentes.

            Ou [commencer le sermon] de cette manière: Elisée donna cet ordre à l'un de ses serviteurs: Prends la grande marmite et fais cuire un mets pour les fils des prophètes. Et l'un d'eux sortit, etc. Or, il me semble que le Christ m'a dit comme à un de ses domestiques et indignes serviteurs: Prends la grande marmite. [Reprendre au texte, lig. 15.]

            La mort est dans la marmite, homme de Dieu. C'est pourquoi voici que notre Elisée dit: Apporte-moi de la farine; sers-nous l'Evangile, qui n'est autre qu'un grain de froment (c'est-à-dire le Christ lui-même broyé et [78] manifesté par divers enseignements); et il la mit dans la marmite, joignit l'Evangile à la Prophétie, et dit: Verses-en pour tout le monde. Goûtez-en, très cher peuple. Voici l'amertume: «Souviens-toi, ô homme;» dans le jeûne, les pleurs et les gémissements; mais voilà que la mort qui suit n'est plus amère: c'est la possession d'un trésor au Ciel. La coloquinte est dans le jeûne, mais verse de la farine: Ton Pire céleste te le rend. Tu retourneras en terre est de la coloquinte; mêles-y la farine: Thésaurisez, etc. Or donc, très chers Frères, je vous présente aujourd'hui un mets fait de farine et de coloquinte. Malgré l'amertume des condiments, cette composition, par l'adjonction de la farine de la récompense, n'offre plus rien d'amer. Goûtez-en donc avec bonheur, etc.

            Indiquez-moi, ô vous que chérit mon âme, où vous paissez, oit vous reposez au midi; c'est-à-dire, quelle est l'âme que vous aimez, qui fait vos délices, en qui vous vous délectez, en qui vous nourrissez vos affections que vous placez en elle comme dans un lit, de crainte que, ignorant la manière de vous plaire, je ne commence à m'égarer dans les affections mondaines des mondains. Veulent être rivaux du Seigneur tous ceux qui cherchent à gagner le cœur de l'homme; le monde, le démon, cet ami qui veut être préféré aux commandements de [79] Dieu, cette amie, etc. C'est la voix de la nature humaine à la recherche de sa béatitude.

            L'Epoux répond; il place les premiers éléments de la connaissance de Dieu dans la connaissance de soi-même: Si tu t'ignores, ô la plus belle. Comme s'il disait: Veux-tu être en sûreté, ne te détourne pas après de nombreux amants; commence par la connaissance de toi-même, et tiens pour certain que si tu t'ignores, ô la plus belle d'entre les femmes, tu suivras les traces de tes troupeaux, c'est-à-dire de tes diverses affections, tu paîtras tes chevreaux, c'est-à-dire les affections mauvaises, près des tentes d'hommes étrangers qui se glorifient d'être mes rivaux, et paissent les âmes, mais de vent.

            Il y a deux interprétations: la première est celle d'Honorius, de Rupert et des modernes, et surtout de Théodoret. D'après eux, ces paroles devraient être interprétées en bonne part. Leur sens serait: Si tu ignores, ô âme, ou je repose au midi, suis les traces des troupeaux des anciens Pères, suis la doctrine reconnue et commune, et pais tes chevreaux, c'est-à-dire tes pensées, qui, sous la lumière naturelle, sont des chevreaux, mais qui deviendront des brebis à la lumière surnaturelle, près des tentes des pasteurs, c'est-à-dire des Evêques préposés aux fidèles par le Concile des Conciles, le Siège apostolique. La deuxième interprétation donne à ces paroles un sens de reproche. C'est [80] l'interprétation de saint Ambroise, de saint Grégoire, de saint Bernard. Pour moi, je ne vois pas ici un reproche, mais un conseil bienveillant qui nous apprend de quelle manière nous devons débuter dans la recherche de Dieu. Si tu l'ignores, sors, c'est-à-dire, tu sortiras. (Ainsi: Mon Dieu, rendez-les comme une roue, c'est-à-dire, vous les rendrez. Que leur habitation devienne diserte, c'est-à-dire, deviendra. Ajoutez iniquité sur iniquité, et qu'ils n'entrent point; c'est-à-dire, ils n'entreront point, vous ajouterez.) Or, nous vivons à l'égard de nous-même dans une double ignorance, ainsi que les philosophes ont donné une double signification à cet axiome: «Connais-toi toi-même.» Socrate, en effet, dans l'Alcibiade de Platon, dit que la connaissance de nous-même consiste dans la connaissance de l'excellence de notre âme; d'autres disent que c'est la connaissance de notre bassesse quant au corps; pusillanimité et orgueil.

            Pour expliquer le second sens, rappelons que Dieu dès l'origine nous a donné le nom d'Adam: Il les créa mâle et femelle, et leur donna le nom d'Adam, qui signifie terrestres, formés de boue, comme le dit saint Grégoire de Nysse, De la Création de l'homme, chap. XXII. Du limon de la terre; afin qu'à notre nom qui rappelle la terre, nous nous souvenions de la mort: o Souviens-toi, ô homme.» Mais nous nous en souvenons assez, dis-tu. Hélas! nous y pensons assez, mais nous n'y réfléchissons pas: D'une grande désolation, etc. Dis-moi, orgueilleux, dis-moi, avare, gourmand, quêteur de [81] renommée, etc. Le fondement de toutes les tentations fut de bannir l'idée de la mort.

            Ecoutez ce récit bien connu, mais trop peu médité ; l'Eglise nous invite à l'étudier. L'homme étant créé, Dieu le prit et le plaça dans le paradis de délices. Et il lui commanda, disant: Mange du fruit de tous les arbres du paradis, c'est-à-dire, tu peux manger; mais quant aux fruits de l'arbre de la science du bien et du mal, n'en mange pas; car, a quelque heure, etc. Durant le peu de temps qu'Adam demeura seul, il obéit; il donna des noms aux choses et aux animaux: le serpent ne voulait pas le tenter alors; il attendit pour cela d'avoir un puissant instrument de tentation, la femme. Donc, dès que la femme est créée, il vient et dit: Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres du paradis? Voyez la ruse: Pourquoi a-t-il commandé? Parce qu'il est le Seigneur; c'est lui qui nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. De ne pas manger du fruit de tous les arbres, c'est-à-dire, de n'en manger aucun; voyez la tromperie. Ses suggestions d'aujourd'hui sont semblables: Oh ces prédicateurs! ils vous interdisent toute joie, toute nourriture, tout sourire, tout soin des biens temporels; ils vous veulent tout le jour à l'église, toujours dans le jeûne, [82] Ah! traître à l'humanité! nous ne disons pas cela, mais: Nourris-toi de toute joie, mais de la joie du péché n'en use pas, etc. La femme dit: [Nous mangeons] du fruit des arbres... Dieu nous a commandé de n'en point manger et de n'y point toucher, c'est-à-dire, à l'arbre.

            Ces mots: n'y point toucher, peuvent s'expliquer de deux manières: peut-être étaient-ils vraiment quoique implicitement contenus dans la défense, à cause du péril, car après avoir touché à l'arbre, on toucherait au fruit, et après avoir touché au fruit on en mangerait ensuite; ou bien, Eve mentait-elle en exagérant à dessein la pénible rigueur du précepte. De peur que nous ne mourions. O Dieu! c'est la première porte ouverte au mal: Eve doute de la mort. Dieu avait insisté par une double menace: Tu mourras de mort; Eve, oubliant cette menace, l'atténue par le doute. Hélas! hélas! tu doutes; tu entr'ouvres la porte au diable. Voici le diable qui s'y précipite: Vous ne mourrez point. Ceux qui chassent au chevreuil se joignent aux rochers, car s'ils voient tant soit peu d'ouverture ils se fourrent; il faut ainsi adhérer aux commandements et ne pas même s'en écarter de la largeur d'un ongle. Le démon est comme le serpent dont il avait pris la figure: où il passe la tête, il passe tout le corps. Ne savez-vous pas que le plus souvent les démons ne demandent pas de grandes choses aux devins et aux magiciens, mais un [83] poil de barbe, une rognure d'ongle? Si tu les donnes, tu es pris. D'abord, il demande peu; avec le temps, il emporte tout. Ainsi les hérétiques demandent qu'on leur accorde un seul iota: omoiousion; si tu le leur donnes, tu es pris. Je ne veux pas, [dit le tentateur,] que tu penses le mal, mais écoute ses paroles; ne t'y fie pas, mais écoute comme il chante bien ce jeune homme; ferme les yeux sur ces obscénités, je le veux, mais vois, pour le charme littéraire, comme il écrit élégamment.

            «Fuyez d'ici, jeunes gens, un froid serpent est caché sous l'herbe.»

            Or, Dieu voyant que l'homme avait péché par oubli de la mort, lui intime cette sentence: Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'il ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré; car tu es poussière et [tu retourneras] en poussière. O homme, souviens-toi de la mort. Pourquoi te glorifies-tu, poussière et cendre? Job pénitent avait raison de dire: J'ai dit à la pourriture, tu es mon père, et aux vers, mon frère et ma sœur. Ordinairement, nous tirons gloire de notre corps, et nous n'avons nulle sollicitude pour notre âme. Poussière, poussière, poussière, pourquoi te glorifies-tu? On se mire avant que de sortir; nul ne fait l'examen de sa conscience. Nous nous préoccupons du vêtement du corps, nullement de celui de l'âme.

            Pour revenir à notre sujet Si tu t'ignores, ô la plus belle d'entre les créatures; [84] mais cela brièvement, [1.] Qu'elle est noble l'âme, puisqu'elle est l'image et la ressemblance de Dieu ! Comme Phidias, représentant Minerve, au centre du bouclier, [etc.]: Faisons l'homme à notre image (littéralement, avec notre image et notre ressemblance). 2. Dieu le forma et lui inspira un souffle de vie, de la vie mortelle et de l'immortelle, de la temporelle et de l'éternelle; des trois vies sensitive, végétative, raisonnable; de la nature et de la grâce. Donc, étant capables de la vie éternelle, lorsque vous jeûnez, ne soyez pas tristes comme les hypocrites. Pourquoi êtes-vous tristes, vous qui attendez une telle récompense? Pourquoi, comme les hypocrites, poursuivez-vous une gloire éphémère, vous qui pouvez aspirer à une gloire éternelle? [85]

LXXXV. Plan d'un sermon pour la fête de saint Joseph

 

19 mars 1612

 

(INÉDIT)

 

DE SANCTO JOSEPH. 1612

 

            Præco coram Joseph, Gen. 41, ut omnes coram eo genuflecterent. Ego vero etiam coram hoc nostro Joseph præconem agere vellem; quem multo majorem alio Joseph fuisse nemini dubium, ex Bernardo.

 

            Hæc privilegia antiqui Joseph: 1°. Tu eris super domum meam et ad oris imperium universus populus obediet; uno tantum regni solio te præcedam. Fuit nimirum Sanctus Joseph vicarius et locumtenens Dei Patris, ejus familiam curans ac Filium Dei Matremque Dei regens. Quamvis autem iste populus fuit parvus numero, tamen fuit maximus merito. Joseph autem fuisse præpositum huic domui clare constat; nam Angelus semper ad eum missa affert de fugiendo et redeundo. [86] Et palam Lucas de Christo: Erat, inquit, subditus illis. Salvator mundi dictus Joseph, sed noster, salvator Salvatoris mundi.

            2. Tulit annulum de manu sua et dedit eum in manu ejus. Annulum signatorium, quasi secretorum omnium conscium ut negotia faceret, etc. Sic in Evangelio nostro secretum secretorum illi manifestat. Fuit velamen ante tabernaculum, ex hiacintho, purpura et cocco, opere plumario, ne quis illa mysteria torvis intueretur oculis. Dedit etiam annulum quia matrimonium fecit, dando illi filiam Putipharis sacerdotis. Matrimonium hoc plane celeste et divinum. Matrimonia quæ fiunt a Deo, semper sunt similium. Adamo: Faciamus adjutorium simile sibi; Abrahamo, Saram, quamvis non expresse; Isaac, Rebeccam; Jacob, Liam et Rachel; Tobie et Sara. Vide Tob. 3. v. 17, egregiam confessionem hujus filiæ. Mulieris bonæ beatus vir; Eccl. 26. Proverb. 19: Domus et divitiæ dantur a parentibus, a Domino autem proprie uxor prudens. 18 Proverb. [v.] 22: Qui invenit mulierem bonam, invenit bonum et hauriet jucunditatem a Domino. De Gorgonia, de Monica, de Nonna. Vide in [87] Exodum, fol. 249. Junge pyrum quærcui, non producet; si alterius speciei malæ (sic), producet, etc.

            3. Induit eum stola bissina; castitate virginitatis. Ouid faciemus sorori nostræ, in die quando alloquenda est? etc. Pascitur inter lilia. Scordium impedit corruptionem. Oculi Virginis sicut piscinæ in Hesebon, quæ sunt in porta. Oculi tui columbarum. Ut basiliscus inficit, sic oculi Virginis perficiunt. Virgo virginum.

            4. Collo torquem auream circumposuit: charitatem flammeam super pectus ejus. Epitheme.

            5. Ascendere fecit super currum suum secundum. Primus currus Christi, Virgo; hic illi servatus. Secundus, corpus Joseph: dedit illi omnem potestatem in corpus, etc. Hæc addenda sunt virginitati. [88]

 

 

 

SUR SAINT JOSEPH. 1612

 

            Le héraut devant Joseph, afin que tous fléchissent le genou devant lui. Et moi aussi devant notre Joseph, je voudrais m'attribuer l'office de héraut. Personne ne doute, d'après saint Bernard, qu'il ne soit beaucoup plus grand que le premier Joseph.

            Voici les privilèges de l'ancien Joseph: 1. Tu seras préposé à ma maison, et quand tu ouvriras la bouche pour commander, tout le peuple obéira; c'est par le trône royal seulement que j'aurai sur toi la préséance. Or, saint Joseph fut le vicaire et le lieutenant de Dieu le Père, chargé de sa famille et gouvernant le Fils de Dieu et la Mère de Dieu. Quoique ce peuple fût bien petit en nombre, nul ne l'égala pourtant en mérite. Que Joseph ait été préposé à cette maison, c'est de toute évidence; c'est à lui seul, en effet, que l'Ange [86] apporte le message de la fuite et du retour. Et saint Luc dit explicitement du Christ qu'il leur était soumis. L'ancien Joseph fut appelé sauveur du monde; le nôtre fut le sauveur du Sauveur du monde.

            2. Il ôta Vanneau de sa main et le mit à. la main de Joseph. L’anneau qui porte le sceau, comme à un homme initié à tous les secrets pour l'expédition des affaires, etc. Ainsi dans notre Evangile, l'Ange révèle à Joseph le secret des secrets. Le voile placé devant le tabernacle était d'hyacinthe, de pourpre et d'écarlate et orné d'ouvrages de broderie, afin de mettre les mystères à couvert de tout regard profane. Pharaon donna aussi un anneau à Joseph parce qu'il conclut un mariage en lui faisant épouser la fille du prêtre Putipharé. Ce mariage [de saint Joseph] était absolument céleste et divin. Les mariages selon Dieu unissent toujours des êtres semblables. Pour Adam: Faisons-lui une aide semblable a lui; à Abraham, Sara, bien qu'il ne soit pas dit explicitement; à Isaac, Rébecca; à Jacob, Lia et Rachel; Tobie et Sara. Voir dans le livre de Tobie, ch. III, v. 17, la belle déclaration de cette fille. Bienheureux le mari d'une femme vertueuse. La maison et les richesses sont données par les parents, mais c'est proprement le Seigneur qui donne une femme prudente. Celui qui a trouvé une femme vertueuse a trouvé le bien, et il puisera la joie dans le Seigneur. Sur Gorgonie, Monique, Nonna. Voir dans l'Exode, fol. 249. Greffe un poirier sur [87] un chêne, il ne produira pas; si tu le greffes sur un autre arbre de la même famille, il produira, etc.

            3. Il le revêtit d'une robe de fin lin : la chaste robe de la virginité. Que ferons-nous a notre sœur au jour où il lui faudra parler? etc. Il se repaît entre les lis. Le scordium empêche la corruption. Les yeux de la Vierge sont comme les piscines en Hésêbon, qui sont à la porte. Tes yeux sont ceux des colombes. Comme le basilic donne la mort, ainsi les yeux de la Vierge donnent la vie. Vierge des vierges.

            4. Il lui mit autour du cou un collier d'or: la charité ardente dans sa poitrine. Epithème.

            5. Il le fit monter sur son second chariot. Le premier chariot du Christ c'est la Vierge; celui-ci lui est réservé. Le second c'est le corps de Joseph: il lui a donné tout pouvoir sur son corps, etc. Ce privilège doit être ajouté à la virginité. [88]

LXXXVI. Plan d'un sermon pour le lundi après le quatrième Dimanche de Carême

 

2 avril 1612

 

(INÉDIT)

 

FERIA 2. POST DOMINICA LÆTARE CAMBERII, 1612

DE EVANGELIO HODIERNO, ET DE SAMARITANA, MIXTIM

 

            Job, cap. 26. V. 13, respondens Baldad Suhites, de Dei potentia et providentia, inter alia summopere laudat Deum, ex eo quod: Spiritus ejus ornavit cælos, et obstetricante manu ejus eductus est coluber tortuosus. Cujus sententiæ tres sunt celeberrimi sensus:

            Primus. Non majora tantum, qualia sunt cælorum ornamenta, id est, sphærarum dispositio, cursuum motuumque varietas, stellarum ac planetarum collocatio, etc., [89] sed etiam minima, ut generatio serpentis et colubri, quod omnium animalium quæ per se et non per accidens nascuntur infimum et minimi prætii est, curat. Et quidem ornat cælos spiritu, quia dixit semel et factum est semper, neque ulla ibi est alteratio vel vicissitudo generationis et productionis.

            Vidistisne quomodo vitrarii faciant vitros (sic)? Accipiunt materiam extremitate baculi perforati, deinde insufflant et fit vitrum, quo modo facto non corrumpitur. Hinc Cælum mare vitreum appellatur, Apoc. 4. v. 6, et clarius, c. 21. v. 18: Ipsa vero civitas aurum mundum, simile vitro mundo; v. 21: Et platea civitatis aurum mundum, tanquam vitrum perlucidum.

            Factum est cælum unico Dei verbo, et inspirante spiritu ornavit cælos, ex nihilo; sufflavit et fecit solem, lunam, Orionas, Mercurium, etc., cinxit zona zodiaci, etc. At cum terrestribus utitur velut manu, quia successive, succedentibus generationibus, corruptionibus et incrementis, omnia facit, ut mulier obstetrix, quæ infantem excipit pedetentim, educit, lavat, fovet, complicat, etc. Manus ergo providentiæ Dei obstetrix est totius mundi.

            Heu, miram providentiam erga serpentes! Fœniculo [90] purgant optalmiam, renovant pelle abjecta juventutem, serpillo, ut plerique existimant, curant vulnera. Et nobis deerit qui serpentibus non deest? Terram comedit serpens, et cibo non caret; Cælum comedit cor hominis, et Cælo carebit? Relinquit venenum cum bibit, et homo non relinquet venenum passionum cum recreatur cælestibus? Qui non deserit desertorem serpentem, quomodo relinquet hominem fideliter sequentem? Evangelium hesternum de providentia Dei.

            Secundus sensus est isagogicus, secundum versionem Septuaginta, apud Sa: Præcepto ejus interfectus est draco apostata. Eductus; scilicet e mundo, vel creatus e nihilo. Tortuosus, versutus, Hebraice, fugax. Et secundum hunc sensum ita explicari debet. 1°. Spiritus Domini ornavit cælos Angelorum turmis; verum cum unus, et per unum plures ex illis, id est, antiquus draco, rebelles essent, eos extra cælum præcepto suo duxit, ejecit et præcipitavit. [2.] Secundum autem versionem nostram, manus ejus potentissima veluti monstra ejecit dæmonia, et cum videret Hierusalem cælestem gravidam his monstris, ac veluti dolores parturientis habentem, manu sua obstetricis vices egit, et eduxit hoc [91] monstrum. Nam hic fit allusio ad partum, non propter fœtum sed propter dolorem; quasi dicat: Ornavit cælos Angelis, verum cum ex illis apostatæ fuerint aliqui, ibi facti sunt dolores ut parturientis. Unde ejectio dæmonum eductioni partus comparatur.

            Vel etiam planius, eductus ex nihilo: Ornavit cælos Angelis, et ipsemet cacodæmon ejus obstetricatione creatus est et eductus ex nihilo, ut sit repetitio emphatica; etiam ipse dsemon ejus creatura est, et fuit conditus ad ornamentum ut alii, quamvis sua malitia perierit. Vis autem est in verbo obstetricandi, quasi diceret: sedulo, sollicite, creavit; et rectum creavit, non distortum, quamvis nunc distortus et tortuosus sit.

            Ex hoc sensu fiat egregia comparatio Cæli et templi, templum enim imago est Cæli: hinc Majores imaginibus Cælitum templa ornaverunt, ut Deus cherubinis; ut imagines Cælitum essent in imagine Cæli. In templo, ut in Cælo, est curia Dei; et utrumque locus orationis, teste Apocalypsi, ubi aromata sunt orationes Sanctorum et viginti quatuor citharis aureis canunt orantes. Unde utrimque Deus ejecit ementes et vendentes: [92] demon emere volebat et furari independentiam, et se aliis veluti rex superbiæ venditabat; hinc spelunca latronum. Nam latrones erant, ut plurimum vendentes et ementes, nisi magnam sui cordis habeant curam et sint timorati. Negotiabatur Satan, ut Deo auferret authoritatem, cæteris obedientiam; induxerat in animum creaturis præesse, ovibus, bobus, columbis: ovibus, fidelibus subditis; bobus, prælatis laborantibus; columbis, religiosis volantibus per contemplationem; Angelis minoribus, majoribus et etiam Seraphinis. Omnes autem quotquot Deus invenit alligatos rebellioni ejecit. Invenit in diabolo avaritiam, qua rex Cæli voluit esse, et eum ejecit.

            Fecitque flagellum de funiculis; nam ob excellentiam suæ naturæ elatus est, et per istam excellentiam maxime cruciatur. Quare immobilis in sua malitia? Quia excellentissimæ est naturse. Quare maxime cruciatur? Quia habet ingenium capacissimum, et cognoscit magnam quam fecit jacturam perfectissime. Puer parum curat si pater hæreditate eum privet, at ubi pedetentim crescit, quo majore acumine intellectus viget eo majore tangitur dolore. Quo majus est desiderium dominandi, eo major [93] est dolor serviendi; at ille maxima urgebatur ambitione, quam ambitionem illi reliquit Deus, et eamet ambitione veluti flagello torquetur; nam remanet ambitio, imo superbia eorum ascendit semper, et quo magis ascendunt voluntate per ambitionem, eo magis descendunt re per abjectionem.

            Mihi maxime placet doctrina Epicteti: Quomodo puniemus ambitiosum? Sit ambitiosior. Meretur avarus puniri? Vade, ut puniaris sis magis semper avarus, sis magis luxuriosus ita ut quietem perdas, etc. Nam peccatores suismet peccatis punientur. Videte patres et matres; peccant ridendo cum filios suos malis verbis, pessimis vanitatis initiis, addictos vident: faciet Dominus funiculos et istimet filii tot doloribus afficient parentes, etc. «Nemo læditur nisi a seipso.» Paupertas non lædit Job, non lsedit D.Franciscum; te etiam non lædit, sed tua impatientia. Calumniæ non læserunt Apostolos et reliquos humiles; te etiam non lædunt, sed tua superbia et arrogantia qui te magis sentire facit injuriam tuam.

            Sed jam o expergiscimini, Fratres! Qui Angelis non pepercit propter unam malam cogitationem factam in [94] templo, quomodo vobis parcet, facientes cachinnos? Ego quidem vellem etiam dato sanguine, ut omnia peccata in æternum relinqueretis, verum ego specialiter adjuro vos, ut templis reverentiam habeatis; vos nobiles civitate, vos mulieres, etc. Camberium est exemplar totius Sabaudiæ. Nihil Deo gratius, nihil vobis utilius. Aurum Tholosanum, Quintus Cæpio. «Brennus, Delphis Apollinis templum, etc.; in se manus vertit» et seipsum occidit; Val., 1. I. c. 1. Vultis domos vestras honoratas, honorate domum Dei. I. Reg. 5, Philistæi capiunt Arcam armis et inducunt in templum Dagon, et percussit eos Deus in secretiori parte natium. Vos sæpe Dagon infertis in templum Domini; et idem peccatum est, sive inferre Dagon in templum Domini, sive Arcam Domini in templo Dagon. Omnia sane nobis prospera forent, etc. Dagon, frumentum, avaritiæ idolon.

            Exemplum Sanctæ Mariæ Ægiptiacæ non potentis intrare templum Hierosolymse in quo Crux asservabatur, quia perditissima meretrix, donec compuncta est aspectu imaginis Virginis. Sic Christus crucifixi imago objicitur oculis intrantium ut statim reverentiam iniciat; apud Lactantium. [95]

 

 

 

LUNDI APRES LE DIMANCHE LÆTARE. CHAMBERY, 1612

SUR L'EVANGILE DU JOUR ET, EN MEME TEMPS, SUR LA SAMARITAINE

 

            Job, répondant à Baldad le Suhite, parle de la puissance et de la providence divines, et entre autres choses il loue souverainement Dieu de ce que son esprit a orné les cieux, et que, de sa main créatrice, il a mis au jour Vartificieuse couleuvre. Trois sens célèbres ont été donnés à ces paroles:

            Voici le premier. La Providence ne s'occupe pas seulement des plus grandes choses, comme du décor des cieux, c'est-à-dire de la disposition des sphères célestes, de la variété de leur cours et de leurs mouvements, de la place et de l'ordre des étoiles et des planètes, etc.; mais aussi des moindres, comme [89] de la génération du serpent, de celle de la couleuvre, animal bien petit et le moindre de tous ceux qui se communiquent la vie sans génération spontanée. Et c'est, en effet, par son esprit qu'il orne les cieux, car il a parlé une fois et le monde est fait pour toujours; aucune altération, nul changement ne survient dans la génération ou la production.

            Avez-vous vu comment les verriers font les verres? Ils prennent à l'extrémité d'un bâton percé la matière préparée, soufflent ensuite dans ce tube, et le verre étant fait de la sorte n'est pas sujet à la dissolution. C'est ainsi que le Ciel est appelé mer de verre, et plus explicitement: Mais la cité elle-même était en or pur, semblable au verre très clair. Et la place de la cité est en or pur, comme le verre transparent.

            Par sa seule parole, Dieu créa le ciel, et, au souffle de son esprit, les cieux, tirés du néant, furent ornés; par son souffle, il créa le soleil, la lune, les étoiles, Orion, Mercure, etc., et les ceignit du zodiaque comme d'une ceinture, etc. Mais pour les choses terrestres, Dieu se sert comme d'une main pareille à celle qui donnant les premiers soins à un nouveau-né, le lave, le réchauffe, l'enveloppe, etc. Ainsi Dieu opère tout par des actes successifs: la génération, la corruption, l'accroissement. La main créatrice de la providence de Dieu amène donc au jour le monde entier.

            O Dieu! que cette providence est admirable à l'égard des serpents! Ils se [90] purifient les yeux avec du fenouil, renouvellent leur jeunesse en se dépouillant de leur vieille peau, guérissent leurs blessures, comme plusieurs le croient, avec du serpolet. Et Celui qui pourvoit aux serpents nous abandonnerait! Le serpent se nourrit de terre et ne manque pas de nourriture; le cœur de l'homme se nourrit du Ciel et le Ciel lui manquerait! Lorsque le serpent boit, il perd son venin, et l'homme restauré d'aliments célestes ne déposerait pas le venin des passions! Celui qui n'abandonne pas le serpent perfide qui fuit, pourrait-il abandonner l'homme qui le suit fidèlement? Evangile d'hier sur la Providence de Dieu.

            Le deuxième est le sens isagogique. D'après la version des Septante, dans Sa, c'est par l'ordre de Dieu que fut tué le dragon apostat. Mis au jour, c'est-à-dire tiré du néant, ou mis dehors, c'est-à-dire hors du monde. Tortueux, artificieux, en hébreu: fuyant. Et d'après ce sens on doit expliquer ainsi notre texte: 1. L'esprit du Seigneur a orné les cieux de phalanges angéliques; cependant, comme sous l'influence de l'un d'entre eux, de l'antique dragon, plusieurs étaient devenus rebelles, par l'ordre de Dieu ils furent expulsés, chassés et précipités du Ciel. [2.] Mais, d'après notre version, sa main toute-puissante rejeta les démons comme des monstres. Voyant la Jérusalem céleste, qui portait ces monstres en son sein, endurer comme les douleurs de l'enfantement, [91] Dieu, de sa main, mit dehors ce monstre. Ici, en effet, il est fait allusion à l'enfantement, à raison non de son fruit, mais de la douleur; c'est comme s'il était dit: Il a orné d'Anges les cieux, mais quelques-uns d'entre eux ayant apostasié, les cieux ont ressenti comme les douleurs de l'enfantement. Voilà pourquoi l'expulsion du démon est présentée sous la figure d'un enfantement.

            Ou plus simplement encore, il fut tiré du néant: Dieu a orné les cieux d'Anges, et par sa main toute-puissante le mauvais esprit lui-même fut créé et tiré du néant, ce qui est une répétition emphatique. Le démon lui-même est créature de Dieu; il fut formé comme les autres pour orner les cieux, bien que sa malice ait causé sa perte. La force de la pensée est tout entière dans la figure employée par l'Ecrivain sacré; c'est comme s'il était dit : Dieu le créa attentivement, avec soin; et il le créa esprit droit, non pervers, quoique maintenant il soit déformé et tortueux.

            De ce sens on peut tirer une excellente comparaison entre le Ciel et un temple. Un temple est l'image du Ciel: aussi nos ancêtres ornèrent-ils les temples des images des Saints, comme Dieu avait orné l'ancien temple de chérubins, afin que l'image des habitants du Ciel fût dans l'image du Ciel. Dans le temple comme dans le Ciel se trouve la cour de Dieu; l'un et l'autre sont un lieu de prière, témoin l'Apocalypse, d'après laquelle les aromates sont les prières des Saints, et les vingt-quatre [vieillards] prient par la mélodie de leurs harpes d'or. Du Ciel et du temple Dieu chasse les acheteurs et les [92] vendeurs. Là, le démon voulait acheter et dérober l'indépendance, et, prince de l'orgueil, se faire valoir au-dessus des autres; ici, c'est une caverne de voleurs. Les acheteurs et les vendeurs sont ordinairement voleurs, s'ils ne sont pas timorés et n'ont pas grand soin de veiller sur leur cœur. Satan trafiquait pour ravir à Dieu l'autorité, aux autres l'obéissance; il s'était mis dans l'esprit de gouverner les créatures, brebis, bœufs, colombes: les brebis, les fidèles soumis; les bœufs, les prélats chargés de soins; les colombes, les religieux portés sur les ailes de la contemplation, les Anges inférieurs, les supérieurs et même les Séraphins. Or, Dieu chassa tous et chacun de ceux qui s'engagèrent dans la révolte. En Satan, il rencontra l'avarice par suite de laquelle il voulait être roi du Ciel, et il le chassa.

            Et le Seigneur fit un fouet de cordes; car le démon s'était enorgueilli de l'excellence de sa nature, et cette excellence devint la plus grande cause de ses tourments. Pourquoi demeure-t-il dans sa malice? Parce que sa nature surpasse toutes les autres. Pourquoi ses tourments sont-ils sans pareils? Parce qu'il a une plus haute intelligence, et qu'il comprend à fond la grandeur de la perte qu'il a faite. L'enfant se met peu en peine d'être déshérité de son père, mais laissez-le grandir; plus sou esprit deviendra pénétrant, plus grande sera sa douleur. Plus le désir de dominer est puissant, plus douloureuse est la servitude. [93] Or, Satan se sentait pressé par l'ambition la plus forte: Dieu lui laissa cette ambition et s'en servit comme d'un fouet pour le tourmenter. L'ambition, en effet, demeure; bien plus, leur orgueil monte toujours, et plus leur volonté s'exalte par l'ambition, plus ils s'abaissent en réalité dans leur abjection.

            La doctrine d'Epictète me plaît extrêmement: Comment punirons-nous l'ambitieux? Qu'il soit plus ambitieux encore. L'avare mérite-t-il une punition? Va, pour te punir sois toujours plus avare; sois toujours plus luxurieux, au point de perdre tout repos, etc. Les pécheurs seront punis par leurs propres péchés. Voyez les pères et les mères; ils pèchent s'ils rient en voyant leurs enfants s'abandonner à de mauvais propos, aux pires débuts de la vanité; le Seigneur tressera des cordes, et ces mêmes enfants accableront leurs parents d'autant de douleurs, etc. «On n'est blessé que par soi-même.» La pauvreté ne blessa pas Job, ne blessa pas saint François; ce n'est pas elle non plus qui te blesse, c'est ton impatience. La calomnie ne blessa pas les Apôtres ni les autres amants de l'humilité; ce n'est pas elle non plus qui te blesse, c'est ton orgueil, ton arrogance qui te fait plus vivement sentir l'injure qui t'est faite.

            Que dis-je, mes Frères? Soyez dans l'épouvante! Celui qui n'épargna pas les Anges pour une seule mauvaise pensée conçue dans le temple, comment vous pardonnera-t-il, à vous qui y poussez des éclats de rire? Pour moi, je [94] voudrais donner jusqu'à mon sang pour que vous abandonnassiez tout péché, mais je vous conjure surtout de respecter les temples; vous, nobles de la cité, vous, femmes, etc. Chambéry est le modèle de toute la Savoie. Rien de plus agréable à Dieu, de plus utile pour vous. Or de Toulouse, Quintus Cépion. «Brennus, à Delphes, temple d'Apollon, etc.; il tourne vers lui sa main» et se tue (Valère Maxime, liv. I, chap. I). Vous voulez voir vos maisons honorées, honorez la maison de Dieu. Les Philistins s'emparent de l'Arche à mains armées et l'introduisent dans le temple de Dagon, et Dieu les frappa dans les parties secrètes. Vous introduisez souvent Dagon dans le temple du Seigneur; et c'est le même péché d'introduire Dagon dans le temple du Seigneur ou l'Arche du Seigneur dans le temple de Dagon. Tout assurément nous serait prospère, etc. Dagon, froment, idole de l'avarice.

            Exemple de sainte Marie Egyptienne. Comme elle était la pire des pécheresses publiques, elle ne put entrer dans le temple de Jérusalem où la Croix était conservée, jusqu'à ce qu'elle eût été touchée de componction à la vue d'une image de la Vierge. Aussi, le Christ, l'image du Crucifix, est-elle offerte aux regards de ceux qui entrent, pour leur inspirer aussitôt le respect; telle est la remarque faite par Lactance. [95]

LXXXVII. Plan d'un sermon pour le vendredi après le quatrième Dimanche de Carême

 

6 avril 1612

 

(INÉDIT)

 

Domine, ecce quem antas infirmatur.

[JOAN., XI, 3.]

1612

 

            Brevis oratio. Demosthenes, audiens loquaculum: Si multum saperes non multa loquereris. Angeli, quo superiores, eo universaliores species habent. Deus unico verbo omnia facit. Optimus modus orandi est orare paucis, sed non parum. Exodi 14: Quid clamas ad me? et tamen silebat. Psal. 9: Desiderium pauperum exaudivit Dominus; præparationem cordis eorum audivit auris tua. Si non es exauditus, vel id est quia pauper non es, vel quia præparationem cordis non habes. Psal. 26. v. 13: Tibi dixit cor meum, exquisivit te facies mea; faciem tuam, Domine, requiram. Sicut oculi servorum in manibus [96] dominorum suorum, etc. Ad te levavi oculos meos, qui habitas in cælis. Defecerunt oculi in eloquium tuum, dicentes: Quando consolaberis me? Solo aspectu loquimur.

            Multum ergo orandum, sed non multis. Patres afferunt exemplum de Anna: Factum est cum illa multiplicaret preces coram Domino, ut Heli observaret os ejus; 1. Reg. I, etc. Sic istæ mulieres paucis expandunt necessitates. Insignis est historia, 4. Reg. 19. v. 14, [15]: Rapsaces mittit, vel rex Assyriorum, litteras ad Ezechiam; ille ascendit in domum Domini et expandit eas coram Domino, et oravit; 185000 occisi Assyriorum. Tu fac similiter. Dedit nobis Spiritum Filii sui, clamantem in cordibus nostris: Abba, Pater; Gal. 4. Ro. 8: Ipse Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus.

            Sed nota quia, diligebat autem Jesus Martham, et sororem ejus Mariam, et Lazarum. Unde: Lazarus amicus noster dormit, sed vado. Sane coecus noster dicebat nudiustertius: Scimus quia peccatores non exaudit Deus. Qua de sententia, tres sunt responsiones: 1. cæcum istum cæca opinione hoc dixisse; 2. intellexisse de impetratione miraculorum in testimonium [97] propriæ sanctitatis; 3a distinguit: sunt justi, sunt peccatores, sunt pœnitentes; pœnitentes exaudit. Atqui hic et pœnitens erat, et justa.

            Sed videte pulcherrimam orationem: Ecce quem amas infirmatur. Per duo Christum adjuramus: per miseriam nostram et per Dei amorem sive misericordiam. Sane Deus indiget nostra miseria: Miserere mei quoniam infirmus sum; et nostra miseria indiget Dei misericordia: Beatus vir cujus est auxilium abs te; ascensiones in corde suo disposuit. Mays, Beatius est dare magis quam accipere. Puer et nutrix. «Noverim te, noverim me.» «Quis es, et quid sum ego?» Miserere mei, miserere mei, quoniam in te confidit anima mea. Ambros., 3. de Sac. c. 2: lutum imponi super oculos cæci ut recordetur se pulverem esse; cæcitas enim mentis plerumque superbia est. Idem representat Lazarus nobis obvius. Hinc, Apoc. 3, illi Laodiceno dicitur: Collyrio inunge oculos tuos.

            Christus venit, et lachrimatus est cum lachrimantibus. Heu prætiosæ lacrimæ! Oculi tui sicut piscincti in Hesebon. Oculi sunt in porta sive fenestra, et per illos videmus interius in domo; unde et dixerunt: [98] Ecce quomodo diligebat eum; viderunt amorem. Ut qui videt stillantem rosarium (stillans rosaceum?), ignis est, dicimus. Sunt in porta, id est, in Christo porta filiæ multitudinis, id est, Ecclesiæ. Hesebon, cingulum doloris, zona doloris, cum Deus cinxit se dolore. In Hezebon sunt oculi plorantes, quoniam Deus dolorem asciscit et præcingit se considerationibus ad lacrimas excitandas.

            1°. Puer, videns mundum; 2°. videns Hierusalem perituram; 3°. nunc ob amorem; 4°. emittens spiritum, cum clamore valido et lachrimis. [99]

 

 

 

            Seigneur, voila que celui que vous aimez est malade.

 

            Courte prière. Démosthène entendant un homme loquace, lui dit: Si tu savais beaucoup tu parlerais peu. Plus les Anges sont élevés en gloire, plus leurs idées sont universelles. Dieu d'un seul mot crée tout. La meilleure manière de prier c'est de le faire en peu de mots, mais avec ardeur. Pourquoi cries-tu vers moi? Et pourtant Moïse se taisait. Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres; votre oreille a entendu la préparation de leur cœur. Si tu n'es pas exaucé, c'est ou que tu n'es pas pauvre, ou que tu n'as pas préparé ton cœur. Mon cœur vous a parlé, ma face vous a recherché; Seigneur, je rechercherai votre face. Comme les yeux des esclaves sont fixés sur les mains de leurs maîtres, etc. [96] J'ai levé mes yeux vers vous qui habitez dans les cieux. Mes yeux ont défailli dans l'attente de votre parole, disant: Quand me consolerez-vous? Nous parlons par le seul regard.

            Il faut donc beaucoup prier, mais en peu de mots. Les Pères citent l'exemple d'Anne: Il arriva que, comme elle multipliait ses prières devant le Seigneur, Héli observait le mouvement de ses lèvres, etc. Ainsi ces femmes, [Marthe et Marie,] exposent eu peu de mots leurs nécessités. Voici une histoire remarquable: Rabsacès, ou le roi des Assyriens, expédie des lettres à Ezéchias; celui-ci monta dans la maison du Seigneur, les ouvrit devant le Seigneur et il pria; 185000 Assyriens furent tués. Toi, fais de même. Dieu nous a donné l'Esprit de son Fils qui crie dans nos cœurs: Abba, Père! L'Esprit lui-même demande pour nous avec des gémissements inénarrables.

            Bien remarquer que Jésus aimait Marthe et sa sœur Marie, et Lazare. Aussi dit-il: Lazare notre ami dort, mais je vais. Avant-hier, il est vrai, notre aveugle disait: Nous savons que Dieu n'exauce pas les pêcheurs. On peut expliquer cette proposition de trois manières: 1. l'opinion qu'émettait cet aveugle était aveugle comme lui; 2. il entendait parler de l'obtention d'un miracle comme témoignage de la sainteté de celui qui le sollicite; la [97] réponse distingue entre les justes, les pécheurs et les pénitents: Dieu exauce les pénitents; or, ici nous avons une pénitente et une âme juste.

            Mais voyez cette admirable prière: Voilà que celui que vous aimez est malade. Nous supplions le Christ par deux motifs: par notre misère et par l'amour ou la miséricorde de Dieu. Dieu a vraiment besoin de notre misère: Ayez pitié de moi parce que je suis infirme; et notre misère a besoin de la miséricorde de Dieu; Bienheureux l'homme dont le secours vient de vous; il a disposé des ascensions dans son cœur. Mais, il est plus heureux de donner que de recevoir. L'enfant et la nourrice. «Que je vous connaisse et que je me connaisse.» «Qui êtes-vous, et qui suis-je?» Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, parce que mon âme s'est confiée en vous. Saint Ambroise, Des Sacrements, liv. III, chap. II: Jésus applique de la boue sur les yeux de l'aveugle, pour lui rappeler qu'il est poussière; car l'aveuglement de l'esprit provient ordinairement de l'orgueil. La mort de Lazare que nous considérons présentement symbolise la même vérité. De même, Apoc., III, il est dit à l'Ange de Laodicée: Applique du collyre sur tes yeux.

            Le Christ vint, et il pleura avec ceux qui pleuraient. Oh! précieuses larmes! Vos yeux sont comme les piscines en Hésébon. Les yeux sont semblables à la porte ou à la fenêtre par laquelle nous voyons dans l'intérieur de la [98] maison; aussi les Juifs dirent-ils: Voila comme il l'aimait; ils virent l'amour. Ainsi quand nous voyons distiller l'eau de rose de l'alambic, nous disons: Il y a là du feu. Qui sont à la porte, c'est-à-dire, dans le Christ, la porte de la fille du peuple, c'est-à-dire, de l'Eglise. Hésébon, cingule de douleur, ceinture de douleur, lorsque Dieu se ceignit de douleur. En Hésébon sont des yeux en pleurs, parce que Dieu prend sur lui la douleur et se livre à des considérations qui excitent les larmes.

            [Le Rédempteur pleure,] 1. étant enfant, à la vue du monde; 2. à la vue de Jérusalem qui va périr; maintenant, par amour; 3. en rendant l'esprit, avec un grand cri et avec des larmes. [99]

LXXXVIII. Sommaire d'un sermon sur la sainte Croix

 

20 avril 1612

 

(INÉDIT)

 

PRO OSTENSIONE SANCTISSIMÆ CRUCIS

 

            Postquam de pisce callionymo dixero, et de felle asservato in memoriam, Tob. 6: Heu, Christiani, hinc fidei asservatur memoriale et oculis quoque vestris fidei augustissimum sacramentum, oculis tot imagines. Et ego quidem vellem quod contigit Macrinæ; nam Vestiana eam ornans ut moris est virgines, «Ecce,» aiebat, «quale a collo Sanctæ monilis ornamentum dependet,» etc.; [Gretserus, De Cruce,] lib. 1. fol. 198. Tum [100] de Abrahamo, Gregorii Nisseni, [Ibid.,] 1. 2. fol. 274: Et quis, quæso, Crucifixi imaginem videat quin fleat? Ecce enim videmus in Christo pendente corpus undequaque lacerum, oculos lacrimis onustos, labia felle et absinthio plena, caput corona redimitum, stillantes hinc inde omnes corporis artus. Quis non compatiatur!

            O Jesu, tuo lumine

            Signatos, emptos sanguine,

            Purga, refove, perfice,

            Tibi conformes effice .

            Hinc, quicquid te nobis menti ingerit diligimus. Cujus est hæc imago et superscriptio? Estne tunica Domini nostri an non? O Domine, si teipsum intueremur, etc. Quare ergo rubrum est vestimentum tuum? Torcular, etc. In signum cui contradicetur.

            Pro Virgine juxta Crucem: Tuam ipsius animam. Post autem ultimum Mot, reginæ Saba comparanda est, quæ ultra non habebat spiritum, id est flatum, spiritum, vim intelligendi, præ admiratione; non habebat spiritum, sed totum in Filio habebat. Non sunt allata tam multa aromata; 3. Reg. 10.

            Gen. 28: Vidit scalam. Hieron., in Psal. 98, Augs, [101] serm. de Tempore, 79, aiunt figuram Crucis esse. Si fuerit Dominus Deus mecum et custodierit me in via per quam ambulo, erit mihi Dominus in Deum.

            Rationes Christi crucifixi: ut medicina morbo respondeat, ut humilitas, ut copiosa esset redemptio, ut omnibus esset nota.

            Charitas enim Christi urget nos, cestimantes hoc, quoniam si unus pro omnibus mortuus est, ergo et omnes mortui sunt. Et pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivunt jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est; 2. Cor., 5. Virgo insulæ Sestos.

            Zach. 13, v. 6: Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum? Et dicet: His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me. [102]

 

 

 

POUR L'EXPOSITION DE LA TRÈS SAINTE CROIX

 

            Après avoir parlé du poisson callionyme et du fiel conservé en souvenir: O Dieu! Chrétiens, ici est conservé le mémorial de la foi; le plus auguste sacrement de la foi est exposé à vos yeux. Que d'images s'offrent à vos regards! Je souhaiterais qu'il nous arrivât ce qui advint à sainte Macrine. Comme Vestiana parait sa dépouille mortelle des ornements que la coutume a réservés aux vierges: «Voilà quel joyau,» dit-elle, «est suspendu au collier qui entoure le cou de la Sainte,» etc. [Gretser, De la Croix,] liv. I, [100] folio 198. Citer alors ce que saint Grégoire de Nysse dit d'Abraham, [Ibid.,] liv. II, folio 274: Mais qui, je vous prie, pourrait sans pleurer voir l'image du Crucifié? Voici que nous voyons le corps du Christ suspendu, déchiré de toutes parts, ses yeux chargés de larmes, ses lèvres pleines de fiel et d'absinthe, sa tète ceinte d'une couronne, et le sang coulant en abondance de tous les membres de son corps. Qui ne compatirait!

            O Jésus, purifiez, réchauffez, perfectionnez, rendez conformes à vous ceux que vous avez marqués de votre lumière, rachetés par votre sang.

            Oui, tout ce qui vous implante en notre âme, nous l'aimons. De qui est cette image et cette inscription? Est-ce la tunique de Notre-Seigneur, ou non? O Seigneur, si nous vous voyions vous-même, etc. Pourquoi donc votre vêtement est-il rouge? Le pressoir, etc. Comme un signe auquel ou contredira.

            Pour la Vierge au pied de la Croix: Et ton âme. Et après la dernière parole, la comparer à la reine de Saba qui n'avait plus son esprit, c'est-à-dire la respiration, son esprit, la force de comprendre, tant elle était saisie d'admiration; elle n'avait pas son esprit, mais il était tout en son Fils. On n'apporta jamais autant de parfums.

            Il vit une échelle. Saint Jérôme, sur le Psaume XCVIII, saint Augustin, [101] Sermons du Temps, serai, LXXIX, disent que c'était la figure de la Croix. Si le Seigneur Dieu est avec moi et s'il me gardé dans la voie par laquelle je marche, le Seigneur sera mon Dieu.

            Raisons pour lesquelles Jésus a été crucifié: pour que le remède répondît au mal; pour que l'humilité, etc., pour que la rédemption fut abondante, pour qu'elle fût connue de tous.

            Car la charité du Christ nous presse, considérant ceci, que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. Et le Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort pour eux. La vierge de l'île de Sestos.

            Que sont ces plaies au milieu de vos mains? Et il dira: J'ai reçu ces plaies dans la maison de ceux qui m'aimaient. [102]

LXXXIX. Plan d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge

 

15 août 1612

 

(INÉDIT)

 

Quæ est ista quæ ascendit per desertum, sicut virgula fumi ex aromatibus

mirrhæ et thuris et omnis

pulveris pigmentarii?

[CANT., III, 6.]

 

            Ecce mirantur omnes ascendentem Virginem. Et quemadmodum mirati sunt Sponsum (Egredimini, filiæ Sion, et videte regem Salomonem cum diademate, et apud Is.: Quis est iste qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra? iste formosus in stola sua), sic nunc mirantur Sponsam. Sic Psal.: Mirrha et gutta et casia a vestimentis tuis; tum: Astitit regina a dextris tuis. Et nos quoque miremur et imitemur. [103]

            Tribus virtutibus universa Christiana doctrina absolvitur: mortificatione, oratione et actione. Hortus prius vomere scinditur, deinde seminatur, tertio rore vel pluvia irrigatur: anima mortificatione excolitur, virtutibus seminatur et oratione rigatur. Mortificatio ad carnem præcipue; oratio ad spiritum; exercitium virtutum ad totum hominem. Nisi granum frumenti mortuum fuerit. Si spiritu facta carnis mortificaveritis, vivetis. Mortificate membra vestra, super terram. Jam vero, ecce mirantur homines in Ecclesia triumphante mortificationem Virginis, quæ est veluti virgula fumi ex aromatibus mirrhæ, en mortificatio, et thuris, en oratio, et omnis pulveris pigmentarii.

            1m Mot: Ascendit. Sola in hoc mundo ascendit; nam alii omnes modo ascendunt modo descendunt: Ascendunt usque ad cælos et descendunt usque ad abissos, quia modo bene operantur, modo peccant mortaliter. Alii si non descendunt certe moram trahunt, ut Joannes Baptista, et Apostoli, etiam post Pentecosten. Unde, ille: Infelix ego homo, quis me liberabit a [104] corpore mortis hujus? At Beata Virgo semper ascendit; nunquam quievit, similis animalibus illis Ezechielis quorum unumquodque ante faciem suam gradiebatur, nec revertebatur cum ambularet. Elle avoit son cœur dilaté en sorte que viam mandatorum Domini currebat.

            2. Per desertum. Omnia illi erant deserta ubi Christus non apparebat. Hei mihi, quia incolatus meus prolongatus est; habitavi cum habitantibus Cedar. Dans les desers, il y a bien des arbres mais sauvages, des bestes mais farouches; in hoc mundo sunt arbores et homines, sed agrestes. Recordamini, quasso, Annæ matris Thobiæ quomodo computabat dies quibus aberat filius; sic et ista Mater computabat dies donec videret Filium: Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum. Et propterea mortua est ex amore. [1.] Optimam vitam decebat optima mors; vixit amore, moritur amore. Renunciate dilecto meo quia amore langueo. [2.] Imitatrix fuit Christi et in vita et in morte. «Gloriosi principes terræ, quomodo in vita dilexerunt se, ita et in morte non sunt separati.» Sicut Saul et Jonathas. Ita gloriosus Filius et gloriosa Mater. 3. Plerisque Sanctorum concessum est: Mariæ Magdalenæ, Sanctæ [105] Catharinæ Senensi et Genuensi, Sancto Francisco, et nostro tempore Beato Philippo. Quidni Virgini? 4. Pretiosa mors sanctorum. Multi moriuntur ex charitate, propter fidem; alii ex charitate, propter charitatem; at prætiosissima quæ ex charitate, propter charitatem, et per charitatem. O Deus immortalis! Qualis vita hujus Virginis et qualis mors! Sed sensitne dolores? Sensit, sed dolores amoris. Dolor amabilis et amor dolorosus. Qui charitate dolet, dolere eadem charitate gaudet.

            3um Mot: Ex aromatibus mirræ. «Abstine,» ecce mortificatio concupiscibilis; «Sustine,» ecce mortificatio irascibilis. Propter te mortificamur tota die. Confitebor tibi in cithara. O qualem mortificationem: ex paupertate, ex virginitate, ex Christi Passione.

            4um Mot: Thuris. Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo. O quales preces! Rapta usque ad tertium Cælum.Tota fuit oratio et exhalatio.

            5um. Omnis pulveris pigmentarii. Praxis omnium virtutum: modestia, prudentia, fortitudo, justitia, religio, temperantia.

            6um Mot: Fumi. Nam præsupponit ignem, charitatem, sine qua nihil erat actum. [106]

            [1.] Jam in Cælo ascendit absolute, quia ascendit supra de lege ordinaria. Nemo potest. Nihil altius. Exaltata. 2. Per desertum Angelorum: 99 oves in deserto; nam transcendit omnia. 3. Ex aromatibus mirræ. Ibi mirrha prima; non mortificatio, sed mortificationis meritum. Leve hoc et momentaneum; Secundum multitudinem. Et hæc merita nobis prosunt per communionem. 4. Thuris. Ibi ardentissime orat: «Sentiunt omnes tuum juvamen.» 5. Et omnis pulveris pigmentarii; id est, habet gloriam omnibus virtutibus respondentem. Sed est 6. Fumus. Charitas immensa quæ illi est gloria essentialis; ibi fumus est sine obscuritate, nubes lucida. [107]

 

 

 

            Quelle est celle-ci qui monte du désert, comme une colonne de fumée de parfums de myrrhe et d'encens et de toutes les poudres du parfumeur?

 

            Voilà que tous admirent la Vierge qui monte. Et comme ils ont admiré l'Epoux (Sortez, filles de Sion, et voyez le roi Salomon avec le diadème, et en Isaïe: Quel est celui-ci qui vient d'Edom, de Bosra, avec les vêtements teints? il est beau dans sa robe), de même admirent-ils maintenant l'Epouse. Ainsi dans le Psaume: La myrrhe, l'aloès et la cannelle s'exhalent de vos vêtements; puis: La reine s'est tenue debout a votre droite. Nous aussi, admirons et imitons. [103]

            Toute la doctrine chrétienne se résume en ces trois exercices: la mortification, la prière et l'action. Un jardin est d'abord labouré avec le soc, puis ensemencé, et en troisième lieu, fertilisé par la rosée ou la pluie. L'âme est cultivée par la mortification, ensemencée des vertus et arrosée par la prière. La mortification concerne surtout la chair; la prière, l'esprit; la pratique des vertus, tout l'homme. Si le grain de froment ne meurt. Si par l'esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez. Mortifiez vos membres qui sont sur la terre. Eh bien! voici que l'humanité admire dans l'Eglise triomphante la mortification de cette Vierge, qui est comme une colonne de fumée de parfums de myrrhe d'abord, et c'est la mortification, d'encens, et c'est la prière, et enfin de toutes les poudres du parfumeur.

            1re parole: Elle monte. Seule dans ce monde Marie monte. Les autres, sans exception, tantôt montent, tantôt descendent. Ils montent jusqu'aux cieux et descendent jusqu'aux abîmes, parce que tantôt ils font le bien, tantôt ils pèchent mortellement. Quelques-uns ne descendent pas, il est vrai, mais du moins ralentissent-ils leur marche, comme saint Jean-Baptiste, et les Apôtres, même après la Pentecôte. Aussi saint Paul s'écrie-t-il : Malheureux [104] homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? Mais la Bienheureuse Vierge monte toujours; elle ne s'arrêta jamais, semblable à ces animaux d'Ezéchiel, dont chacun marchait devant sa face, et ne se retournait point lorsqu'il marchait. Elle avait son cœur dilaté en sorte qu'elle courait dans la voie des commandements du Seigneur.

            2e parole: Du désert. Tout lieu où le Christ ne paraissait pas lui était un désert. Malheur a moi parce que mon exil a été prolongé! J'ai habité avec les habitants de Cédar. Dans les déserts, il y a bien des arbres, mais sauvages; des bêtes, mais farouches; en ce monde, il y a des hommes et des arbres, mais ils sont sauvages. Rappelez-vous, je vous prie, comme Anne, mère de Tobie, comptait les jours écoulés depuis le départ de son fils; ainsi cette Mère comptait ceux qui devaient s'écouler jusqu'au retour du sien: Comme le cerf soupire après les sources des eaux. C'est pourquoi elle mourut d'amour, [1.] La meilleure vie appelait la meilleure mort; elle a vécu d'amour, elle meurt d'amour. Annoncez à mon Bien-Aimé que je languis d'amour. [2.] Elle fut l'imitatrice de Jésus dans sa vie et dans sa mort. «Glorieux princes de la terre, comme ils s'étaient aimés durant la vie, ainsi la mort ne les a point séparés.» Comme Saul et Jonathas. Ainsi le glorieux Fils et sa glorieuse Mère. 3. Ce privilège fut octroyé à plusieurs Saints: à Marie-Madeleine, aux saintes [105] Catherine de Sienne et de Gènes, à saint François, et, de notre temps, au bienheureux Philippe. Pourquoi pas à la Sainte Vierge? 4. La mort des saints est précieuse. Plusieurs meurent pour la foi, par amour; d'autres par amour, pour l'amour; mais la mort la plus précieuse est celle qui vient de l'amour, pour l'amour et par amour. O Dieu immortel! quelle vie que celle de cette Vierge et quelle mort! Mais éprouva-t-elle des douleurs? Oui, des douleurs d'amour. Douleur aimable et amour douloureux. Qui souffre d'amour, par le même amour se réjouit de sa souffrance.

            3e parole: De parfums de myrrhe. «Abstiens-toi,» c'est la mortification de la partie concupiscible; «soutiens,» c'est la mortification de la partie irascible. A cause de vous, nous sommes mis à mort tout le jour. Je vous louerai sur la harpe. Oh quelle mortification est celle qui provenait de sa pauvreté, de sa virginité, de la Passion du Christ!

            4e parole: D'encens. Que ma prière monte comme l'encens en votre présence. Oh! quelles prières! Ravie jusqu'au troisième Ciel. Marie exhalait toute son âme en prière et soupirs.

            5e parole: De toutes les poudres du parfumeur. La pratique de toutes les vertus: modestie, prudence, force, justice, religion, tempérance.

            6e parole: De fumée. Car elle présuppose le feu, la charité sans laquelle rien n'avait été fait. [106]

            [1.] Maintenant dans le Ciel elle monte librement, parce que par la loi naturelle elle tend en haut. Personne ne peut, [etc.] Rien de plus élevé. Exaltée. 2. Du désert des Anges: les quatre-vingt-dix-neuf brebis dans le désert, car elle s'élève au-dessus de tout. 3. De parfums de myrrhe. Il s'agit ici de la myrrhe la plus exquise; non celle de la mortification, mais celle du mérite de la mortification. [Notre tribulation] présente, légère et momentanée. Selon la multitude, etc. Et ces mérites nous sont appliqués en vertu de la communion [des Saints]. 4. De l'encens. Elle fait au Ciel les prières les plus ardentes: «Tous ressentent votre secours.» 5. Et de toutes les poudres du parfumeur; c'est-à-dire, elle jouit d'une gloire proportionnée à toutes ses vertus. 6. Enfin elle est une fumée. Sa charité immense qui constitue sa gloire essentielle; au Ciel, la fumée n'est pas obscure, c'est une nuée lumineuse. [107]

XC. Plan d'un sermon pour le dix-neuvième Dimanche après la Pentecôte

 

21 octobre 1612

 

(INÉDIT)

 

AD DOMINICAM XIX POST PENTECOSTEN. 1612

 

Amice, quomodo huc intrasti? etc.

[MATT., XXII, 12.]

 

            Parabolis utitur Dominus quo vehementius infigat doctrinam; ut acu utuntur ac seta ut filum inducant. Hæc autem parabola mira est. Nos primam partem breviter explicabimus; secundam paulo pressius, ut minitante hieme vobis vestem faciamus.

 

            Salus hominum nuptiæ sunt Filii Dei. Voluit autem salutem omnium Deus, et invitavit maxime Judeos, et noluerunt venire; misit apostolos, et noluerunt sed [108] occiderunt. Videns Judeos non venturos, invitavit bonos et malos, Judeorum reliquias et ethnicos. Et impletæ sunt nuptiæ: facta est Ecclesia Catholica. Ecce ergo plerique sunt in Ecclesia, in loco salutis; sed nunquid omnes salvabuntur? Heu! veniet dies illa magna et tremenda judicii, in qua intrabit Rex ad videndos convivantes. Inventum est unus. Auget hoc factum. Si plures inventi essent, mirum non esset si expellerentur, sed uno tantum invento expellitur, et mittitur in tenebras exteriores. Multi sunt vocati, pauci vero electi.

            Omnes vocati; maxime qui sunt in Ecclesia, nam vocatione efficaci vocati sunt. Cur non electi? Quia vestem nuptialem non habent. Sed quaenam est ista vestis nuptialis? Indubie charitas, ut omnes, apud Maldonatum et D. Thomam, fatentur. Ista vestis operit multitudinem peccatorum. I. Pet. 4: Ante omnia in vobismetipsis, etc. Sic in Epistola Eph. 4: Renovamini spiritu mentis vestræ: id est, Spiritu Sancto qui est in mente vestra; vel spiritu qui est mens vestra, quia interdum non possumus renovare animæ partem inferiorem, in qua rebellio urget. Et induimini novum [109] hominem; id est, Christum. Induit novum hominem qui moribus invenitur ut Christus. Qui secundum Deum creatus est, id est, ad perfectissimam imaginem Dei; sanctitate veritatis, id est, sanctitate vera.

            Adam nudus, fecit sibi perizoma ex foliis ficus. B. Amb., in lib. de Paradiso: excusatio in peccatis. At Deus fecit vestes pelliceas, mortificationis, aliqui, pœnitentiæ; dic charitatis et meritorum Christi, ut mortui Agni veste ac lana operiamur. Job, 29: Justitia indutus sum, et vestivi me quasi vestimento. D. Gregorius: Vestimentum undique operit. Vieg., [pag.] 70. Apoc. 3: Angelo Laodiciæ: Suadeo tibi emere a me aurum ignitum, probatum, ut locuples fias et vestimentis albis vestiaris, ut non appareat confusio nuditatis tuæ.

            Jam vero triplex est charitatis vestis. 1a Joseph polymita, qua induit eum pater suus: gratia sufficiens, infantum baptizatorum; unde damus illis chrismale: «Accipe vestem candidam.» Pulcra visu; fide enim scimus eos cum charitate omnes virtutes accipere. 2a Jacob, qui vestibus Esau valde bonis vestitus est: communis omnium Sanctorum. 3a Hester, quæ caudam [110] habebat, et est Sanctorum communicantium. Talaris est ut cæterorum; nam quid proderit vestem habere et non talarem, quando insidiatur maxime calcaneo nostro diabolus, serpens? Sed non modo talarem, sed etiam plus quam talarem, ita ut ad posteros quoque perveniat, ut Hesteris vestimentum. Sic Beatus Hilarion primam vestem servavit, nam ante 15 annum jam incepit servire Deo. Fuit talaris, ut cooperiat talum ejus cui insidiabatur dæmon: «Egredere anima mea, quid times?» Fuit odorata, unde multi ejus exemplo ad monasticam vitam perducti. Sic Beati Crispinus et Crispinianus Martires. [111]

 

 

POUR LE XIXE DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE. 1612

 

            Mon ami, comment es-tu entré ici? etc.

 

            Le Seigneur use de paraboles pour graver plus profondément sa doctrine; comme on se sert d'aiguille et de soies pour introduire le fil. Mais cette parabole-ci est admirable. Nous expliquerons brièvement la première partie; quant à la seconde, nous en presserons davantage l'exposition et nous vous en ferons un vêtement pour l'hiver qui vous menace.

            Le salut des hommes, telles sont les noces du Fils de Dieu. Dieu a voulu le salut de tous, il invita surtout les Juifs et ils ne voulurent pas venir; il leur envoya des apôtres, ils ne voulurent pas les recevoir et même les mirent à [108] mort. Voyant que les Juifs refusaient, il invita les bons et les méchants, le reste des Juifs et les païens. Et la salle des noces fut remplie: l'Eglise Catholique était fondée. Voilà donc qu'un grand nombre sont dans l'Eglise, dans l'asile du salut; mais tous seront-ils sauvés? Hélas! viendra ce grand et terrible jour du jugement où le Roi entrera pour examiner ses convives. Il s'en trouva un. Ce fait augmente la terreur. Si on en eût trouvé plusieurs, quoi d'étonnant qu'on les eût chassés? mais on en trouve seulement un et il est expulsé, et il est jeté dans les ténèbres extérieures. Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

            Tous sont appelés, ceux surtout qui sont dans l'Eglise, car ils ont reçu la grâce efficace de la vocation. Pourquoi donc tous ne sont-ils pas élus? Parce qu'ils n'ont pas le vêtement nuptial. Mais quel est ce vêtement nuptial? C'est évidemment la charité, tous en conviennent, d'après Maldonat et saint Thomas. Ce vêtement couvre la multitude des péchés. Avant tout, ayez les uns pour les autres, etc. De même dans l'Epitre aux Ephésiens: Renouvelez-vous dans l'esprit de votre âme; c'est-à-dire dans l'Esprit-Saint qui est en votre âme, ou bien dans l'esprit qui est votre âme; parfois, en effet, nous ne pouvons renouveler la partie inférieure de notre âme dans laquelle s'élève la révolte. Et revêtez-vous de l'homme nouveau, c'est-à-dire du Christ. Celui-là [109] revêt l'homme nouveau, qui, dans ses mœurs, est trouvé conforme au Christ. Qui a été créé selon Dieu, c'est-à-dire à la plus parfaite image de Dieu ; dans la sainteté de la vérité, c'est-à-dire dans la vraie sainteté.

            Adam nu se fit une ceinture de feuilles de figuier. Selon le bienheureux Ambroise, dans son livre Du Paradis, c'est une excuse dans le péché. Mais Dieu lui fit des vêtements de peau, ce que quelques-uns entendent de la mortification et de la pénitence, et que nous entendons de la charité et des mérites du Christ, afin que nous fussions couverts du vêtement fait de la laine de l'Agneau immolé. Je me suis environné de la justice, et m'en suis servi comme d'un vêtement. Saint Grégoire: Le vêtement couvre tout le corps. Viegas, [page] 70. Dans l'Apocalypse, à l'Ange de Laodicée: Je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé au feu, afin de t'enrichir et de te revêtir d'habits blancs, pour que la confusion de ta nudité ne paraisse.

            Or, la charité a trois vêtements: 1. Un de couleurs variées, celui dont Joseph fut revêtu par son père. C'est la grâce suffisante des enfants baptisés; aussi leur donnons-nous le chrémeau: «Reçois ce vêtement blanc.» Il est beau à voir, car nous savons par la foi qu'avec la charité, ces enfants reçoivent toutes les vertus. 2. Celui-de Jacob, qui revêtit les plus beaux vêtements d'Esaü. Celui-ci est commun à tous les Saints. Celui d'Esther, à queue, et qui [110] appartient aux Saints en tant que [par leurs exemples] ils communiquent leurs vertus [à ceux qui viennent après eux.] Il descend jusqu'aux pieds, comme les deux autres; car à quoi bon porter une robe qui ne descendrait pas jusqu'au talon, quand c'est surtout à notre talon que le démon, vrai serpent, tend ses embûches? Mais cette robe fait plus que de couvrir les pieds, elle se prolonge encore vers ceux qui suivent, comme celle d'Esther. Ainsi le bienheureux Hilarion conserva toujours sa première robe, car il commença à servir Dieu dès l'âge de quinze ans. C'était une robe longue qui descendait jusqu'à terre pour préserver son talon, [la fin de sa vie,] auquel le démon tendait des embûches: «Sors, mon âme, que crains-tu?» Elle était parfumée, c'est-à-dire que les exemples du Saint en attirèrent un grand nombre à la vie monastique. Tels les bienheureux Crépin et Crépinien, Martyrs. [111]

XCI. Fragment d'un sermon pour la fête de la Purification

 

2 février 1613

 

(INÉDIT)

 

AD FESTUM SACRATISSIMÆ PURIFICATIONIS. 1613

 

            Mira naturæ ars qua veluti per antiperistasin contraria contrariis elucescunt. Mira in hoc Evangelio Beatæ Virginis humilitas, mira et dignitas. Venit veluti vulgaris mulier purificanda, venit tanquam mater oblatura munus omnium gratissimum Altissimo, et in Symeone timor versus est in lætitiam summam.

            Superbia diaboli et hominis mira fuit, ut nimirum essent sicut dii. Esaias, 14: Conscendam in cælum, super astra Dei ponam solium meum, ero similis Altissimo. De homine pulchre Augustinus, I. 14 de Civitate, c. 13, citans Proverb. 16: Ante ruinam exaltatur cor et ante gloriam humiliatur. Initium [112] omnis peccati superbia; Ecclesiastici, 10. Tob. 4, ad filium: Superbiam nunquam in tuo sensu aut in tuo verbo dominari permittas, in illa enim initium sumpsit omnis perditio. Ro. 5: Sicut per inobedientiam unius hominis peccatores constituti sunt multi, ita per obedientiam unius hominis justi constituuntur multi.

            Verum etiam Patrum pulcherrimæ sententiæ expendendæ sunt circa peccatum primi hominis primæ mulieris, et inde concio inchoanda. Anthithesim esse inter Mariam et Evam omnis antiquitas credidit; videamus ergo quomodo peccavit Eva. Dic historiam. Creati erant Adam et Eva in gratia, et summa fœlicitate potiebantur; et ecce diabolus, serpens antiquus, voluit eos exturbare. Aggressusque mulierem tanquam infirmiorem: Cur præcepit, inquit, vobis Deus ut non comederetis ex omni ligno paradisi? De omni, id est, præcepit ut de nullo, est communis opinio; vel non comederetis ex omni, id est, non de omnibus et singulis, sed excepit lignum scientiæ boni et mali? Egregie Rupertus, 1. 2 de Trinit., c. 4: Diabolus se «rem ut erat nescire simulans,» dixit de omni. Sic hæretici: Cur præcipit [113] Ecclesia ut de omni Scriptura non legatis? cur prohibet nubere? cur vesci cibis creatis a Deo? etc. Cui respondit mulier: De fructu lignorum quæ sunt in paradiso vescimur; de fructu vero ligni quod est in medio paradisi, præcepit nobis Deus ne comederemus et ne tangeremus illud, ne forte moriamur. Dixit autem serpens ad mulierem: Nequaquam moriemini; scit enim Deus quod in quacumque die comederitis ex eo, aperientur oculi vestri, et eritis sicut dii, scientes bonum et malum. Ambros.: Displicent [verba] præcepti, lib. de Adam et Eva, unde exaggerat. Si vir vel pater dicat: Nolo cum hoc colloquaris; heus! ait, non vult me cum ullo colloqui. Aggravant præceptum ut gravent præcipientem: ne tangerent. Idem est Chrisostomi, hom. 16. in Genesim. Quod Eva cum diabolo colloqui cæperit, nunquam colloquendam est cum hoste reipublicæ, aut cum hæretico, aut cum impudicis. Cap. II. ad Cor. 2: Timeo ne sicut serpens seduxit Evam astutia sua, ita corrumpantur sensus vestri, et excidatis a simplicitate quæ est in Christo.

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POUR LA FÊTE DE LA PURIFICATION. 1613

 

            Admirable est cet art de la nature qui, par une sorte d'opposition, fait ressortir les contraires par les contraires. Merveilleuse est dans cet Evangile l'humilité de la Bienheureuse Vierge; merveilleuse aussi est sa dignité. Elle vient comme une femme vulgaire pour être purifiée; elle vient comme mère pour offrir au Très-Haut le don qui pouvait lui être le plus agréable. Aussi dans le cœur de Siméon, la crainte fait place à une suprême joie.

            Etonnant fut l'orgueil du démon et de l'homme, quand ils se persuadèrent qu'ils deviendraient comme des dieux. Je monterai au ciel, je placerai mon trône sur les astres de Dieu, je serai semblable au Très-Haut. Saint Augustin, liv. XIII de la Cité [de Dieu], chap. XIV, citant les Proverbes, dit très bien de l'homme: Le cœur s'exalte avant la ruine et il s'humilie avant la gloire. [112] L'orgueil est le commencement de tout péché. Tobie à son fils: Ne laisse jamais l'orgueil dominer dans ton esprit ou dans ta parole, car c'est par lui que toute perdition a pris commencement. De même que par la désobéissance d'un seul homme beaucoup ont été constitués pêcheurs, de même aussi par l'obéissance d'un seul homme beaucoup sont justifiés.

            Les Pères donnent, relativement au péché du premier homme et de la première femme, de très beaux enseignements que nous devons considérer. En conséquence, je puis commencer mon discours par les contrastes que toute l'antiquité a remarqués entre Marie et Eve. Voyons donc comment Eve a péché. Dire l'histoire. Adam et Eve avaient été créés en grâce et jouissaient d'une félicité parfaite; et voilà que le démon, l'antique serpent, voulut les ruiner. S'attaquant donc à la femme, comme étant la plus faible: Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé, dit-il, de ne pas manger du fruit de tous les arbres du paradis? De tous, c'est-à-dire, pourquoi vous a-t-il commandé de n'en manger aucun; c'est l'opinion commune. Ou bien, de ne pas manger de tous, c'est-à-dire non pas de tous et de chacun; mais en a-t-il excepté les fruits de l'arbre de la science du bien et du mal? Rupert dit excellemment, liv. II de la Trinité, chap. IV: Le diable, «feignant d'ignorer la vérité,» dit de tous. Ainsi les hérétiques: Pourquoi l'Eglise vous ordonne-t-elle de ne pas lire toute l'Ecriture? Pourquoi [113] défend-elle de se marier? Pourquoi, de manger des aliments créés par Dieu? etc. La femme lui répondit: Nous mangeons du fruit des arbres qui sont dans le paradis; mais pour le fruit de l'arbre qui est au milieu du paradis, Dieu nous a commandé de n'en point manger et de n'y point toucher, de peur que nous ne mourions. Et le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; car Dieu sait qu'en quelque jour que ce soit que vous en mangiez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Le commandement déplaît à la femme, dit saint Ambroise, dans son livre d'Adam et Eve, c'est pourquoi elle en exagère la rigueur. Si le mari ou le père dit: Je ne veux pas que tu parles à un tel; hélas, dit-on, il veut que je ne parle à personne. On exagère ainsi le précepte, afin de taxer de sévérité outrée ceux qui le donnent: qu'ils ne touchent pas. Saint Chrysostôme s'exprime de la même manière dans sa XVIe homélie sur la Genèse. Du péril auquel s'exposa Eve en entrant en conversation avec le serpent, il faut tirer la conséquence qu'on ne doit jamais s'entretenir avec un ennemi de l'Etat, ou avec un hérétique, ou avec des hommes aux moeurs corrompues. Je crains que de même que le serpent séduisit Eve par ses artifices, ainsi vos esprits se corrompent et que vous dégénériez de la simplicité qui est dans le Christ.

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XCII. Plan d'un sermon pour le quatrième Dimanche après Pâques

 

5 mai 1613

 

(INÉDIT)

 

DOMINICA 4 POST PASCHA, APUD S. PAULUM

 

Vado ad eum qui misit me, et nemo

ex vobis interrogat me: Quo vadis?

Jo. 16. v. 5.

 

            Ægris ob morbum sine appetitu viventibus, solemus etiam invitis cibum dare; sic hodie Apostolis mœstitia affectis, et ideo non petentibus a Domino: Quo vadis? [115] ipsemet cibum ingerit, et iter suum, causasque ac utilitates sui itineris, declarat. Interdum interrogare nolumus, ne sciamus quod scire nobis triste est. Dicit ergo se ire ad Patrem ut Spiritum Sanctum mittat, Spiritum Sanctum autem, cum venerit, argumentis demonstraturum, ac potius magno interiori lumine, mundum reum esse peccati, justitiae et judicii. Quæ quomodo intelligi debeant eodem aspirante Spiritu dicemus, sed antea, ut in nobis superveniat, Beatam Virginem salutemus.

 

            Difficilia quæ pulcra. Lex antiqua in monte data est, et nova quoque, abrege, anacephaleosis, in Cruce; inter clavos et spinas, ut Leges inter tonitrua et lampades. Hoc omnes hactenus senserunt, et miror ignorantissimos rerum theologicarum aliter sentire. Hieronymus, in Prologo Galeato: «Sola Scripturarum ars est quam sibi passim omnes vendicant.» Difficilem esse Dominus indicat in fine Evangelii nostri: Multa alia habeo vobis dicere, sed non potestis portare modo. Gebenn. in margine: «Ces choses-la sont comprinses en la doctrine des Apostres, hors laquelle il ne nous faut rien chercher.» Finesse. Hors la doctrine ou escritte ou non escritte. [116]

            At in Epistolis et scriptis Apostolicis etiam multa difficilia; ut Petri 2. c. 3, de Epistolis Pauli et rebus in eis propositis: In quibus, ait, quædam sunt difficilia intellectu, quæ indocti et instabiles depravant ad suam ipsorum perditionem, sicut et cæteras Scripturas. Et Christus: Scrutamini Scripturas. Et Paulus non omnia scripsit; Pleb. 5, de Melchisedech: de quo, inquit, grandis (hoc est, multus) nobis est sermo, ininterpretabilis ad dicendum, quia imbecilles facti estis ad audiendum. I. Cor. 3. v. 1 et 2: Tanquam parvulis in Christo, lac potum dedi vobis, non escam, nondum enim poteratis; sed nec adhuc potestis, adhuc enim carnales estis. Cætera cum venero disponam; I. Cor. XI. De illo grandi sermone et de ista dispositione, ubi quæso mentio? Non potestis portare modo. Unde Psalm.: Revela oculos meos, et considerabo mirabilia de lege tua; [Ps.] 118. O Sanctus Carolus!

            Non omnia scripta necessaria sunt ad fidem, quamvis sint de fide; ut Tobiæ canem caudam habuisse, c. XI. V. 9, aut Paulum habuisse penulam, 2. ad Timot. 4, quam reliquerat Troade apud Carpum. Nec omnia [117] necessaria scripta sunt aperte, maxime numerus Librorum et sensus, et «descendit ad inferos.»

            Nos similes sumus formicis. Quædam ascendunt spicas et dimittunt, aliæ spoliant grana spicis et thecis aliæ inferunt. Sic Apostoli Mot Dei miserunt, doctores exuunt difficultatibus, prædicatores trahunt et inferunt cordibus.

            Nemo ex vobis internogat me: Quo vadis? quia nemo vult scire Crucem, aut privari consolatione. [118]

 

 

 

QUATRIEME DIMANCHE APRÈS PAQUES, A SAINT-PAUL

 

            Je vais à Celui qui m'a envoyé, et nul d'entre vous ne me demande: Ou allez-vous?

 

            Souvent nous obligeons les personnes à qui la maladie ôte tout appétit à prendre de la nourriture. Quelque chose d'analogue se passe aujourd'hui: les Apôtres sont accablés de tristesse, et partant ne demandent pas au Seigneur: Où allez-vous? mais lui, les contraint à se nourrir et leur annonce son [115] départ, les causes et les avantages de ce départ. Parfois nous ne voulons pas interroger, pour ne pas apprendre une nouvelle qu'il nous serait pénible de connaître. Jésus déclare donc qu'il retourne à son Père pour envoyer l'Esprit-Saint, et que l'Esprit-Saint étant venu, par des preuves, ou plutôt par une grande lumière intérieure, il convaincra le monde du péché, de la justice et du jugement. Comment comprendre ces paroles, nous l'allons dire sous l'inspiration du même Esprit; mais auparavant, pour qu'il descende sur nous, saluons la Bienheureuse Vierge.

            Les choses belles sont difficiles à saisir. La Loi ancienne a été donnée sur la montagne, la nouvelle également; abrégé (anacéphaléosis) sur la Croix; entre les clous et les épines, comme la Loi mosaïque [avait été promulguée] parmi les tonnerres et les éclairs. Jusqu'ici tous l'avaient entendu ainsi, et je m'étonne que ceux-là même qui ignorent le plus les questions théologiques prétendent l'expliquer autrement. Saint Jérôme, dans son Prologue casqué, dit: «La science de l'Ecriture est la seule dont, en tous lieux, chacun se fait fort.» Le Seigneur à la fin de notre Evangile la déclare difficile: J'ai beaucoup d'autres choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. Les pasteurs de Genève disent, en marge: [Reprendre au texte, lig. 19.] [116]

            Les Epîtres et les écrits des Apôtres renferment aussi bien des points difficiles; et saint Pierre parlant des Epîtres de saint Paul et des enseignements qui y sont proposés: Dans lesquelles, dit-il, il y a quelques passages difficiles a entendre, que des hommes ignorants et légers détournent pour leur propre perte a de mauvais sens, ainsi que les autres Ecritures. Et le Christ: Vous scrutez les Ecritures. Et saint Paul n'a pas tout écrit. Dans l'Epître aux Hébreux, au sujet de Melchisédech: de qui, dit-il, nous avons de grandes choses à dire (c'est-à-dire en grand nombre), et difficiles à expliquer, parce que vous êtes devenus incapables de les entendre. Comme de petits enfants dans le Christ, je vous ai nourris de lait et non d'aliments solides, parce que vous n'en étiez pas capables, et à présent même vous ne l'êtes pas encore, parce que vous êtes encore charnels. Quant aux autres choses, lorsque je serai venu je les réglerai. De ces grandes choses et de ce règlement, où, je vous prie, en est-il fait mention? Vous ne pouvez les porter maintenant. Pour le même sujet, il est dit dans le Psaume: Dessillez mes yeux et je considérerai les merveilles de votre loi. O saint Charles!

            Toute l'Ecriture n'est pas nécessaire pour la foi, bien qu'elle soit toute de foi. Il n'est pas nécessaire, par exemple, de savoir que le chien de Tobie avait une queue, ou que saint Paul avait un manteau qu'il laissa à Troade, chez [117] Carpus. De même, tout ce qu'il est nécessaire de croire n'est pas explicitement écrit, en particulier le nombre et le vrai sens des Livres canoniques, et les mots: «est descendu aux enfers.»

            Nous ressemblons aux fourmis. Les unes montent sur l'épi et l'abattent, les autres dépouillent le grain de son enveloppe et d'autres le transportent au grenier. Ainsi les Apôtres nous ont transmis la parole de Dieu, les docteurs la dégagent de toute ambiguité et les prédicateurs l'emportent pour la déposer dans les coeurs.

            Nul d'entre vous ne me demande: Où allez-vous? parce que nul ne veut savoir la science de la Croix ou se priver de consolation. [118]

XCIII. Plan d'un sermon pour la fête de la Pentecôte

 

26 mai 1613

 

(INÉDIT)

 

AD FESTUM PENTECOSTES, 26 MAII 1613

CUM REDIREM MEDIOLANO

 

            Aves cum parvulos in nido non habent, excurrunt per arbores in eisque morantur, et mirifice huc illucque canunt; at cum nidum habent pullosque in eo, vix cantant alibi quam in arbore in qua nidos pullosque habent. Si enim aliquando excurrunt, cito redeunt, et memores relictorum pullorum vix alibi cantant. Il fault dire vray, mirus est amor filiorum, et quidem spiritualium major quam carnalium. Un pere qui a des enfans, va, vient, court, mais son cceur ne bouge, il est tous-jours avec son tresor: Gaudium meum, corona mea vos estis. [119] Or sus, je ne veux point vous expliquer maintenant davantage mon sentiment ni ma consolation de me revoir aupres de vous, mon cher peuple; il me suffit que j'y sois, et que me voyci en cette si celebre feste pour vous en expliquer le mistere briefvement. Mays, nemo potest dicere, Dominus Jesus, nisi in Spiritu Sancto, nemo Spiritus Sanctus nisi in Spiritu. Veni, en faveur de vostre chere Espouse Nostre Dame. Ave.

 

            Canticum Canticorum epitalamium est Ecclesiæ et Christi. Orditur autem Salomon instinctu Spiritus Sancti ab unione: Osculetur me (quid est osculetur, nisi veniat et mecum jungatur per Incarnationem, in qua quæ ex ore Altissimi prodit Sapientia unitur carni nostræ? Unde: Veni, Domine, et noli tardare; Veniat Dilectus meus in hortum suum; Descendat sicut pluvia in vellus, etc.), et finit Ascensione: Fuge, inquit, Dilecte mi, et assimilare capreæ hinnuloque cervorum super montes aromatum. Quæ verba Beatus Bernardus et communior [sententia] explicant de Ascensione Domini: Veni, fuge; unum Mot est in principio, aliud in fine; Bernardus, ser. 9. in Qui habitat. «Non enim ut Petrus,» ait Bernardus, «vult in monte terreno habitaculum,» sed in Cælo; «aut cum Maria, [120] eum deinceps vult tangere in terra, sed plane clamat: Fuge

            Sed assimilare capreæ. Caprea summos montes petit, ut clarius omnia despiciat suspiciatque vicinius solem. Fuge, sed assimilare capreæ, quæ ea quæ deorsum sunt respicit (mitte nobis alium Paraclitum), hinnuloque cervorum, qui etsi scandat, tamen in ima, ubi matrem reliquit, respicit omni momento; sic naturam humanam Christus respicit, et ei munus Spiritus Sancti mittit. Recita historiam Joseph. Antequam Benjamin iret in regnum fratris Joseph, mittebat quidem cibaria aliqua; verum ubi vidit Benjamin, misit plaustra, stolas, omniaque quæ necessaria erant. Sic Pater cælestis ante Ascensionem misit per Angelos Legem et cætera necessaria, at viso Benjamin misit omnia munera. Viderant Apostoli ascendentem, at timidi erant donec venit Spiritus Sanctus; tunc revixit spiritus eorum, etc.

            Sed quomodo Spiritus Sanctus venit? Non mutans locum sed actum. Descendam. Descenditque cum illo in foveam. Veni, Domine, et noli tardare. Vere locus iste sanctus est, etc. [121]

            Quid autem novi fecit in Apostolis? prius quidem acceperant Spiritum Sanctum: Accipite Spiritum Sanctum. Acceperant jurisdictionem, sed non possessionem, actum secundum; vela pandunt ventis.

            Sed velletis recipere Spiritum Sanctum? Sedentes; humiliter, vasa vacua non pauca; unanimiter, amor proximi; in oratione. [122]

 

 

 

 

 

POUR LA FETE DE LA PENTECÔTE, 26 MAI 1613

A MON RETOUR DE MILAN

 

            Lorsque les oiseaux n'ont pas de petits dans leur nid, ils voltigent d'arbre en arbre, s'y arrêtent et chantent merveilleusement tantôt ici, tantôt là; mais ont-ils nid et couvée, c'est à peine s'ils chantent ailleurs que sur l'arbre où reposent ce nid et cette couvée. Si parfois ils s'en éloignent, c'est pour revenir aussitôt, le souvenir des petits qu'ils ont quittés leur permettant à peine de chanter ailleurs. Il faut dire vrai, l'amour [du père] pour les enfant» est admirable, encore plus pour les fils selon la grâce que pour les fils selon la nature. Vous êtes ma joie et ma couronne. [119]

            Nul ne peut dire Seigneur Jésus, si ce n'est par l'Esprit-Saint; nul ne peut dire Esprit-Saint, si ce n'est par l'Esprit. Venez...

            Le Cantique des Cantiques est l'épithalame de l'Eglise et du Christ. Sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, Salomon débute par un souhait d'union: Qu'il me baise (qu'est-ce à dire: qu'il me baise, sinon qu'il vienne et s'unisse à moi par l'Incarnation, ce mystère où la Sagesse sortant de la bouche du Très-Haut, s'unit à notre chair? De là ces mots: Venez, Seigneur, et ne tardez plus. Que mon Bien-Aimé vienne en son jardin. Qu'il descende comme la pluie sur la toison, etc.), et il finit par l'Ascension: Fuyez, dit-il, mon Bien-Aimé, et soyez semblable au chevreuil et au faon des biches sur les montagnes des aromates. Le bienheureux Bernard, d'accord en cela avec la plupart des commentateurs, applique ces paroles à l'Ascension du Seigneur: Venez, fuyez; un mot se trouve au début, l'autre à la fin. (Saint Bernard, sermon IX sur le Psaume Qui habitat.) «L'âme,» dit saint Bernard, «ne veut pas comme saint Pierre habiter un tabernacle bâti sur une montagne terrestre;» elle veut [120] le Ciel. «Elle ne veut pas comme Marie-Madeleine toucher Notre-Seigueur sur la terre; au contraire, elle s'écrie: Fuyez.»

            Soyez semblable au chevreuil. Le chevreuil gagne le sommet des monts pour voir plus distinctement à ses pieds toutes choses et contempler de plus près le soleil. Fuyez, mais soyez semblable au chevreuil, qui regarde ce qu'il laisse derrière lui (envoyez-nous un autre Paraclet), et au faon de biche, lequel, bien qu'il monte en sautant, regarde cependant à chaque instant le fond de la vallée où il a laissé sa mère. Ainsi le Christ regarde en arrière la nature humaine, et lui envoie le don de l'Esprit-Saint. Raconter l'histoire de Joseph. Avant que Benjamin fût venu dans le royaume de son frère Joseph, celui-ci envoyait bien aux siens quelques provisions alimentaires; mais dès qu'il eut vu Benjamin, il envoya des chariots, des robes et tout ce qui était nécessaire. Ainsi le Père céleste, avant l'Ascension, envoya par ses Anges la Loi et tout ce qui était nécessaire, mais après avoir vu Benjamin il envoya tous les dons. Les Apôtres l'avaient vu monter au Ciel, mais ils demeurèrent timides jusqu'à la venue de l'Esprit-Saint; alors leur esprit se ranima, etc.

            Mais comment vint l'Esprit-Saint? En changeant non pas de lieu, mais d'opération. Je descendrai. Et elle descendit avec lui dans la fosse. Venez, Seigneur, et ne tardez plus. Vraiment ce lieu est saint, etc. [121]

            Qu'opéra-t-il de nouveau dans les Apôtres, car ceux-ci avaient déjà reçu l'Esprit-Saint: Recevez le Saint-Esprit. Ils avaient déjà reçu la juridiction, mais ils n'avaient pas été établis dans la possession actuelle; ils ouvrent la voile aux vents.

            Vous voudriez recevoir l'Esprit-Saint? Soyez assis; humblement, vases vides, nombreux; unanimement, amour du prochain; dans la prière. [122]

XCIV. Exorde d'un sermon pour le troisième Dimanche de l'Avent

 

15 décembre 1613

 

(INÉDIT)

 

AD DOMINICAM 3 ADVENTUS. ANNESSII, 1613

 

            Pro exordio dicatur Evangelium; cum autem perveneris ad locum: Non sum dignus corrigiam calceamenti solvere, affer interpretationem Cyrilli et Hylarii, folio sequenti, pagina versa, positam: Corrigiam calceamenti solvere est Evangelium Lege contentum enucleare. Et ego dico, ad istorum Patrum imitationem, corrigiam calceamenti solvere est sensum Scripturæ reserare. Ergo non sum dignus, nescio loqui; at tu, Mater Verbi, per quam nobis Mot apparuit, solve, vel solvere me fac, per tuas preces. Ave Maria.

……………………………………………………………………………………………….. [123]

 

 

 

POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT. ANNECY, 1613

 

            Comme exorde, faire le récit de l'Evangile; puis, arrivé au passage: Je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure, donner l'interprétation de saint Cyrille et de saint Hilaire, insérée au verso de la page suivante: Délier la courroie de la chaussure, c'est éclaircir le sens de l'Evangile contenu dans la Loi. Et moi, à l'imitation de ces Pères, je dis: Délier la courroie de la chaussure, c'est ouvrir le sens de l'Ecriture. Je ne suis donc pas digne, je ne sais parler; mais vous, Mère du Verbe, par laquelle le Verbe nous est apparu, par vos prières, ouvrez ce sens, ou faites-le moi ouvrir. Ave Maria.

……………………………………………………………………………………………….. [123]


 

XCV. Plan d'un sermon pour la veille de Noël

 

24 décembre 1613

 

(INÉDIT)

 

1613. IN VIGILIA NATIVITATIS AD SORORES VISITATIONIS

 

            Ecclesia omnia movet ut magnitudinem festi futuri prædicet; ut constat ex officio Adventus. Sed inter alia, in Missae introitu, utitur verbis paululum inflexis quibus Moyses nuntiavit mannæ pluviam Israelitis; Ex. 16. «Hodie,» inquit, «scietis quia veniet Dominus, et mane videbitis gloriam ejus.» Dic historiam usque ad verba Moysi (et nota obiter murmur filiorum Israel, qui libenter egressi sunt de Ægipto, ut plerique religiosi ex mundo, sed ubi tantisper sunt in deserto, id est, deseruntur, murmurant et recordantur carnium mundi): Vespere scietis quia Dominus eduxit vos de [124] terra Ægipti, et mane videbitis gloriam Domini. Ouibus verbis Ecclesia significat Christum similem esse mannæ; et ita est: 1°. quoad generationem, 2°. quoad saporem. Unde duo dicam: explicabo breviter misterium Incarnationis; secundo, quomodo gustare debeamus omnes hoc misterium, maxime autem vos Sorores.

 

            Quoad primum, tria tantum observo. 1°. Num. II, manna invisibiliter, nocte, descendebat de cælo. Sic Christus hodie nascetur nocte, invisibiliter, modo humanis mentibus incomprehensibili; totus e Cælo, etiam corpus, nam etsi materia ex Virgine sumpta est, tamen virtute Altissimi obumbrante et Spiritu Sancto superveniente formata est, et modo cælesti nascitur, eo modo quo lux de cælo, quo etiam Mot a Patre. Istudque misterium ut manna lumini solis liquefit, ignis obduratur: qui lumine cælesti vult penetrari, liquidus est, qui naturali curiositate, obdurescit.

            2°. Manna duplicem substantiam habere videbatur: panis oleati, qui e terra, et mellis, quod e cælo. Rorate cæli desuper et nubes pluant Justum; aperiatur terra et germinet Salvatorem. Et divinitate [125] et humanitate componitur, ita ut sit unus Christus, unum manna.

            3°. Manna venit in cibum hominum, ita Christus; unde, in Bethleem, Domo panis. Cibus est in Eucharistia, et cibus etiam mysticus cordis omnium hominum. Hinc Agnus, hinc mel.

 

            Verum ut ad secundum punctum veniamus: ista Christi nativitas, vel Christus puellulus, omnibus sapit qui velint: sapit pastoribus quia Pastor, sapit regibus quia Rex, sapit Symeoni quia Sacerdos, sapit Annæ prophetissæ quia Propheta, sapit sane omnibus. Verum maxime sapit devotis, religiosis, oblatis, quia ipse devotissimus, religiosus, oblatus. Unde tres potissimum religiosorum omnium Patres huic misterio devotissimi: Augustinus: «Hinc lactor ab ubere;» Bernardus, qui hanc Nativitatem vidit; Franciscus, ut omnes norunt.

            Videamus qualis sit iste religiosus Parvulus. 1°. De castitate nulla dubitatio: Pascitur inter lilia. Et vero, quamvis votum non fecerit, tamen oblationes fecit. [126]

            2°. De paupertate. En videte, quæso, quam pauper. Paupertas hospitii, paupertas vestium, paupertas cibi:

                        « Parvoque lacte pastus est, per quem nec ales esurit;»

nihil habet prorsus suum. Paupertas abjectissima. Urge diligentissime hanc meditationem: en nudus super terram natus est, ut ait Beata Brigitta.

            3°. De obedientia. En ipse habet usum rationis et sapientiam infinitam; tamen permittit se fasciis obstringi, circumligari, ponique ubicumque vult Mater Paterve. Posset ire ipse, manet in presepio.

            4. Silentium mirum; nam alii infantes non loquuntur quia nesciunt, iste quia non est tempus loquendi sed silentii.

            5. Abjectionis amor. Est inter animalia, et ipse suavissime excipit eorum flatum et etiam stupiditatem. Cæterum sunt animalia quæ amat; quia unum jugale est, aliud onerosum; unum laboriosum, aliud oneratum. Unde: Venite ad me qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos.

            6. Videte dulcedinem hujus Pueri: fortior Samsone, [127] tamen circumligari vult; manet suavissime cum insuavissimis animalibus; mihique videre videor benignis oculis Matrem charissimam, Patremque ac pastores aspicientem, bascia (sic) et suavia Matri dantem, juxta illud: Osculetur me, et lac capientem.

            7. Videte ejus mortificationem: quam frigide excipitur, in fceno jacet, etc., in antro, etc.

            8. Plangit: Similem omnibus vocem emisi plorans. Cur pueri plorent, naturalis ratio est quia primo sentiunt frigus, lumen, et inusitatum aerem post teporem et somnum in utero materno; mystica, quia veniunt morituri et multa passuri. Unde observatum est a plerisque, masculos a, fœminas he primas voces edere, quæ litteræ sunt initiales Adami et Evæ, per quos tot miseriis afficimur. Cæterum, apud Aristotelem, infantes ante 40 diem non rident; nisi portentose, ut Zoroaster, «infœlix homo qui nascens risit.» Sic religiosi incipiunt a purgatione per pœnitentiam; 40 autem numerus completæ pœnitentiæ est, quo exacto rident, id est, consolantur.

            Porro, in Canticis, Sponsus ait: Favus distillans labia tua. Ergo Sponsa apicula est quæ mel ore facit, [128] et ita est. Apes autem Oblatæ sunt. Egrediuntur et regrediuntur in domo Visitationis; nihil habent proprium. Sunt virgines, neque pariunt, sed advehunt fœtum e Cælo, ut nos per inspirationes multiplicamur. Obediunt, nam et canit una ut veniant; mane surgunt ad sonitum campanæ, omnes eadem hora; habent præfectas. En, ergo, carissimæ apes estis; sed habetisne regem? Ecce parvulum Dominum, verum apum Regem; illum circumstate, illum considerate, illum imitamini, et estote probatissimae Oblatæ. Videte Matrem, apiculum (sic), videte Patrem. Novum hunc Regem sequimini. Ipse sit manna vestrum, ipse mel vestrum, ipse Rex qui regat corda et corpora vestra donec inducat vos in alveria Cæli, in quibus aliud mel longe suavius efficiatis, etc.

            Posset fieri pulcherrima imago totius habitus religiosi in Parvulo; nam infantes vestiti sunt, ut monachi, caputio, etc., pedibus nudis, etc. [129]

 

 

 

1613. LA VEILLE DE NOEL, AUX SŒURS DE LA VISITATION

 

            L'Eglise met tout en œuvre pour annoncer la grandeur de la fête prochaine, comme on le voit par l'office de l'Avent, et surtout par l'introït de la Messe de ce jour. On y lit à peu près les paroles dont se servit Moïse pour annoncer aux Israélites la pluie de la manne: «Aujourd'hui,» dit-il, «vous saurez que le Seigneur viendra, et, au matin, vous verrez sa gloire.» Rappeler l'historique du fait jusqu'aux paroles de Moïse. (Signaler, en passant, les murmures des enfants d'Israël: librement sortis de l'Egypte, comme sortent du monde la plupart des religieux, ils sont à peine au désert, c'est-à-dire dans l'abandon, qu'ils murmurent et se ressouviennent des plaisirs du monde.) Ce soir vous saurez que le Seigneur vous a conduits hors de la terre d'Egypte, et, au [124] matin, vous verrez la gloire du Seigneur. L'Eglise, par ces paroles, nous donne à entendre que le Christ est semblable à la manne; et il en est ainsi au double point de vue, 1. de la génération, 2. de la saveur. Je traiterai donc ces deux points: j'exposerai brièvement le mystère de l'Incarnation; en second lieu, je dirai comment nous devons tous, mais vous surtout, mes Sœurs, goûter ce mystère.

            Quant au premier point, je remarque seulement trois choses, 1. La manne descendait du ciel d'une manière invisible, pendant la nuit. Ainsi le Christ naîtra aujourd'hui, pendant la nuit, d'une manière incompréhensible aux esprits humains; il descendra du Ciel tout entier, y compris son corps, car, s'il en a pris la substance dans le sein de la Vierge, c'est par la vertu du Très-Haut couvrant Marie de son ombre, et par l'intervention du Saint-Esprit que cette substance a été formée et qu'elle paraît au jour d'une manière toute céleste, comme la lumière vient du ciel et le Verbe émane du Père. La manne se liquéfiait aux rayons du soleil et se durcissait au feu. Il en est de même de ce mystère: il devient transparent pour qui veut l'approfondir à la lumière céleste, mais il est impénétrable à qui veut l'étudier avec une curiosité toute naturelle.

            2. La manne paraissait être composée d'une double substance: de pain fait a l'huile, produit de la terre, et de miel, produit du ciel. Cieux, versez votre rosée d'en-haut et que les nuées pleuvent le Juste; que la terre s'ouvre et qu'elle [125] germe le Sauveur. Composé de divinité et d'humanité, le Christ est un, comme une est la manne.

            3. La manne devait servir de nourriture aux hommes; ainsi en est-il du Christ, c'est pourquoi il naît à Bethléem, la Maison de pain. Il est nourriture dans l'Eucharistie, il est de plus l'aliment mystique des cœurs de tous les hommes. Aussi il est appelé Agneau, il est appelé miel.

            Mais venons-en au second point. La naissance de Jésus-Christ, ou plutôt le tout petit Jésus a une saveur spéciale pour tous ceux qui le veulent goûter: pour les pasteurs, parce qu'il est Pasteur; pour les rois, parce qu'il est Roi; pour Siméon, parce qu'il est Prêtre; pour Anne la prophétesse, parce qu'il est Prophète; pour tous enfin, mais surtout pour les âmes dévotes, pour les religieux et pour les oblats, parce que lui-même est excellemment dévot, religieux et oblat. Aussi, parmi les Pères les plus pieux, trois surtout professèrent envers ce mystère un culte spécial: saint Augustin: «Ce mystère est le sein qui m'allaite;» saint Bernard, qui dans une vision contempla cette naissance; saint François, comme chacun le sait.

            Voyons dans cet Enfant les qualités du religieux. 1. Sa chasteté est évidente: Il se repaît parmi les lis ; et bien qu'il n'ait pas émis de vœu, il a néanmoins fait ses oblations. [126]

            2. Sa pauvreté. Mais voyez, je vous prie, comme il est pauvre! Pauvreté d'asile, pauvreté de langes, pauvreté de nourriture:

                         « Celui qui donne aux oiseaux leur pâture, est nourri d'un peu de lait;»

il ne possède absolument rien. Pauvreté la plus abjecte. Presser avec beaucoup d'insistance cette considération: le voilà nu sur la terre à sa naissance, comme le raconte sainte Brigitte.

            3. Son obéissance. Il a l'usage de la raison et une sagesse infinie; il se laisse pourtant emmaillotter, entourer de bandes, poser partout où le veulent sa Mère ou son Père. Il pourrait marcher seul, et cependant il reste dans la crêche.

            4. Son silence est admirable; car les autres enfants se taisent parce qu'ils ne savent pas parler; lui, parce que ce n'est pas le temps de parler mais de se taire.

            5. Son amour de l'abjection. Placé entre des animaux, il accueille avec douceur leur haleine et même leur stupidité. Du reste, ce sont des animaux qu'il aime, parcs que l'un porte le joug, l'autre le fardeau; l'un est laborieux, l'autre chargé; et Jésus dira: Venez à moi vous tous qui travaillez et êtes chargés, et je vous soulagerai.

            6. Voyez la douceur de cet Enfant: plus fort que Samson, il veut pourtant [127] être emmaillotté; il se montre aimable au milieu d'animaux qui le sont si peu. Il me semble le voir fixer son doux regard sur sa très chère Mère, son Père, les bergers; donner à sa Mère de suaves baisers, selon qu'il est écrit: Qu'il me baise, et puis, se nourrir de son lait.

            7. Voyez sa mortification: il fait bien froid à sa naissance; il repose sur la paille, etc., dans une grotte, etc.

            8. Il pleure: J'ai élevé la voix en pleurant, comme tous les autres. La cause des pleurs des enfants, c'est premièrement une raison naturelle: ils sentent pour la première fois le froid, la lumière, un air nouveau après l'air tiède et le sommeil dans le sein maternel. La raison mystique est qu'ils naissent pour mourir et pour souffrir beaucoup; aussi plusieurs ont observé que le premier vagissement des garçons est a, celui des filles , premières lettres des noms d'Adam et d'Eve, auteurs de tant de misères qui nous accablent. Aussi bien, d'après Aristote, les enfants ne rient-ils avant le quarantième jour que par prodige, comme il est arrivé pour Zoroastre, «le malheureux qui rit en naissant.» De même les religieux commencent à se purifier par la pénitence; or, quarante est le nombre de la pénitence parfaite; cette durée atteinte, ils rient, c'est-à-dire sont consolés.

            Il y a plus. Dans les Cantiques, l'Epoux dit: Tes lèvres sont un rayon qui distille le miel. L'Epouse est donc une petite abeille qui de sa bouche fait le [128] miel, et il en est ainsi. Les Oblates sont des abeilles. Elles sortent de la maison de la Visitation et y rentrent; elles n'ont rien en propre. Elles sont vierges, n'enfantent point, mais tirent leur fruit du Ciel, comme nos vertus sont multipliées par notre correspondance aux inspirations divines. Elles obéissent, car à l'appel de l'une d'entre elles, toutes accourent; le matin, toutes à la même heure, se lèvent au son de la cloche ; elles ont des supérieures. Ainsi donc vous êtes des abeilles bien-aimées; mais, n'avez-vous pas un roi? Voici votre petit Souverain, vrai Roi des abeilles; entourez-le, considérez-le, imitez-le et soyez des Oblates de probation parfaite. Contemplez la Mère, contemplez le petit Roi des abeilles, contemplez le Père. Suivez ce nouveau Roi. Qu'il soit votre manne, votre miel, ce Roi, et qu'il régisse vos cœurs et vos corps jusqu'à ce rucher des cieux, où vous ferez un miel bien plus savoureux, etc.

            Cet Enfant pourrait nous offrir une très belle image de tout le vêtement religieux; les enfants, en effet, sont revêtus comme les moines, du capuchon, etc., ils ont les pieds nus, etc. [129]

XCVI. Plan d'un sermon pour la fête de saint Joseph

 

19 mars 1614

 

(INÉDIT)

 

1614. AD FESTUM SANCTI JOSEPH

 

Dilectus Deo et hominibus, cujus

memoria in benedictione est.

[ECCLI., XI.V, 1.]

 

            Ecce inter multa Beati Joseph memoria occurrit; vestra enim devotio et mea. Sed antequam ordiamur, prions la plus aymable, la plus aymee et la plus aymante Espouse, affin que nous puissions parler du plus aymable, du plus ayme et du plus aymant Espoux.

 

            Tria nomina dantur Sancto Joseph in Evangelio; nam vocatur, Vir Mariæ, Pater Christi a Beata Virgine: Pater tuus et ego dolentes quærebamus te, [130] et Vir justus. Secundum oritur a primo, et tertium a primo et secundo nomine.

            De primo. Faciamus ei adjutorium simile sibi. Ut matrimonium honoraret, et Virginis pudicitiæ sive pudori consuleret, dum de maritata nascitur, et virginitatem sub foliis matrimonii absconderet vera alioqui uxor conjugata. Ut palma fœmina sub palmas umbra; ut ovum struthionis. Similis (sic) Plutarchi: Ut speculum gemmis ornatum si non faciem representet, etc. Sol et luna. Vide locum de uxore. Qui ministrant elephantis non lucidam vestem accipiunt; nam igne provocatur, ut taurus purpura. Tygrides tympana fugiunt. Mulier abstineat ab iis quæ maritum lacessere possunt.

            2. Pater Christi. Habeo, inquit, Balam servam meam; ingredere ad eam ut pariat super genua mea, et habeam ex illa filios. Christus ex sanguine Joseph. Hoc nunc os ex ossibus meis et caro de carne mea. I. Cor. 7: Mulier sui corporis potestatem non habet, sed vir; similiter autem et vir sui corporis [131] potestatem non habet, sed mulier. Ephes. 5: Qui suam uxorem diligit, seipsum diligit; nemo enim carnem suam odio habuit. Relinquet homo patrem suum et matrem suam et adhærebit uxori suæ, et erunt duo in carne una. Pater tuus et ego dolentes quærebamus. Filius naturali jure, non naturali via.

            [3.] Justus; id est, omni virtutum genere illustris, ut antiquus Joseph. Hinc vidit lunam et solem et stellas eum adorantes: universam multitudinem hominum (numero denario comprehensam) et angelicam naturam unius nomine, et Beatam Virginem et Dominum. Ut Joseph vestitus veste polymita. Justus ut palma florebit.

            Una virtus fuit summus Dei timor, quod videre est Mat. 1. Adultera et adulter Mosis lege morti adjudicabantur, Deut. 22, Levit. 20, non lapidationis. Et quidem sponsa quae virum decepisset, vel quæ sponsa in civitate ab alio quam a viro corrupta esset. At lapidabatur ex traditione, sic enim senes. Quare? Quia peccatum est in rempublicam, et Deus peccata carnis, etc. Gen. 12: Pharao cum omni curia castigatur, teste [132] Josepho, pestilentia, et c. 20. in Geraris, Abimelech. Thales Milesius juveni sciscitanti an abjuraturus esset adulterium: «Non est,» inquit, «perjurium adulterio pejus.» [133]

 

 

 

1614. POUR LA FETE DE SAINT JOSEPH

 

            Il fut chéri de Dieu et des hommes, et sa mémoire est en bénédiction.

 

            Voici que parmi bien des sujets se présente la mémoire du bienheureux Joseph, objet de dévotion pour vous et pour moi. Mais avant de commencer...

            Trois noms sont donnés à saint Joseph dans l'Evangile, car il est appelé Epoux de Marie, Père du Christ (c'est le nom que lui donne la Bienheureuse Vierge: Votre père et moi vous cherchions tout affligés), et homme [130] juste. Le deuxième nom vient du premier; le troisième, du premier et du deuxième.

            Premier nom. Faisons-lui une aide semblable à lui. Pour honorer le mariage et sauvegarder la modestie ou la pudeur de la Vierge en naissant d'une personne mariée, et pour que, tout en étant vraiment épouse, elle cachât sa virginité sous les feuilles du mariage. Elle était comme une palme femelle à l'ombre d'un palmier ; comme l'œuf de l'autruche. Comparaison de Plutarque: Comme un miroir orné de pierreries, s'il ne réfléchit le visage, etc. Soleil et lune. Voir le passage touchant l'épouse. Ceux qui soignent les éléphants ne mettent jamais d'habits de couleur éclatante, parce que ces animaux sont excités par le feu, comme le taureau par la pourpre. Les cymbales mettent les tigres en fuite. Que l'épouse s'abstienne de ce qui peut irriter l'époux.

            2. Père du Christ. J'ai, dit Rachel, ma servante Bala; prends-la, afin qu'elle enfante sur mes genoux, et que j'aie par elle des fils. Le Christ était de la même lignée que saint Joseph. Voila maintenant Vos de mes os et la chair de [131] ma chair. La femme n'a pas puissance sur son corps, c'est le mari; de même, le mari n'a pas puissance sur son corps, c'est la femme. Celui qui aime sa femme s'aime lui-meme; car personne n'a jamais haï sa chair. L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera, à sa femme, et ils seront deux dans une même chair. Voire père et moi vous cherchions tout affligés. Fils de droit naturel, non par voie naturelle.

            [3.] Juste, c'est-à-dire, orné de toutes sortes de vertus, comme l'ancien Joseph. Aussi vit-il la lune, le soleil et les étoiles l'adorer: l'immense multitude des hommes (comprise dans le nombre dix) et la nature angélique sous un seul nom, la très sainte Vierge et le Seigneur. Comme Joseph, il fut revêtu d'une robe de couleurs variées. Le juste fleurira comme le palmier.

            Sa vertu dominante fut une crainte souveraine de Dieu, comme on peut le voir en saint Matthieu, chap. I. L'homme et la femme adultères étaient, par la loi de Moïse, condamnés à mourir, non explicitement à être lapidés. Il en était ainsi pour l'épouse qui avait trompé son mari, ou celle qui, dans la ville, s'était laissée surprendre par un autre que par son mari. Mais c'est par tradition qu'on les lapidait, comme on fit les vieillards. Pourquoi? Parce que c'était un péché contre la chose publique; et Dieu punit les péchés de la chair, etc. Pharaon et toute sa cour sont punis par la peste, au témoignage de [132] Josèphe, et en Gérara, Abimélech. Un jeune homme accusé d'adultère, demanda à Thalès de Milet s'il lui était permis de se disculper au moyen d'un parjure: «Il n'y a pas,» répondit le philosophe, «de parjure pire que l'adultère.» [133]

XCVII. Plan d'un sermon pour la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge

 

15 août 1614

 

(INÉDIT)

 

ANNESSII, AD FESTUM ASSUMPTIONIS. 1614

 

Quæ est ista quæ ascendit de deserto,

deliciis affluens, innixa super Dilectiim suum?

[CANT., ult., 5.]

 

            Que de raysons d'allegresse entre les Juifs quand la belle et chaste Hester fut receue au palais, a la chambre, au lit et en la societé royale d'Assuerus; quell'asseurance pour leur nation, quel honneur, et quelz contentemens. Et tout cela fut monstré premierement en songe au bon Mardochee, car il vid parvus fons, qui crevit in fluvium, et in lucem solemque conversus est, et in aquas plurimas redundavit; Esth. X. v. 6.

            Ce fut un songe, mais, o mon cher peuple, ce n'est pas en songe, c'est en la sainte veille de ma consideration, [134] que contemplant l'histoire de la vie et de l'Assomption de la Vierge, video fontem parvum, Virginem humilem, qui crevit in fluvium (Fluminis impetus lætificat civitatem Dei; Aquæ multæ; Si quis sitit, veniat ad me et bibat), in fluvium passionum et afflictionum, et in lucem solemque conversus est, hodie in Assumptione: Quæ est ista quæ progreditur quasi aurora consurgens, pulcra ut luna, electa ut sol? Et quod mirabilius, lux ista et iste sol in aquas plurimas redundavit; quia ubi Virgo ascendit, plurimæ per ejus præces gratiæ nobis factæ sunt.

            Et hæc quidem hujus sermonis materia. Ex se et sui opinione fons parvus: Ecce ancilla Domini; Quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Vidi fontem parvum. Crevit tamen in fluvium; quia gratiam gratiarum protulit «Maria, Mater gratiæ.» Mox in lucem et solem conversus est, hodie quando lucidissima in Cælo constituta: Fulgebunt justi sicut sol. Deinde versa est in aquas plurimas.

 

            Sed primo dicam de ejus transitu, sive dormitione, sive Assumptione. Antidicomarianitæ et Nestorius Beatam Virginem carne corruptam nihilque in ea peculiare [135] asserebant; Collyridiani autem eam ut deam immortalem faciebant. Ecclesia medio et regio itinere, nec immortalem fuisse sed mortuam, et tamen peculiare privilegium habuisse confitetur. Cynamologue entre les hæretiques, c'est la tressainte Vierge.

            Ergo mortua est, sed quo tempore non constat omnino ut nec certo de Christi morte. Probabile 63, probabilius 72, ob ea quæ dicit Dionysius, De Div. Nom., c. 3; nam ipse conversus est anno tantum 52 Domini, ut notat Baronius. Sed quo genere mortis? Amore sane mortuam esse nemo negaverit; nobilissima vita vixit et nobilissima morte mortua est. Adjuro vos per capreas cervosque camporum, si inveneritis Dilectum meum renunciate ei quia amore langueo. Sed sine dolore, ut Moyses, Deut. 34: Non caligavit oculus ejus, nec dentes ejus moti sunt. Hebraice: Non fugit vigor ejus; Septuaginta: Non sunt corrupta labia ejus; Chaldaica: Nec mutatus est splendor vultus ejus. Gebennenses ita etiam interpretantur. Vide Sa. Sic Paulus hæremita primus, Sanctus Homo Bonus, Beda, Basilius, Eusebia hospita.

            Corpus ejus in Cælo etiam: Non dabis Sanctum [136] tuum videre corruptionem. Halcions. David: Quid dabitur? Divitiis multis ditabit eum rex, et filiam suam dabit ei et domum patris ejus faciet absque tributo in Israel; I. Reg. 17. Et quidem statutum est hominibus semel mori. Nusquam reliquias. Cygoignes rendent la pareille. Aymant tire le fer, sil n'est point rouille, sil n'est point gras, sil ny a point de diamant entre deux, sil n'est frotte d'aux.

            Sic Joseph va au devant de son pere, le va prendre, envoye ses chariotz. O Dieu quelle gloire. Pharao: Pater tuus et fratres tui venerunt ad te. Terra Ægipti in conspectu tuo est, in optimo loco fac eos habitare; Gen. 47. Gen. 45. v. 15: Tollite patrem vestrum et venite ad me, et ego dabo vobis omnia bona Ægipti et medullam terræ comedatis. (Jacob videns filium: Jam lætus moriar, quia vidi faciem tuam et superstitem te relinquo.) Et osculatus est. Osculetur me osculo oris sui. Et il est vray. Dedit illis omnia bona Ægipti. Quæ devotio.

            Tunc, supra quam dici potest gaudens, fecit primo ut Jacob qui benedixit regi: Et benedicto rege, etc.; c. 47, v. 10; ut Hester, videns regem Assuerum. Nam [137] sentiens omnes Angelos cantantes Ave Maria (nam cum Gabriele facta est multitudo militiæ cælestis), ipsa: Ecce, inquit, ancilla Domini, et adoravit Regem Filium, ut Jacob (nam somnia Joseph hoc asseverant: Vidi solem adorare me). Nec hæc de Angelis fictio est, nam et Christus animam Lazari comitatam Angelis ait; quanto magis anima corpusque Virginis? Deinde cantavit suum Magnificat.

            Et ita constituta est ad intercedendum pro nobis, ut omnes omnino Sancti aiunt (non sane eo modo que Filius, qui intercedit seipso); et multa in ejus favorem conceduntur, ut testatur universa Ecclesia. Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Si «Angeli gaudent,» cur non ista Regina Angelorum? Hinc tot templa.

            Sed videte, Christiani, quam fœlices simus dummodo vere devoti. Sed dicunt quidam: Ipsa est refugium peccatorum. Ita est; sed refugium est ad eam confugientium, non confugit autem peccator obstinatus et pervicax. Amabat Sara Ismaelem ut suum donec vidit ludentem, id est, irridentem, ait Sa, cum filio suo; tunc noluit eum amplius amare. Vous vous moques de Nostre [138] Seigneur, et de son nom et de ses volontes; et puis vous dites que vous estes devotz de la Mere. O Dieu, Agrippine! «Occidat dum imperet.» Nostre Dame voudroit mourir pour la gloire de son Filz. Vide insigne exemplum Anatolii, apud Evagrium, I. 5. c. XVII et XVIII, de imagine eum aversante.

            O, est Mater misericordiæ, id est, Salvatoris, a quo misericordia omnis promanat. Et ita est, sed audite eam: Et misericordia, inquit, ejus a progenie in progenies. Ita sane, sed vide quid sequatur: Timentibus eum. Historia pulcra de Musa puella, apud Gregorium. Vide Canis., fol. 103. [139]

 

 

 

ANNECY, POUR LA FETE DE L'ASSOMPTION. 1614

 

            Quelle est celle-ci qui monte du désert comblée de délices, appuyée sur son Bien-Aimé?

 

            Une petite source qui devint grande comme un fleuve, puis se changea en lumière et en soleil, et se répandit en eaux très abondantes. [134]

            Je vois une petite source, une humble Vierge, qui devint grande comme un fleuve (Le fleuve, par son impétuosité, réjouit la cité de Dieu. Les grandes eaux. Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive), comme un fleuve de souffrances et d'afflictions, puis se changea en lumière et en soleil au jour de son Assomption: Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore lorsqu'elle se lève, belle comme la lune, choisie comme le soleil? Et, chose plus admirable encore, cette lumière, ce soleil se répandit en eaux très abondantes; c'est-à-dire que depuis son Assomption, la Vierge, par ses prières, nous a obtenu de très nombreuses grâces.

            Et c'est précisément le sujet de ce sermon. Par elle-même et dans sa pensée, la Sainte Vierge était une petite source: Voici la servante du Seigneur. Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante. J'ai vu une petite source. Elle devint pourtant grande comme un fleuve, car «Marie, Mère de grâce,» produisit la grâce des grâces. Bientôt ce fleuve se changea en lumière et en soleil; ce fut en ce jour où toute resplendissante, elle fut introuisée dans le Ciel: Les justes brilleront comme le soleil. Puis elle laissa déborder des eaux très abondantes.

            Mais je parlerai d'abord de son trépas, c'est-à-dire de son sommeil ou Assomption. Les Antidicomarianites et Nestorius affirmaient que la chair de la Bienheureuse Vierge avait subi la décomposition du tombeau, et qu'elle [135] n'avait été l'objet d'aucun privilège; les Collydiriens au contraire, faisaient de Marie une déesse immortelle. L'Eglise tient le chemin royal du milieu; elle professe que Marie ne fut pas immortelle, mais qu'elle mourut, et pourtant qu'elle jouit d'un privilège spécial...

            Elle est donc morte; mais à quel âge? on ne le sait pas au juste; il en est ainsi de la mort du Christ. Probablement à 63 ans, plus probablement à 72, d'après ce que dit saint Denis, Des Noms Divins, chap. III; car saint Denis ne se convertit qu'en l'an 52 du Seigneur, comme le remarque Baronius. Mais de quel genre de mort mourut la Sainte Vierge? Personne ne saurait nier qu'elle ne mourût d'amour. Elle vécut de la plus noble vie, et mourut de la plus noble mort. Je vous adjure par les chevreuils et les cerfs des champs, si vous trouvez mon Bien-Aimé, annoncez-lui que je languis d'amour. Mais elle mourut sans douleur, comme Moïse: Son œil ne se voila pas et ses dents ne furent pas ébranlées. En hébreu: Sa force ne le quitta pas. D'après les Septante: Ses lèvres ne se décomposèrent pas. En chaldaïque: La splendeur de son visage ne fut point obscurcie. Les pasteurs de Genève l'interprètent de la même manière. Voir Sa. De même, saint Paul premier ermite, saint Hommebon, saint Bède, saint Basile, sainte Eusèbe l'étrangère.

            Son corps est aussi au Ciel: Vous ne permettrez point que votre Saint voie [136] la corruption... David: Que lui sera-t-il donné? Le roi Venrichira de grandes richesses, il lui donnera sa fille et il rendra la maison de son père exempte du tribut en Israël. Et il est vrai qu'il est statué que les hommes doivent mourir une fois. Nulle part on ne trouve de ses reliques. [Reprendre au texte, lig. 6.]

Pharaon: Ton père et tes frères sont venus a toi; la terre d'Egypte est devant toi, fais-les habiter dans la meilleure région. Amenez votre père et venez a moi, et je vous donnerai tous les biens de l'Egypte, afin que vous vous nourrissiez de la moëlle de la terre. (Jacob voyant son fils: Maintenant je mourrai joyeux, puisque j'ai vu ta face et que je te laisse vivant après moi.) Et il baisa, etc. Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche... Il leur donna tous les biens de l'Egypte. Quel dévoûment!

            Alors, se réjouissant au delà de tout ce qui se peut dire, [la Sainte Vierge] fit en premier lieu comme Jacob qui bénit le roi: Et ayant béni le roi, etc.; comme Esther voyant le roi Assuérus. Entendant tous les Anges chanter: [137] Je vous salue, Marie (car une multitude de la milice céleste se joignit a Gabriel), Voici, dit-elle, la servante du Seigneur, et elle adora le Roi son Fils comme Jacob (les songes de Joseph en font foi: J'ai vu le soleil m'adorer). Et ce cortège d'Anges n'est point une fiction, car le Christ dit lui-même que l'âme de Lazare fut escortée par les Anges; à combien plus forte raison l'âme et le corps de la Vierge! Ensuite elle chanta son Magnificat.

            C'est ainsi qu'elle fut établie pour intercéder en notre faveur; tous les Saints, sans exception, l'affirment (non pas assurément qu'elle demande de la même manière que son Fils qui intercède par lui-même); et beaucoup de grâces nous sont accordées par sa faveur, comme l'atteste l'Eglise entière. Et voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse. Si «les Anges se réjouissent,» pourquoi cette Reine des Anges ne se réjouirait-elle pas? Voilà pourquoi tant d'églises en son honneur.

            Voyez donc, Chrétiens, combien nous sommes heureux si nous lui sommes vraiment dévots. Quelques-uns disent: Elle est le refuge des pécheurs. C'est la vérité; mais elle est refuge pour ceux qui se réfugient en elle; or le pécheur obstiné, opiniâtre, ne cherche pas ce refuge. Sara aima Ismaël comme son enfant, jusqu'au jour où elle le vit jouer avec son fils, c'est-à-dire, d'après Sa, se moquer de lui; dès lors, elle ne voulut plus l'aimer. [Reprendre au texte, lig. 22.] [138]

             «Qu'il me tue, pourvu qu'il règne!» Notre-Dame voudrait mourir pour la gloire de son Fils. Voir dans Evagrius, liv. V, chap. XVII, XVIII, le remarquable exemple d'Anatole à qui la statue [de la Sainte Vierge] tourna le dos.

            Oh, elle est Mère de la miséricorde, c'est-à-dire du Sauveur, dont émane toute miséricorde. C'est vrai; mais écoutez-la: Sa miséricorde, dit-elle, s'étend de génération en génération. Assurément, mais voyez ce qui suit: Sur ceux qui le craignent. Belle histoire de la jeune Musa, dans saint Grégoire. Voir Canisius, folio 103. [139]

XCVIII. Plan d'un sermon pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge

 

8 septembre 1614

 

(INÉDIT)

 

1614

 

Liber generationis Jesu Christi. Jacob

autem genuit Joseph, virum Mariæ,

de qua natus est Jesus, qui vocatur

Christus.

[MATT., 1, I, 16.]

 

            1. De miseria nativitatis hominum: Homo natus de muliere, brevi vivens tempore, etc.; c. 14, Job. Et ipse: Pereat, inquit, dies in qua natus sum, et nox in qua dictum est: Natus est homo; c. 3. v. 2. Maledixit, id est, malum diem et miserum esse dixit; Sa. Gregorius: Job peccatoris sustinere personam. Vide Lyranum. Exprimit miserias hujus vitæ ex hipothesi; ut Christus: Si possibile est, transeat a me calix iste. Eccls. 7: Melior est dies mortis die nativitatis. Solum planctum novit homo natura; ex Plinio. Primam similem omnibus vocem emisi plorans. Ante 40 diem [140] non solent ridere, et tunc solum incipiunt matrem cognoscere:

                        «Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem.»

Augustinus ait pueros flendo prophetas esse suæ futuræ miseriæ.

            Pharao, Gen. 40, fecit convivium in die nativitatis, et Herodes; uterque crudelitate convivium maculans: nam ille magistrum pistorum suspendi jussit, gratia data magistro pincernarum; hic caput amputat Joannis Baptistæ. Hierem. 20: Hieremias maudit le jour de sa naissance, id est, il dit mal, il blasme le jour de sa naissance pour la multitude des maux quil devoit voir.

            Primus et solus omnium mortalium, statim natus risit Zoroaster, insignis magus et magiæ author, apud Plinium. Risusque ille fuit portentum, et presagium malitiæ hominis et infortunii; ipse enim Zoroastres Bactrianorum rex post multas clades a rege Assiriorum, Nino, fractus, captus et occisus est, quamvis ab astrologia judiciaria et magia præsidium habere se existimaret. At Antipater, poeta Sidonius, apud eumdem Plinium, quotannis anniversario nativitatis die febre laborabat, et tandem eodem die, eadem febre, mortuus est. Sic nos [141] sane febrem quotannis habere deberemus in die nativitatis: febrem timoris, ne hæc vita sit nobis præludium ad mortem æternam ob abusum dierum. Itaque Christiani non nativitatis, sed Baptismi diem celebrabant, teste Gregorio Nazianzeno. Et Sanctus Ludovicus se Ludovicum de Poissy appellabat. Hinc nomen imponitur in Baptismate, quia antea homo nihil et nullus est.

            2. At tres nativitates celebrat: Christi, cujus nativitas æterna gaudium est æternum Beatorum, et temporalis, gaudium hominum et Angelorum; Joannis Baptistæ, et Beatæ Virginis Mariæ. Et quidem Hierem. I, videtur sanctificatus in utero; quod Lyranus credit at Sa de sanctificatione prædestinationis intelligit, ut conforme sit Paulo: Qui segregavit me ab utero matris in Evangelium, etc. De Jacob autem vide Pereira, ad illa verba: Major serviet minori. Sane, infirma est collectio ex verbis Pauli: Jacob dilexi, etc.; nam ibi Jacob patronimice, et etiam de temporali benedictione, non de spiritali. Verum de Beatissima Deipara æquum omnino est ita sentire; itaque sentit Ecclesia, ex regula Augustini: Quicquid de aliis Sanctis honorificum, etc. Sed et ista est ratio. [142]

            Liber generationis Jesus Christi. Ista est scala Jacob inversa; nam ille vidit Deum in summitate scalæ, nos in imo. Et vide: Ab initio et ante secula creata sum (id est, destinata ad assumendam humanam naturam creatam: Dominus possedit me in initio viarum suarum); et apres plusieurs paroles: Et sic in Syon firmata sum, et in civitate sancta similiter requievi, et in Hierusalem potestas mea; et in parte Dei mei hæreditas illius, et in plenitudine sanctorum detentio mea. Ut apes, etc. Et Canticorum, 3. v. 9, [10]: Ferculum fecit sibi rex Salomon de lignis Libani; columnas ejus fecit argenteas, reclinatorium ejus aureum, ascensum ejus purpureum. Media, id est, partes medias reclinatorii (est enim plurale substantivum), charitate, seipso, qui amor et deliciæ Sponsæ et animarum, constravit propter filias Hierusalem.

            Ferculum a ferendo; thronus portabilis, currus triumphalis et pompaticus. Hic est Beata Virgo. Unde, ipsemet, Cant. 1: Equitatui meo assimilavi te, amica mea, in curribus Pharaonis. Qui ascendes super equos tuos, et quadrigæ tuæ salvatio; Abacuch, 3, [v.] 8. Or, en ce char triomphal, 1. tout estoit de cedre, de cypres, de sethim, du Liban, car il ny avoit guere [143] d'autres bois, bois aromatiques et incorruptibles. Tout est saint en cette Vierge, et ni a rien que d'admirable, de pur, de net, de blanc, que Libanus, id est, albus; et etiam tota hæc genealogia in populo honorificato. Verum occurrit, quia Thamar, Raab, Ruth, Betsabee; sed expresse nominantur istæ quatuor, ait Hieronymus, Chrisostomus et alii, ut Christus, «qui venerat pro peccatoribus,» etc. Quæ pœnitentes fuerunt. At, e contra, Ochoziam, Joam et Amasiam prætermisit, quia idolatræ et impœnitentes et pessime mortui.

            Notate, charissimi peccatores, si pœnitentes estis, quamvis peccatores fueritis, poteritis esse filii Virginis quæ et matres etiam habuit peccatrices. At si impœnites, eritis quidem filii nativitate spiritali, sed in libro filiorum non eritis in Cælo, non eritis de libro generationis ejus.

            2. Reclinatorium aureum, id est, corpus, ob miram et amore dignam virginitatem. Ascensum, animam, purpureum, omnino tinctam amore Crucis; nam purpura ex sanguine piscis, at Christus piscis, icthus, est. Columnæ argenteæ, dona Spiritu Sancti, quibus corpus adhæret animæ non per affectus naturales. In medio Christus, quia et anima et corpore portat: Beatus venter; quinimo, beati qui audiunt. [144]

            Vel, si velis, currus iste Beata Virgo, ex lignis candoris et incorruptionis; virginitas insignis, virginitas virginitatum. Reclinatorium inferius, humilitas amans: Quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Ascensus, le dais, le ciel, le pavillon: amor humilis, totus tinctus sanguine Christi. Columnæ argenteæ, septem dona Spiritus Sancti: sapientiæ, qua gustavit divina et nausea sprevit terrena; intellectus, quo penetravit misteria; consilium (sic), quo omnes vias perfectionis secuta; fortitudinis, in tantis adversitatibus; scientiæ, ad directionem cum proximo de virtutibus omnibus moralibus; pietatis, ob ingentem amorem in Filium, et timoris et reverentiæ Domini. Ista autem omnia dona innituntur humilitati amanti et aureæ (aurum omnibus metallis ponderosius et prætiosius), et illis sustinetur vera charitas, purpura regis vestisque nuptialis. In medio ergo vide Christum, amorem nostrum. Sic dignum ferculum deferendo Salomoni. Sed qui sunt equi, trahentes hunc currum? Quatuor genera hominum: Patriarchæ, ut Abraham, Isaac, Jacob, Juda; Reges, Prophetæ et Sacerdotes. Quis auriga? Heu! noster Joseph.

            Sed jam recens natam honoremus ejusque cunas [145] celebremus, ut solent celebrari cunæ magnorum, quæ consperguntur floribus pour souhait et presage d'une vie fleurissante. Sic et nos qui præsumus afferamus rosas, quæ simbolum sunt authoritatis et dignitatis, quæ nunquam est sine spinis curarum; et rosse quae nihil aliud sunt quam multitudo foliorum rubicundorum quæ cordis figuram habent, in uno caule unitorum eique affixorum, et præterea quæ excelsiores sunt cæteris floribus, mere floribus, quæ in arbusto crescunt; car qui void une rose, void une multitude de feuilles rouges atachees a un bouton, toutes faites en guise de cœur, et cet un arbre fait pour la plus belle fleur, la ou les autres simples fleurs croissent en des tiges herbeux. Et representent le prince ou prælat, auquel tous les coeurs doivent estre attaches; et un prince ou prælat sans les coeurs des sujetz n'est autre chose qu'un bouton de rose despouille, qui n'a rien qu'un peu d'odeur de dignite, mais non pas la grace. Virginitati et castitati dicatte mentes, afferte lilia; maritati, afferte le souci; viduæ, afferte violas. Et omnes simul, afferte ou des oeilletz, ou plus tost des oeillades interieures de la meditation; afferte des pensees sans nombre, et voyes que cette fille est nee pour nostre bonheur, voyes qu'ell'est l'amante de nos coeurs, nostre chere Dame, les delices des Anges, et la dilection du Pere, du Filz et du Saint Esprit. [146]

 

 

 

            Livre de la généalogie de Jésus-Christ. Et Jacob engendra Joseph, époux de Marie, de laquelle est né Jésus qui est appelé Christ.

 

            1. Misère de la naissance des hommes: L'homme né de la femme vit peu de temps, etc.; Job, chap. XIV. Job dit de lui-même chap. III: Périssent le jour où je suis né et la nuit où l'on a dit: Un homme est né. Il maudit, c'est-à-dire il affirme que ce jour a été mauvais et plein de misères; Sa. Selon saint Grégoire, Job personnifie le pécheur. Voir Lyranus. Il exprime les misères de cette vie d'après une certaine hypothèse; comme le Christ: S'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi... Le jour de la mort est préférable au jour de la naissance. L'homme, d'après Pline, ne connaît par nature que les gémissements. J'ai élevé [140] d'abord la voix en pleurant comme tous les autres. Les enfants ne rient pas avant quarante jours, et alors seulement ils commencent à connaître leur mère:

                        «Par un sourire, petit enfant, commence à connaître ta mère.»

Saint Augustin dit que par leurs pleurs, les enfants prophétisent les misères qui les attendent.

            Pharaon fit un festin à l'anniversaire de sa naissance, Hérode aussi; tous deux avilissent ce festin par leur cruauté: car celui-là ordonne de pendre le grand pannetier après avoir grâcié le grand échanson; celui-ci fait décapiter Jean-Baptiste. [Reprendre au texte, lig. 10.]

            Le premier et le seul de tous les mortels qui se prit à rire aussitôt après sa naissance fut, dit Pline, Zoroastre, grand magicien et auteur de la magie. Ce rire fut un prodige qui présageait la méchanceté de cet homme et ses infortunes. En effet, Zoroastre, roi des Bactriens, après avoir été plusieurs fois vaincu par Ninus, roi d'Assyrie, fut détrôné, fait captif et tué, malgré la protection qu'il attendait de l'astrologie judiciaire et de la magie. Par contre, Antipater, poète de Sidon, nous dit le même Pline, était atteint de la fièvre à chaque anniversaire de sa naissance, et il mourut enfin le même jour, de la même fièvre. Nous devrions certes, nous aussi, avoir la fièvre à chaque anniversaire de notre naissance: une fièvre causée par la crainte que notre [141] vie ne soit le prélude de la mort éternelle, à cause de l'abus que nous avons fait du temps. Aussi, les Chrétiens, au témoignage de saint Grégoire de Nazianze, célébraient-ils non pas le jour de leur naissance, mais celui de leur Baptême. Et saint Louis se nommait Louis de Poissy. On impose un nom au Baptême, parce qu'auparavant l'homme n'est rien; il est comme s'il n'était pas.

            2. Toutefois, l'Eglise célèbre trois naissances: celle du Christ, dont la naissance éternelle est l'éternelle joie des Bienheureux et dont la naissance temporelle fait la joie des hommes et des Anges; celle de Jean-Baptiste et celle de la Bienheureuse Vierge Marie. En vérité, Jérémie (chap. I) paraît avoir été sanctifié dans le sein de sa mère; Lyranus le croit, mais Sa explique ce passage de la sanctification de prédestination, l'assimilant ainsi à saint Paul, lequel parlant de lui-même: [Celui] qui m'a choisi, dit-il, dès le sein de ma mère, pour prêcher l'Evangile, etc. Quant à Jacob, voir Péreira sur ces mots: L'aîné servira le plus jeune. Assurément, la conclusion tirée de ces mots de saint Paul: J'ai aimé Jacob, etc., est faible, car ici Jacob est un nom patronymique, et de plus il est question de la bénédiction temporelle, non de la spirituelle. Néanmoins, dès qu'il s'agit de la Bienheureuse Mère de Dieu, il est absolument juste de croire à ce privilège. Aussi l'Eglise y croit-elle, d'après la règle posée par saint Augustin: Quelque privilège qui puisse s'attribuer aux autres Saints, etc. Et c'est la vraie raison [de célébrer sa Nativité.] [142]

            Livre de la généalogie de Jésus-Christ. Cette généalogie est l'inverse de l'échelle de Jacob. Jacob vit Dieu au sommet de l'échelle, nous le voyons au bas. Et remarquez: Dès le commencement et avant les siècles je fus créée (c'est-à-dire de stinée à prendre la naturehumaine créée: Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies); et après plusieurs paroles: Et j'ai été ainsi affermie dans Sion, et je me suis reposée dans la cité sainte, et ma puissance a été dans Jérusalem, part de l'héritage de mon Dieu, et j'ai demeuré dans l'assemblée des Saints. Comme les abeilles, etc. Et ce passage du Cantique! Le roi Salomon s'est fait une litière en bois du Liban; il en a fait les colonnes d'argent, le dossier d'or, le dôme de pourpre. Le milieu, c'est-à-dire les parties moyennes du dossier (car c'est un substantif pluriel), il l'a orné de la charité, de lui-même, qui est l'amour et les délices de l'Epouse et des âmes, et cela en faveur des filles de Jérusalem.

            Le mot ferculum (litière) employé par Salomon, vient de ferendo, porter; trône portatif, char pompeux et triomphal. C'est la Bienheureuse Vierge. Aussi dit-il lui-même: Je t'ai comparée, mon amie, à l'attelage des chars de Pharaon. Vous qui montez sur vos chevaux et trouvez votre salut dans vos quadriges. [Reprendre au texte, lig. 22.] [143]

            Liban, c'est-à-dire blanc; et même tonte cette généalogie est dans un peuple honorable. Toutefois, voici quatre femmes qui font exception: Thamar, Raab, Ruth, Bethsabée; mais ces femmes sont expressément nommées, disent saint Jérôme, saint Chrysostôme et autres, parce que le Christ, «qui venait pour les pécheurs,» etc. Elles furent pénitentes. Au contraire, Ochosias, Joas, Amasias sont omis, parce que, idolâtres et impénitents, ils firent la pire des morts.

            Remarquez, très chers pécheurs, que si vous vous repentez, quels qu'aient été vos péchés, vous pourrez être fils de la Vierge qui dans sa généalogie compte plusieurs pécheresses. Mais si vous ne vous repentez, vous serez à la vérité ses fils par votre naissance spirituelle, mais vous ne figurerez pas dans sa postérité pour le Ciel, vous ne serez pas dans le livre de sa génération.

            2. Le dossier d'or, c'est-à-dire son corps, à cause de son admirable virginité si digne d'amour. Le dôme, son âme, de pourpre, toute teinte de l'amour de la Croix; la pourpre, en effet, est le sang du poisson; or, le Christ est appelé poisson, icthus. Les colonnes d'argent, les dons de l'Esprit-Saint par lesquels le corps adhère à son âme sans affections naturelles. Au milieu est le Christ, parce qu'elle le porte en corps et en âme: Heureuses les entrailles [qui vous ont porté]; heureux plutôt ceux qui entendent, [etc.] [144]

            Ou, si vous voulez, ce char est la Bienheureuse Vierge; il est composé du bois de la blancheur et de l'incorruptibilité; virginité insigne, virginité des virginités. La partie inférieure du dossier, humilité amoureuse: Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante. Le dôme, le dais, le ciel, le pavillon: amour humble, tout teint du sang du Christ. Les colonnes d'argent, les sept dons du Saint-Esprit: la sagesse, qui lui a fait savourer les choses divines et rejeter avec dégoût les biens de la terre; l'intelligence, par laquelle elle a pénétré les mystères; le conseil, grâce auquel elle a suivi toutes les voies de la perfection; la force, au milieu de tant d'adversités; la science, pour régler ses rapports avec le prochain dans la pratique de toutes les vertus morales; la piété, dans son immense amour envers son Fils, et la crainte et révérence pour le Seigneur. Tous ces dons reposent sur l'or d'une humilité amoureuse (l'or est de tous les métaux le plus lourd et le plus précieux), et sur eux est fondée la vraie charité, pourpre du roi et robe nuptiale. Au milieu, considérez donc le Christ, notre amour. Ainsi cette litière est digne de porter Salomon. Mais quels sont les chevaux qui traînent ce char? Ils sont représentés par quatre classes d'hommes: les Patriarches, comme Abraham, Isaac, Jacob, Juda; les Rois, les Prophètes et les Prêtres. Quel est le conducteur? Eh! n'est-ce pas notre Joseph?

            Mais maintenant honorons donc Celle qui vient de naître, fêtons son [145] berceau, comme on a coutume de fêter le berceau des grands ; on le couvre de fleurs pour souhait et présage d'une vie florissante. De même, nous qui sommes préposés à la direction d'autrui, apportons les roses, symbole de l'autorité et de la dignité, roses qui ne sont jamais sans les épines des sollicitudes. Les roses ne sont autre chose qu'une multitude de feuilles rouges ayant la forme de cœur, unies et fixées sur une même tige; elles surpassent, de plus, toutes les autres fleurs, les simples fleurs qui croissent sur des arbustes. [Reprendre au texte, lig. 9.]

            Ames vouées à la virginité et à la chasteté, apportez les lis; mariés, apportez le souci; veuves, apportez les violettes. Et tous ensemble apportez... [Reprendre au texte, lig. 20.] [146]

XCIX. Plan d'un sermon pour le vingt-et-unième Dimanche après la Pentecôte

 

12 octobre 1614

 

(INÉDIT)

 

DOMINICA 21 POST PENTECOSTEN. ANNESSII, 1614

 

            Decem millia c'est six millions, car le talent valoit six cens escus. Centum denarios c'est environ huit escus; car le denier valoit environ cinq solz françois. Quamvis Calepinus et Maldonatus tantisper invicem dissentiant, et alii etiam authores aliter; parum tamen refert, quia utraque summa pro maxima et minima posita est. Suffocabat, strangulabat.

 

            In proemio dicatur summa Evangelii. Pro principio [147] concionis: Multifariam multisque modis, commendavit nobis Deus charitatem proximi. Matth. 22: Secundum autem simile huic. Homo creatus est ad similitudinem Dei; eo ergo dilectio proximi tendit ut diligamus in eo similitudinem et imaginem Dei, ut ista scilicet imago et similitudo magis ac magis perficiatur. Plinius, [Histor. natur.,] 1. 7. c. 12, des deux jumeaux. Toranius, maquignon d'esclaves, deux beaux a Marc Anthoine, deux cens sesterces, a 25 escus le sesterce; c'estoyent cinq mille escus; et la replique de Toranius. C'est merveilles de treuver deux amours jumeaux, l'un regardant le Createur et l'autre la creature. Ceux ci sont jumeaux, mais toutefois naïs bien loin l'un de l'autre quant a leur object immediat. II faut user de cet'histoire tout au rebours: car ces deux commandemens sont jumeaux, ce n'est pas merveille silz se ressemblent. L'amour de Dieu engendre l'amour du prochain. Et comme quand les vignes fleurissent les vins fleurissent, ainsy par tout ou l'amour de Dieu fleurit, l'amour du prochain fleurit.

            Mandatum appellavit novum, Jo. 13: Mandatum novum; novum, id est, egregium, redintegratum (novi cæli, nova terra); nam exemplo suo Christus mirum in modum urget. Renovabitur ut aquilæ juventus tua. Sic suum; ut Jacob filium suum Joseph appellabat, id est, Tunica filii mei est. Suum, quem [148] ipse omnium maxime servaverat. Plerique omnes interpretes novum et suum, quia in antiqua Lege dictum: Diliges proximum tuum sicut teipsum, at in nova: sicut dilexi vos, id est, supra seipsum. Toletus, suum, id est, amorem precipuum inter Christianos qua Christiani. Ut Joseph dilexit sufficienter alios fratres, at Benjamin unice; sic debemus omnes diligere, at Christianos unice, sicut Christus eos diligit.

            Quia ergo tanti momenti est haec dilectio, nihil non facit ut eam urgeat et omnia impedimenta tollat. Maximum autem impedimentum est injuria et odium. Ergo istud omnino aufert parabola nostri Evangelii.

            1a consideratio. Debitores sumus Deo in immensum, propter peccata nostra. Quid habes quod non accepisti? Sed jam, quid habes quod non furatus es? Debemus Christo gratias et Sacramenta et sanguinem ejus, quæ omnia nobis donavit.

            2. Quam parvæ sunt injuriae acceptæ! sunt ut plurimum somnia. «Nemo læditur nisi a seipso.» Si equus te calce percussisset, rationabiliterne ageres volens eum resarcire? Tamen in effectu magis nocuit quam qui alapam impegit. Item utiles sunt inimici, ut ficus [149] agrestes et cultæ, ut allia rosis. Nealces, avec son cheval, ou Protogenes avec son chien de Datylus.

            3. Boni illi sunt servi qui indignati sunt. Solon. Quam minimum injuriarum existeret «si qui injuriam non patiuntur seque doleant atque ii qui affecti sunt.» At hi: «O homo, ne Crœsum occidas.» [150]

 

 

 

XXIE DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE. ANNECY, 1614

 

            Dix mille talents... Cent deniers.

            Bien que Calepin et Maldonat diffèrent un peu d'opinion entre eux et avec d'autres auteurs, il n'importe, car la différence des deux expressions ne porte que sur le plus et sur le moins. Il l'étouffait, il l'étranglait.

            En premier lieu, rappeler sommairement l'Evangile. Et au commencement [147] du sermon: Dieu nous a recommandé en diverses occasions et en bien des manières la charité envers le prochain. Et le second est semblable à celui-ci. L'homme a été créé à la ressemblance de Dieu; donc, l'amour du prochain tend à ce que nous aimions en lui la ressemblance et l'image de Dieu, c'est-à-dire [que nous contribuions] à rendre cette image et cette ressemblance de plus en plus parfaite. [Reprendre au texte, lig. 7.]

            Jésus l'appela commandement nouveau, en saint Jean, XIII: Un commandement nouveau; nouveau, c'est-à-dire excellent, réintégré (nouveaux cieux, nouvelle terre); car par son exemple, le Christ nous presse d'une manière admirable. Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle. C'est ainsi qu'il le nomme sien, comme Jacob appelait Joseph son fils, disant: C'est la tunique de mon fils. Le sien, celui que lui-même avait souverainement observé. La [148] plupart des interprètes unissent les deux mots nouveau et sien, parce qu'il était dit dans l'ancienne Loi: Tu aimeras ton prochain comme toi-même, mais dans la nouvelle: comme je vous ai aimés, c'est-à-dire, plus que soi-même. Tolet entend par le mot sien cet amour spécial qui doit régner entre les Chrétiens en tant que Chrétiens. Comme Joseph, tout en aimant suffisamment ses autres frères, était particulièrement uni à Benjamin, de même, nous devons aimer tout le monde, mais être spécialement unis aux Chrétiens, les aimant comme Jésus les aime.

            Cet amour donc ayant tant de prix, Jésus ne néglige rien pour l'enflammer en nous et détruire ce qui s'y oppose. Or, le principal obstacle c'est le défaut d'équité et la haine. Voilà pourquoi la parabole de notre Evangile l'anéantit.

            1re considération. A cause de nos péchés, notre dette envers Dieu est immense. Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Il y a plus: Qu'as-tu que tu n'aies dérobé? Nous sommes redevables au Christ de ses grâces, de ses Sacrements, de son sang: il nous a tout donné.

            2. Combien les injustices qui nous sont faites sont légères! Ce sont des songes pour la plupart. «On n'est blessé que par soi-même.» Si un cheval t'avait donné un coup de pied, serais-tu raisonnable de vouloir le lui rendre? En fait, cependant, il t'a plus nui que l'homme qui t'aurait donné un soufflet. [149] D'ailleurs, les ennemis sont utiles, comme les figuiers sauvages le sont aux figuiers cultivés, et les aulx aux roses...

            3. Les bons serviteurs sont ceux qui s'indignèrent. Solon. Comme les injures seraient bientôt réduites à rien «si ceux qu'elles ne touchent pas s'en plaignaient autant que ceux à qui elles s'attaquent!» Et ceux-ci: «O homme, ne tue pas Crésus.» [150]

C. Plan d'un sermon pour le vingt-troisième Dimanche après la Pentecôte

 

26 octobre 1614

 

(INÉDIT)

 

DOMINICA 23. 1614, ANNESSII

DE TALITHA ARCHISINAGOGI, ET MULIERE HEMORROISSA

VEL SANGUINIS PROFLUVIO LABORANTE

 

            [1.] Princeps sinagogæ, archisinagogus, Jaïrus nomine. Cum loqueretur Dominus ad turbas in Capharnaum, post conversionem Mathei et responsa facta Judeis, Scribis et Pharisæis; et videtur prope domum, vel ante domum Mathasi iste archisinagogus venisse. O quam bona est afflictio; nam ad Christum adducit et divites et pauperes. Si sinagogus iste filiam sanam habuisset, erat autem unica (Luc. 8), il l'eut dorlotte avec sa mere. Ad Dominum cum tribularer clamavi. [151] Cum invocarem; in tribulatione. Tribulationem et dolorem inveni. Plinius, de ingratitudine Arabum: «Cælo gratias habent de iis quæ ab inferis accipiunt.» Vide hoc Manuscript., fol. 324. Sic homines bona accepta a Deo hominibus, naturæ, referunt, neque de acceptis gratias agunt; unde affliguntur. Les Æthiopiens allument le fœu a leurs rubis par le vinaigre.

            2. Et deprecabatur eum multum. Clamavi in toto corde. Desiderium, expositio desiderii, petitio. L'orayson impetre. Idem ac si dicas: labor ditat, ergo labor unius horæ; panis satiat, ergo mica; vinum lætificat, ergo gutta. Scio esse des quint'essences desquelles fort peu fait grand'operation; sed raræ, sed prætiosæ: sic latro in cruce. Sed via ordinaria multum orandum est. Item orandum vere; nam nostræ orationes sunt potius imagines orationis, quam orationes. Si quis princeps dicat: Qui mihi adamantem attulerit, etc., et tu pro adamante cristallum simplex, non dabit pecuniam princeps, nam neque tu adamantem.

            3. Quoniam, Domine, filia mea in extremis est; [152] Marcus. Lucas: Moriebatur. Matheus: Modo defuncta est. Concordantia triplex. Chrisostom.: Auget miseriam et exaggerat; «qui enim petunt solent amplificare,» qui dolent dolor verba ministrat. Amor proprius auget bona pariter et mala; comme le vin auget humores et inclinationes, acuit venenum cicutæ, acuit et vim nutriendi cibo. Augs: Intentionem exprimit Matheus; nam mortuam existimans quam morientem reliquerat, ejus vitam poscit. Voluntas in verbis semper inspicienda. Tertio, utrumque dixisse: primo quod ponit Marcus, tandem, post nuncium acceptum, quod dicit Mathæus.

            4. Et surgens sequebatur eum. Quelle douce condescendence! L'aymant tire le fer, mais l'amphitane, alias chrisocolla, tire l'or; [Plin., Hist. nat.,] 1. 37. c. X. post nu. 30. Christus trahit corda hominum benefactis, homines cor Christi humilitate. Remigius: Inferiores pariter et superiores docentur; illi quidem obedire, isti juvare animo prompto.

            5. Et ecce mulier quæ fluxum sanguinis patiebatur annis duodecim, omnem substantiam erogaverat, et fuerat, ait Marcus, multa perpessa a compluribus medicis. [153]

 

 

 

XXIIIE DIMANCHE, 1614, ANNECY

SUR TALITHE FILLE DU CHEF DE LA SYNAGOGUE, ET SUR L'HEMORROISSE OU LA FEMME QUI SOUFFRAIT DU FLUX DE SANG

 

            [1.] Un prince, un chef de la synagogue, nommé Jaïre. Le Seigneur parlait alors aux foules. Ce fut à Capharnaüm, après la conversion de Matthieu et la réponse faite aux Juifs, aux Scribes et aux Pharisiens; et il paraît qu'il était tout proche ou même devant la maison de Matthieu, quand ce chef de la synagogue se présenta. Oh! que l'affliction est bonne, puisqu'elle amène au Christ et les riches et les pauvres! Si ce chef de la synagogue avait eu sa fille en pleine santé, comme c'était sa fille unique, il l'eût dorlottée avec sa mère. J'ai crié vers le Seigneur lorsque j'étais dtms la tribulation. Lorsque je [151] l'invoquais; dans la tribulation. J'ai trouvé la tribulation et la douleur. Pline dit au sujet de l'ingratitude des Arabes: «Ils rendent grâces au Ciel de ce qu'ils reçoivent des enfers.» Voir ce Manuscrit, folio 324. Ainsi les hommes attribuent aux hommes et à la nature les biens qu'ils ont reçus de Dieu, et ils ne lui en rendent pas grâces; voilà pourquoi ils sont affligés...

            2. Et il le suppliait instamment. J'ai crié de tout mon cœur. Mais il faut distinguer le désir, l'expression du désir, la demande. L'oraison impètre. C'est comme si l'on disait: le travail enrichit, donc une heure de travail enrichit; le pain rassasie, donc une miette rassasie; le vin réjouit, donc une goutte réjouit. Il y a, je sais, des quintessences desquelles fort peu fait grande opération; mais elles sont rares, précieuses: c'est le cas du larron en croix. Mais d'ordinaire, il faut beaucoup prier. Il faut de plus véritablement prier; or, nos prières sont plutôt des simulacres de prières que des prières. Un prince te dit: Celui qui m'apportera un diamant, etc., et pour un diamant tu lui apportes du simple cristal; le prince ne donnera pas d'argent, parce que tu n'as pas apporté de diamant.

            3. Parce que, Seigneur, ma fille est a l'extrémité; saint Marc. Saint Luc: [152] Se mourait. Saint Matthieu: Vient de mourir. Trois explications pour la concordance de ces textes. Saint Chrysostôme: Il augmente, exagère son malheur; «car celui qui demande a coutume d'amplifier,» et la douleur suggère des paroles à ceux qui souffrent. L'amour-propre augmente également les biens et les maux, comme le vin fortifie les humeurs et les inclinations, rend plus violent le poison de la ciguë et donne aux mets plus de force nutritive. Saint Augustin: Saint Matthieu exprime le sentiment du père, qui croyant morte celle qu'il avait laissée mourante, demande qu'elle vive. Il faut toujours dans les paroles, regarder l'intention. En troisième lieu, ce chef a pu employer ces deux expressions: d'abord, celle que donne saint Marc; ensuite, après l'arrivée d'un nouveau messager, celle de saint Matthieu.

            4. Et se levant, il le suivit. Quelle douce condescendance! L'aimant tire le fer, mais l'amphitane ou chrysocolle tire l'or. Le Christ attire le cœur des hommes par des bienfaits, les hommes attirent le cœur du Christ par l'humilité. Remi: Inférieurs et supérieurs reçoivent une égale leçon: ceux-là d'obéissance, ceux-ci de promptitude à porter secours.

            5. Et voilà qu'une femme affligée depuis douze ans d'un flux de sang, laquelle avait dépensé tout son bien et, ajoute saint Marc, avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins. [153]

CI. Sommaire d'un panégyrique de saint Charles Borromée

 

4 novembre 1614

 

(INÉDIT)

 

Qui fecerit et docuerit, hic magnus

vocabitur. Vos estis lux mundi.

MAT. 5, vv. 19, 14.

 

Præparatio

 

            Greg. Naz., Apol. 1: «A juvenili ætate accersitus fui, atque in Deum a vulva projectus sum, maternaque pollicitatione in munus oblatus.»

            Lumen supra cubiculum duobus horis ante ejus nativitatem, vel circa ejus nativitatem; signum eum debere esse lumen in nocte: Lux in tenebris lucet. Mundus mille erroribus in fide et in moribus. Candelabra. [154] Lucerna maris. Nemo accendit lucernam et ponit sub modio, sed super candelabrum. Simon: Quasi stella matutina in medio nebulæ; sacerdos magnus, qui in vita sua suffulsit domum, et in diebus suis corroboravit templum; quasi stella matutina in medio nebulæ, et quasi luna plena in diebus suis, quasi sol refulgens, sic ille effulsit in templo Dei.

 

            Episcopus ergo factus est et Cardinalis. Policleti norma. Concilium Tridentinum. Greg. Naz.: Episcopi sunt pictores virtutis, rei præclarissimæ.

            Expressit omnes. Abneget semetipsum; ut statuarius. De abdicatione rerum temporalium, voluptatum omnium, perfectissima. Beati pauperes. Amas me? ter. Dictum Panigarolæ. Halietus.

            Parallellum Caroli magni qui armis et Caroli parvi qui sanctitate.

            Deinde, addidit omnia charitatis opera. Nazianzenus et Chrisostomus: ut rex omni virtutum splendore ornatus. Unde Pontifex antiquus tam ornatus procedebat; et campanulæ granatis. In pectore: Filioli, quos iterum parturio. [155]

            Tum vero, zelus erga proximum: in peste, in omnibus. Libentissime impendam et superimpendar ipse pro animabus vestris.

            Martirium continuum prælatorum, unde Anselmus, choüettes: Factus sum sicut nicticorax. [156]

 

 

 

            Celui qui fera, et enseignera, celui-là sera appelé grand. Vous êtes la lumière du monde.

 

Préparation

 

            Saint Grégoire de Nazianze, 1re Apologie: «J'ai été appelé dès ma jeunesse, et dès le sein de ma mèr a j'ai été jeté en Dieu, et je lui ai été offert d'après la promesse maternelle.»

            Une lumière brilla pendant deux heures au-dessus de la chambre, avant sa naissance, ou vers le moment de sa naissance, comme signe qu'il devait être une lumière dans la nuit: La lumière luit dans les ténèbres. Il y avait dans le monde mille erreurs touchant la foi et les mœurs. Chandeliers. Lanterne de [154] mer. Personne n'allume une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier. Simon: Comme l'étoile du matin au milieu d'un nuage; grand prêtre, qui dans sa vie a soutenu la maison du Seigneur, et en ses jours a fortifié le temple; comme l'étoile du matin au milieu d'un nuage, et comme la lune luit dans les jours de son plein, comme le soleil resplendissant, ainsi a-t-il brillé dans le temple de Dieu.

            Il fut donc fait Evêque et Cardinal. Règle de Polyclète. Concile de Trente. Saint Grégoire de Nazianze: Les évêques sont les peintres de la vertu, sujet le plus excellent de tous.

            Il reproduisit toutes les vertus. Qu'il se renonce lui-même; comme le sculpteur. Signaler son très parfait renoncement aux biens temporels, à tous les plaisirs. Bienheureux les pauvres. M'aimes-tu? trois fois. Mot de Panigarole. Haliétus.

            Parallèle entre Charlemagne, grand par les armes, et Charles le petit, grand par la sainteté.

            Puis il ajouta toutes les oeuvres de charité. Saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostôme: orné comme le roi de toute la splendeur des vertus. C'est pourquoi l'ancien Pontife revêtait de si magnifiques ornements; les clochettes jointes aux grenades. Dans sa poitrine: Mes petits enfants, pour qui je ressens de nouveau les douleurs de l'enfantement. [155]

            Enfin, vrai zèle pour le prochain: dans la peste, en toutes choses. Je sacrifierai tout volontiers et je me sacrifierai encore moi-même pour vos âmes.

            Martyre continuel des prélats; c'est pourquoi Anselme les appelle chouettes: J'ai été fait comme le hibou. [156]

CII. Plan d'un sermon pour la veille de Noël

 

24 décembre 1614

 

(INÉDIT)

 

AD VIGILIAM NATIVITATIS DOMINI. 1614.

PRO CONGREGATIONE OBLATARUM VISITATIONIS

 

            Ecclesia hanc vigiliam expectationem Redemptionis et Redemptoris in oratione appellat: «Deus qui nos annua Redemptionis nostræ expectatione lætificas.» Et jam Jacob prædixerat eum fore expectationem gentium. Et Ecclesia: «O Emmanuel, Rex et Legifer noster, expectatio gentium et desideratus earum, veni ad salvandum, Domine Deus noster.» Et Jacob iterum, in benedictione Joseph: Benedictiones patris tui confortatæ sunt benedictionibus patrum suorum, donec veniret desiderium collium æternorum; id est, [157] Christus. Colles æterni, Patres: eminentiores cæteris; ego, Angelos.

            Et sane expectatus fuit ab omnibus, quia omnibus salus futurus, sed præcipue in hac nocte. Mira expectatio Virginis: Quis mihi det te fratrem meum, sugentem ubera matris meæ, ut inveniam te foris et deosculer te, et jam me nemo despiciat? At ergo præparate corda vestra Domino.

            1°. Intellectum, fide de duobus misteriis. Primum erit de Incarnatione. Christus duplicem habet naturam, divinam et humanam, illa incarnata hæc assumpta, nec una alteram extinguit aut consumit. Ut rubus ardens et virens. Butyrum et mel comedet. Butyrum e terra et ipsius pinguedo; mel e cælo et ipsius chrisma. Figurata Incarnatio tot Angelis humana specie apparentibus; ut solent principes colore sponsæ vestire adolescentes. Secundum, virginitatis. Multa hactenus dixi, nunc etiam occurrit mirra; nam et Maria mirra maris est dicta, at mirra virginaliter parit stactem et mirram primam (Fasciculus mirrhæ Dilectus meus mihi), nam intacta, sudoris instar, stillat. Sic lilium guttas grani [158] instar fundit. Apes e cælo advehunt in favum semen, sic Spiritus Sanctus in uterum Virginis. Mira fœcunditas quæ virginitate non impeditur, mira virginitas quae fœcunditate sanctificatur.

            2°. Voluntatem, piis affectibus. Quatuor genera hominum. Aliqui nolunt venire: hæretici et infideles. Alii veniunt aliud agentes, ut mali Christiani. Alii veniunt adoraturi, ut pastores et reges. Alii mansuri, ut Beata Virgo et Sanctus Joseph. Alii ut Angeli, qui discedentes non discedunt, ut optimi prædicatores; adoraverunt enim Dominum juxta illud: Et adorent eum omnes Angeli ejus, et etiam aliis prædicaturi discedunt, non tamen discedentes, quia spiritu remanent.

 

            Religio oblatorum est hæc spelunca Bethleem; unde et Beata Paula ibi religionem fundavit. Mira religio! Notate quædam stupenda:

            Votum castitatis: Pascitur inter lilia. Indica mihi ubi pascas, ubi cubes in meridie. Vide Gisler. Et quidem magna fœcunditas: Venter tuus sicut acervus tritici, vallatus liliis. Adducentur Regi virgines post eam. [159]

            Obedientia mira. Superior in ista religione omnium minimus, Joseph; Angelus tamen eum semper alloquitur. Et iste superior parum quidem providus videri potuit, qui imparato hospitio venit; tamen, nemo murmurat.

            Paupertas maxima. Nemo quicquam habet meum et tuum; si enim habere debuissent, maxime Maria Puerum, nam erat vere suus Filius: non habet tamen, sed, Pater tuus, inquit, et ego dolentes qucerebamus te.

            Porro, ex tribus membris religionis constabat: superiore, Josepho; professa, Maria; et Christo novitio. Infirmaria, Maria, quæ collyria lactea infirmo Puellulo dabat. Non habebant portinariam, quia sub dio. Incipiebat antiphonas lugubres sed amabiles Puer. Maria plurima obibat officia: infirmaria, vestiaria, etc.

            Sed videamus novitium istum, quam pulcre abnegat seipsum. Nam est sicut rex apum, nascitur alatus; et tamen mira simplicitate observat silentium. Recte loqui norat, et infans est, etc. [160]

 

 

 

VEILLE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR, 1614

POUR LA CONGRÉGATION DES OBLATES DE LA VISITATION

 

            L'Eglise, dans l'oraison de la Messe d'aujourd'hui, appelle cette vigile l'attente de la Rédemption et du Rédempteur: «O Dieu, qui nous réjouissez chaque année par l'attente de notre Rédemption.» Et Jacob avait déjà prédit que le Sauveur serait l'attente des nations. De même l'Eglise: «O Emmanuel, notre Roi et Législateur, attente des nations et objet de leur désir, venez nous sauver, Seigneur notre Dieu.» De même encore Jacob, en bénissant Joseph: Les bénédictions de ton père ont été corroborées par celles de ses ancêtres, jusqu'à ce que vienne le désir des collines éternelles, c'est-à-dire le Christ. [157] Collines éternelles; les Pères l'entendent des Patriarches et autres Saints éminents entre tous; à mon avis, ce sont les Anges.

            Certes, comme il devait être le salut de tous, il fut attendu par tous, surtout en cette nuit. Admirable attente de la Vierge: Qui me donnera de vous avoir pour frère, allaité au sein de ma mère, afin que je vous trouve dehors, que je vous baise et. que désormais personne ne me méprise? Préparez donc vos cœurs au Seigneur.

            1. Votre intelligence, par la foi à un double mystère. Le premier est celui de l'Incarnation. Le Christ a deux natures, la divine et l'humaine; celle-là incarnée, celle-ci empruntée, sans que l'une éclipse ni détruise l'autre. Tel le buisson ardent et verdoyant. Il mangera le beurre et le miel. Le beurre vient de la terre, il en est la graisse; le miel, du ciel dont il est le chrême. L'Incarnation figurée par un si grand nombre d'Anges apparaissant sous la forme humaine; ainsi les princes ont coutume d'habiller leurs pages aux couleurs de leur épouse. Le second [mystère], celui de la virginité. Nous avons déjà donné bien des comparaisons à ce sujet, et voici maintenant celle de la myrrhe; car Marie est aussi appelée myrrhe de la mer; or la myrrhe produit comme virginalement sa goutte et la myrrhe première (Mon Bien-Aimé m'est un faisceau de myrrhe), car elle perle comme une sueur sans qu'on la presse. Tel le lis qui verse des gouttes semblables à une graine. Les abeilles apportent du ciel un [158] germe dans le rayon, ainsi l'Esprit-Saint dans le sein de la Vierge. Admirable fécondité qui n'empêche pas la virginité, admirable virginité que sanctifie la fécondité.

            2. Votre volonté, par de pieux sentiments. Quatre sortes d'hommes. Les uns ne veulent pas venir, ce sont les hérétiques et les infidèles. D'autres viennent en cherchant autre chose, ce sont les mauvais Chrétiens. D'autres pour adorer, comme les bergers et les rois. D'autres pour demeurer, comme la Bienheureuse Vierge et saint Joseph. D'autres enfin comme les Anges, qui en s'éloignant ne s'éloignent pas, semblables aux excellents prédicateurs (car ils adorèrent le Seigneur, d'après ce qui est dit: Et que tous ses Anges l'adorent), ils se retirent pour prêcher à d'autres, sans toutefois s'éloigner parce qu'ils demeurent en esprit.

            Cette grotte de Bethléem est une congrégation d'oblats; c'est pourquoi la bienheureuse Paule y fonda aussi une communauté. Admirable forme de vie religieuse! Remarquez-en certaines merveilles:

            Le vœu de chasteté: Il se repaît parmi les lis. Indiquez-moi où vous paissez, où vous reposez au midi. Voir Ghisler. Et en même temps une grande fécondité: Ton sein est comme un monceau de froment entouré de lis. Des vierges seront, à sa suite, amenées au Roi. [159]

            Obéissance admirable. Le supérieur dans cette religion est le moindre de tous, Joseph ; l'Ange cependant s'adresse toujours à lui. Et ce supérieur pouvait paraître bien peu prévoyant, puisqu'il vient à un asile qui n'était pas préparé; néanmoins, personne ne murmure.

            Extrême pauvreté. Personne n'a du mien ou du tien; si quelqu'un avait dû posséder quelque chose en propre, c'eût été sans doute Marie qui aurait eu le divin Enfant, car il était son vrai Fils : cependant, elle ne se le réserve pas; mais: Votre père, dit-elle, et moi vous cherchions tout affligés.

            Dans cette famille sont représentées les trois classes de personnes qui composent une communauté: supérieur, Joseph; professe, Marie; novice, le Christ. Infirmière, Marie, qui donnait son lait au faible petit Enfant, comme un tonique bienfaisant. Il n'y avait pas de portière parce qu'on était en plein air. L'Enfant entonnait de tristes mais aimables antiennes. Marie exerçait quantité d'offices: infirmière, robière, etc.

            Mais voyons ce novice, comme il se renonce bien lui-même. Il est comme le roi des abeilles, il naît avec des ailes; et pourtant il observe le silence dans une merveilleuse simplicité. Il savait bien parler, et le voilà enfant, etc. [160]

CIII. Sommaire d'un sermon pour la fête de l'Epiphanie

 

6 janvier 1615

 

(INÉDIT)

 

AD FESTUM EPIPHANIÆ, AD SORORES VISITATIONIS, 1615

DE ADORATIONE CHRISTI A MAGIS

 

            De Christi adoratione antiquissimum omnium est præceptum, et de non adorando Christo antiquissima hæresis. Jam Angelis factum fuit hoc præceptum, et ex illius prævaricatione ceciderunt. Unde et Angeli omnium primi Christum adorant: Gloria in altissimis Deo. Unde in scala Jacob Angeli ascendunt et descendunt, unde Angeli in corporibus humanis libentissime cum hominibus conversati sunt. Deinde a pastoribus tanquam a fidelibus. Nunc autem a paganis. Hujus autem ultimæ adorationis Ecclesia festum celeberrimum agit, quia in primitiis Gentilium ipsa adoravit Dominum. [161]

            Hæc autem celeberrima est adoratio. Quod a Magis: Non inveni tantam fidem in Israel. Virga Aaronis florida est, et magnum miraculum videre e silice aquam. Antracite en l'eau et en l'huile.

            Quod in infantia, mirum. Joseph infans vidit se adorandum, et propterea persecutionem passus. Rex noster Rex est in nativitate, Rex in morte et moriens. David, Abiathar, Bersellii. Rubis d'Ægipte. Sed quomodo cognoverunt et non dubitarunt? Apelles, Parrasius.

            Quod e longinquo. Regina Saba. Attractio amoris.

            Quod munera prætiosa, aurum, thus, mirram. Ut in concione 1609; paulo tamen aliter, ut nova videri possit conceptio. Specie tua et pulchritudine tua.

            Adhortatio de stella vocante et gratia excitante; ad illa verba: Oleum effusum; ideo adolescentulæ; indica mihi. [162]

 

 

 

POUR LA FÊTE DE L'ÉPIPHANIE, AUX SŒURS DE LA VISITATION, 1615

DE L'ADORATION DU CHRIST PAR LES MAGES

 

            Adorer le Christ est le plus ancien des preceptes; lui refuser l'adoration, la plus ancienne des heresies. Deja ce commandement avait ete fait aux Auges, sa violation fut cause de leur chute. Aussi, les Anges sont-ils les premiers à adorer le Christ: Gloire à Dieu au plus haut des cieux. De meme, les Anges montent et descendent l'echelle de Jacob, et, sous une fonne humaine, ils conversent tres volontiers avec les hommes. Eusuite, viennent les bergers qui representent les fidMes. Maintenant, c'est le tour des payens. L'Eglise celebre cette derniere adoration par une fête des plus solennelles, car dans ces premices de la gentilite, elle-même adora le Seigneur. [161]

            Cette adoration a une immense portée. Ce sont des Mages qui adorent: Je n'ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. La verge d'Aaron a fleuri, et c'est un grand miracle que de voir l'eau jaillir du rocher...

            C'est merveilleux qu'ils adorent un enfant. Joseph enfant prévit qu'on devait l'adorer, il en souffrit persécution. Notre Roi est roi dans sa naissance, roi dans sa mort et en mourant. David, Abiathar, Berzellaï... Mais comment le reconnurent-ils sans hésitation? Apelles, Parrhasius.

            Ils viennent de loin. La reine de Saba. Attraction de l'amour.

            Ils offrent des dons précieux, de l'or, de l'encens, de la myrrhe. Voir le sermon de 1609; y faire cependant quelques légers changements, afin que l'idée puisse paraître nouvelle. Dans votre dignité et votre beauté.

            Exhortation au sujet de l'étoile qui appelle et de la grâce prévenante; à ces mots: Une huile répandue; aussi les jeunes filles; montrez-moi, etc. [162]

CIV. Fragment d'un sermon pour le vendredi après le deuxième Dimanche de Carême

 

20 mars 1615

 

(INEDIT)

 

3 DIE VENERIS, IN VIGILIA DIEI SANCTI BENEDICTI ET BEATI AMEDEI

 

            Alexander Magnus pœnitentiam egit quia occiderat Clytum, sed potius debuerat pœnitere de ebrietate. Verum abscondit idolum sub veste, nam tous les courtisans l'excuserent. Vide Calepinum in verbo Clytus.

            Duplex conditio veræ attritionis: 1a, ut se extendat ad omnia peccata. Toute la ville de Hierico est anatheme; Achan retient une langue ou verge d'or, une [163] manteline babilonienne et deux cens sicles. Sic plerumque nostri confitentes et pœnitentes: habent linguam auream, sed retinent suam serpentinam; habent vestem babilonicam qua operiunt malos habitus suos; habent ducentos siclos argenti, sed retinent alienos. Unde hæc lingua, vestis et summa non offertur Domino, sed aufertur; ham deberent hæc omnino inservire veritati, non vanitati.

            Effunde sicut aquam cor tuum ante conspectum Domini: reliqui humores relinquunt vel saporem vel pinguedinem, etc.; at aqua effusa nihil. Jacob, Gen. 35: Auferte deos alienos de medio vestri, et mundamini ac mutate vestimenta vestra. Dederuntque ei omnes deos alienos quos habebant, et inaures; at ille infodit ea subter therebinthum. Gen. 27: Cumque ejulatu magno fleret, motus Isaac, etc. Non invenit pœnitentiæ locum, quamvis cum lacrimis inquisisset eam; Heb. 12. Sed petis utrum omnium peccatorum sequaliter. Minime: Libera me de sanguinibus, Deus, Deus, etc. Moses, manum suam in sinum, et facta est leprosa; mitte manum tuam in cor tuum, in sinum tuum; et fiat commotio. Ramesses, prima statio Hebræorum, Hieron.: commotio tineæ. [164]